Politique

Au début des années 2000, une revue de la gauche radicale se referait à la tradition de la kabbale et prenait un nom hébreu : Tiqqun. La revue n’eut que deux numéros, mais constitua la matrice du Comité invisible (auteur collectif de L’insurrection qui vient) dont Julien Coupat, arrêté lors de l’affaire de Tarnac, fut une figure centrale. Comment une critique virulente de la démocratie libérale et du capitalisme a-t-elle pris sa source dans une tradition de l’ésotérisme juif ?

Historien des religions à l’Université hébraïque de Jérusalem, Guy G. Stroumsa revient sur la nouvelle situation politique en Israël après les grandes manifestations de ces derniers jours. Il insiste sur les dimensions religieuses du problème et les difficultés auxquelles l’histoire du sionisme a été confrontée dans sa tentative de résoudre, sans y parvenir, la question de l’imbrication du religieux et du national en Israël.

Sionisme ou diasporisme ? Et si l’essence de l’être juif se jouait justement entre les deux ? Entre ici et là-bas, entre exil et enracinement ? David Haziza nous livre ici le récit d’un été passé entre ces deux horizons.

Comment comprendre la forme prise par le gouvernement récemment formé par Benjamin Netanyahou, dont l’axe trouve son épicentre au carrefour d’un sionisme religieux et d’un nationalisme lui-même toujours davantage teinté du référent religieux ? Comment la comprendre historiquement et circonstantiellement ? Danny Trom revient sur cet événement, qui marque une rupture dans l’histoire d’Israël et du sionisme lui-même.

Martine Cohen est sociologue, spécialiste des évolutions du judaïsme français. Elle revient sur les sources de malaise qui fragilisent le « franco-judaïsme ». Ce malaise s’est cristallisé au cours des années 1980 en rupture avec l’israélitisme du XIXe siècle. La critique croissante d’Israël dans l’opinion publique, et une laïcité d’ouverture contrecarrée depuis les années 2000, constituent les autres facteurs d’une fragilisation. Dans la suite de l’ouvrage, l’auteure analyse également les évolutions qui montreraient au contraire une possible recomposition d’un franco-judaïsme rénové.

L’antisémitisme connait depuis quelques années une escalade vertigineuse aux États-Unis. Dans ce contexte, la principale idée reçue des Juifs américains – à savoir que la violence antisémite ne se produit que « là-bas », en Europe et au Moyen-Orient – a été mise à rude épreuve. Daniel Solomon revient sur ce phénomène, et insiste sur ce que lui apporte de nouveau la figure de Kanye West, en qui se croisent de manière inédite des tropes antisémites venant de la droite et d’autres venant de la gauche.

L’écologie, tout comme les alternatives anticapitalistes et communalistes, connaissent un succès croissant auprès des militants et des chercheurs attachés à la critique sociale. Ces publics se réclament quelquefois de Gustave Landauer (1870-1919), d’Emma Goldman (1869-1940), de Murray Bookchin (1921-2006), ou même de Martin Buber (1878-1965), des penseurs juifs que l’on peut qualifier d’anarchistes ou de socialistes libertaires. Leurs visions utopiques ont préfiguré un socialisme agraire ou un communisme du quotidien, dont certaines initiatives, en France – comme les zad ou les collectifs alternatifs et écologiques – sont des réactivations. Sylvaine Bulle revient sur les origines juives de ces auteurs de référence.

Après les récentes élections israéliennes, le gouvernement le plus à droite de l’histoire du pays devrait voir le jour. Si le résultat est l’effet d’une longue dynamique, il sidère néanmoins. Le philosophe Bruno Karsenti revient dans ce texte sur ce qui risque bien d’être un tournant dans l’histoire d’Israël, et sur le dévoiement du sionisme qu’il signale. Un dévoiement qui, pour être évité, implique de comprendre à nouveau le sionisme depuis la diaspora, et particulièrement depuis l’Europe.

Jonas Pardo milite depuis plusieurs années à l’extrême-gauche, où il a longtemps caché son judaïsme. À la suite de l’attentat de l’Hyper Cacher, il décide, avec une poignée d’autres militants, de ne plus laisser passer l’antisémitisme qui s’y manifeste parfois et le déni qui l’entoure souvent. C’est la première étape d’un parcours qui le conduira à créer une formation à la lutte contre l’antisémitisme pensée spécifiquement pour s’adresser à la gauche. Dans cet article pour K. il raconte son parcours, détaille son atelier de formation et les diverses réactions qu’il suscite.

Avec le soutien de :

Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.