Vienne

Vienne, 1900 : l’Empire austro-hongrois décline. Son voisin allemand lui fait de l’ombre et la mobilité sociale des décennies précédentes s’enraye. En 1984, dans un ouvrage devenu un classique, Vienne 1900, le sociologue Michael Pollak analysait les effets produits par cette crise politique et sociale à travers la notion d’identité blessée. Bruno Karsenti revient sur ce livre cette semaine dans K. À son tour, il précise les causes de cette crise et sa conséquence principale : le développement d’un antisémitisme inédit. Plus d’un siècle plus tard, la résurgence de l’antisémitisme signale une nouvelle crise des sociétés libérales européennes. Une crise dont toutes les voies de sortie semblent cette fois être bouchées.

« Arrivé en France à l’âge d’un an, j’ai attendu 37 ans pour devenir français. De mon Allemagne natale je ne connaissais rien, ma germanité était toute virtuelle, réduite à une langue et un passeport. La procédure fut expéditive et je reçus mon acte de naissance français six mois seulement après avoir entamé ma démarche de naturalisation. Trois jours plus tard, le binational que je venais de devenir était à nouveau saisi de bougeotte identitaire et je me mis en contact avec l’ambassade d’Autriche à Paris. Depuis 2019, l’Autriche, comme l’Allemagne, permet aux descendants des victimes du nazisme de récupérer la nationalité dont leur ancêtre a été déchu. Ce qui est mon cas. »

Le cas de la communauté juive renaissante de Vienne est-il le signe qu’une forme nouvelle de l’existence juive diasporique s’esquisse ? Telle est la proposition de Julie Cooper et Dorit Geva qui y déchiffrent, suivant le schème de l’historien Simon Doubnov, l’émergence en Europe d’une nouvelle forme communautaire, non pas nationalisée, mais insérée dans l’Union politique européenne. Elle pourrait servir de modèle, capable de s’imposer comme une alternative à la forme nationale incarnée dans l’Etat d’Israël et celle, peut-être en déclin après avoir dominée, du judaïsme américain.

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