Les êtres humains sont doués de langage et chaque groupe possède sa langue. Le langage unit, la langue divise. Il y a des langues, donc des divisions de toutes sortes. Comment passe la communication par-delà ces divisons ? Ou pas ? L’islam est une langue nous explique Anoush Ganjipour, une langue qui permet d’exprimer une vision du monde politiquement ambivalente – comme le laisse entendre dès son titre le livre qu’il vient de faire paraître L’ambivalence politique de l’islam (Le Seuil). Tant que cette langue de l’islam était pour nous une langue étrangère, nous pouvions en confier la connaissance à nos spécialistes, mais dès lors qu’elle est parlée par un nombre important de locuteurs européens, elle nous concerne au plus haut point. La traductibilité et la compatibilité de la langue de l’islam avec notre langue politique moderne est au cœur de l’entretien qu’Anoush Ganjipour a accordé à K. Plutôt que de nous laisser happer par le vent mauvais qui souffle actuellement sur la France, écoutons plutôt les perspectives inédites que trace l’auteur de L’ambivalence politique de l’islam. La langue, lorsqu’elle s’actualise, devient parole. Avec la parole affleure la socialisation et la biographie d’un sujet, ce que dévoile au mieux des cas singuliers, lorsque des accents superposés persistent, lorsque des mots venus d’on ne sait quelle strate oubliée surgissent, conférant aux paroles un parfum d’étrangeté. Ainsi, Ruben Honigmann, qui hérite d’une langue allemande attachée à un état de l’Allemagne désormais périmé, une langue allemande-juive que personne ne connait plus ni ne veut connaître, nous raconte sur le ton du témoignage intime comment une langue peut abandonner son locuteur presque unique, le laissant esseulé dans les limbes d’une histoire sans rédemption >>> [Suite de l’édito]

Depuis de nombreuses années, le lien entre islam et politique s’est imposé au cœur de notre actualité européenne. Il s’est invité comme un problème, et nous avons toute la peine à en comprendre la logique. L’ouvrage d’Anoush Ganjipour - 'L’ambivalence politique de l’islam' qui vient de paraître au Seuil - n’est pas une contribution parmi d’autres à cette interrogation, il se distingue par la profondeur et la radicalité de l’analyse interne, frontale, qu’il nous propose. Rencontre.

"C’est à chaque fois la même scène. Je suis dans un square parisien et l’on me demande quelle langue je parle avec mes enfants. Ma « gueule juive » les met sur deux fausses pistes : soit c’est du yiddish, soit de l’hébreu. Dans aucun cas, ils ne reconnaissent ma langue maternelle, parlée par un européen sur cinq…"

Qu'est-ce que « assumer » peut bien vouloir dire dans l'imaginaire zemmourien de la France. Notre petit Karl Kraus à nous -- qui ne saurait bien sûr remplacer l'original qui manque si cruellement à notre époque -- imagine Zemmour cherchant des arguments pour « assumer » et donc absoudre l’horreur de la violence couvée et couverte par l’Église catholique de France révélée la semaine dernière par le rapport de la CIAISE, lui, le juif disant que « pour devenir français, il faut s’imprégner du catholicisme » et  qui n'a pas de problème pour « assumer » et absoudre la participation de la France dans la déportation des Juifs.

Un collectif d’artistes et de militants viennois a ravivé l’année dernière le débat autour de la statue de Karl Lueger, maire antisémite du parti Chrétien-Social de la capitale autrichienne entre 1897 et 1910, que Hitler considérait comme l’un des plus grands « maires allemands de tous les temps ». Liam Hoare revient pour K. sur cette querelle mémorielle, qui agite encore à ce jour la vie politique de Vienne.

Aux éditions de l’Antilope, Benny Mer vient de faire paraître « Smotshè – Biographie d’une rue juive de Varsovie ». Tel un archéologue, il exhume cette rue détruite en traquant toutes les traces qu’il peut récolter pour donner une idée, une image, un souvenir de Smotshè que Benny Mer aime comme on aime un fantôme qui vous fait signe. K. est heureux de publier le premier chapitre de son livre-enquête de Benny Mer sur ce monde disparu dont il dit qu’il s’y sent chez lui.

La date de publication de cet article marque le quatre-vingtième anniversaire du massacre de Babi Yar commis les 29 et 30 septembre 1941 par les nazis. Près de 34 000 Juifs de Kiev ont été exécutés dans un ravin situé à l’ouest de la capitale ukrainienne. La question de la mémorialisation du lieu, posée dès la fin de la guerre, n’a toujours pas trouvé à ce jour de réponse claire. Lisa Vapné nous donne un aperçu de la longue histoire conflictuelle, foisonnante de péripéties, d’une mémoire qu’il reste encore à édifier sur le lieu même du crime.

La communauté juive d’Islande est à la fois jeune et très petite. Et pourtant, l’île située aux confins de l’Europe a une histoire riche en matière d’antisémitisme. Pour en savoir davantage sur cet apparent paradoxe, K. publie ici un texte troublant du chercheur Vilhjálmur Örn Vilhjálmsson. Il y raconte l’Islande, ses élites aux ascendances douteuses, ses relents antisémites… et ses quelques juifs.

Que recouvre le phénomène Zemmour ? La popularité croissante du tribun nationaliste mérite d’être remise à sa vraie place : celle du conflit des identités qu’on a laissé enfler depuis au moins deux décennies, où aucune des positions en lutte n’a la légitimité à laquelle elle prétend.

Plus de 500 ans après l’expulsion des Juifs d’Espagne, et à la surprise générale, le parlement espagnol a adopté en 2015 une loi visant à réparer cette « erreur historique » en permettant aux descendants d’expulsés d’adresser une demande de naturalisation. La réalisatrice Juliette Senik avait alors décidé de poser sa caméra dans le bureau du consulat d’Espagne à Paris et de suivre l’officier d’état-civil chargé d’accompagner les demandes de naturalisation…

Frédéric Brenner, après plus de quarante ans de reportages sur la vie juive dans le monde a passé les trois dernières années à explorer Berlin, scène d’un judaïsme européen paradoxal et fascinant où se mêlent des Allemands convertis aux Israéliens en rupture de ban avec le sionisme, la récente immigration des juifs russes avec les rares juifs allemands revenus après-guerre dans le pays où fut décidé leur extermination.

Le journaliste américain Abe Silberstein a été frappé, lors du dernier cycle de violence israélo-palestinien de mai dernier, par l’expression de l’antisémitise qui, sous la forme qu’elle a prise à cette occasion, manifestait un climat politique nouveau. Son texte pour K. témoigne de ses interrogations et d’une ambiance qui lui fait craindre que quelque chose de similaire à la situation européenne s’installe aux Etats-Unis.

Alors que l’antisémitisme sévit dans le monde entier, la mémoire de la Shoah est de plus en plus critiquée au nom d’idées postcoloniales. La dernière attaque en date est signée par l’historien australien Dirk Moses. Le grand historien de la Shoah Saul Friedländer, dans un article originairement paru dans Die Zeit, contre-attaque : l’extermination des Juifs est un événement qui diffère fondamentalement des atrocités coloniales commises par l’Occident.

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Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.