Déjà le dernier numéro de l’année avant l’été. Mais, qu’on se rassure, K. ne prendra pas vraiment de vacances et proposera un feuilleton en juillet et un autre en août. Une odyssée intellectuelle pour commencer : dans deux semaines, vous pourrez lire le premier épisode d’un entretien inédit de Déborah Bucchi et Adrien Zirah avec Daniel Mendelsohn. En aout, ensuite, vous découvrirez, semaine après semaine, un écrivain lituanien — Grigorijus Kanovičius — à travers son court roman Pauvre Rothschild, traduit du russe pour la première fois en français par Elena Guritanu.

Avant notre programme estival, il nous fallait toutefois réparer quelques oublis. D’abord, celui d’une partie du monde juif contemporain dont nous n’avions encore que trop peu parlé dans K. Le monde méconnu de l’orthodoxie, qui de l’extérieur semble clos et comme figé mais dont le journaliste Anshel Pfeffer nous révèle ici quelques-uns des grands mouvements souterrains. Depuis quelques années, en effet, des jeunes familles orthodoxes quittent Londres pour la petite île de Canvey Island où les prix de l’immobilier leur permettent de s’installer. Ainsi est née la communauté de Kehile Kedoshe, qui semble s’intégrer parfaitement aux côtés d’une population autochtones tories et pro-Brexit vieillissante : « Vous avez enfin apporté de la diversité à Canvey » a pu entendre M. Friedman, un des dirigeants du groupe. Initialement paru dans la revue américaine Sapir, cette carte postale britannique a quelque chose de dépaysant autant que de touchant.

>>> Suite de l’Edito

 

Depuis quelques années, la petite ville de Canvey Island, à une heure de Londres, a vu s'installer et grandir une petite communauté ultra-orthodoxe emmenée par une nouvelle génération. Le journaliste Anshel Pfeffer est allé à la rencontre de cette communauté et raconte les évolutions du monde haredi qu'elle symbolise. Une plongée passionnante dans cette part méconnue du monde juif contemporain dont on peine parfois à appréhender les évolutions internes.

Le 3 octobre 1989, aux alentours de 18h, le Docteur Joseph Wybran, grand médecin et président du C.C.O.J.B, le CRIF belge, était abattu à bout portant sur le parking de l’hôpital Érasme de Bruxelles. Trente-trois ans plus tard, justice n’a toujours pas été rendue. Agnès Bensimon revient pour K. sur les rebondissements d'une enquête sur un assassinat dont le traitement par la police et la justice belge interroge.

Daniella Pinkstein fait se rencontrer et résonner les grandes figures juives de l'écriture et de la représentation qui se croisaient autrefois à Varsovie et à Paris -- notamment autour des deux numéros de la revue 'Khaliastra'. Entre des évocations et des extraits d'oeuvre de Kafka, de Chagall, de Markish et de Greenberg, elle y rend hommage à ce 'davar' qui les tenait ensemble, soit "cette chose disloquée qui rejoint, ondulante et impatiente, le mot." Dans cette période d'entre-deux où des artistes juifs sont à la pointe de la modernité, elle y décrit une condition où "la responsabilité ne s’acquiert pas, ne s’apprend pas, elle se transmet, dans cette langue habitée, qui place l’individu face à son double."

Le 1er avril 1925, le grand poète Bialik prononçait le discours d’inauguration de l’Université hébraïque de Jérusalem. Ce discours, traduit pour la première fois en français dans K., nous ramène dans le monde d’un yichouv encore fragile et du sionisme dans sa phase pré-étatique. Une époque où le projet sioniste oscille entre l’affirmation d’une solution politique pour les Juifs, en rupture avec l’Europe, et celle d’une réalisation culturelle qui continue de s’inscrire dans la trajectoire des Juifs en Europe. L’Université, comme nombre d’institutions en Palestine mandataire, précède l’État et se conçoit comme le centre intellectuel du peuple juif à venir.

L’exposition pensée par la commissaire Isabelle Cahn et scénographiée par Joris Lipsch au mahJ – Proust du côté de la mère – recueille les traces mnésiques de la condition juive de Proust. Elle sollicite aussi une réflexion plastique sur le sens de l’art et de son histoire, sur l’institution muséale elle-même, sur la puissance de l’image et son effet sur le regard comme sur la pensée – autant de thèmes, incessamment travaillés dans La Recherche du temps perdu, sur lesquels Avishag Zafrani revient pour K.

Yehoshua est mort le mardi 14 juin à l’âge de 85 ans et il est difficile de ne pas avoir le sentiment que nous approchons de la fin d’une époque. Celle d’Aharon Appelfeld (1932-2018), d’Amos Oz (1938-2018) et d’A.B. Yehoshua (1936-2022), qui ont incarné une génération de lions de la littérature israélienne, lesquels n’étaient pas seulement de grands écrivains. Cette génération représentait aussi la conscience morale d’une nation qu’ils ont vu naître.

Après Milo Lévy-Bruhl la semaine dernière, Danny Trom revient à son tour sur l’accord électoral inédit de la gauche française. Il réfléchit pour sa part et en particulier sur ce qui se niche derrière cet étrange nom de France Insoumise et l’imaginaire social et politique qu’un tel mot charrie. L’occasion ainsi d’indiquer le risque que constitue ce qui pourrait bien avoir été une « soumission » de toute la gauche à « l’insoumission » mélenchoniste.

En juillet 2013, les architectes Piotr Michalewicz et Marcin Urbanek ont remporté, avec l’artiste-historien Łukasz Mieszkowski, le premier prix du concours international pour le développement d’un nouveau concept de mémorial sur le site de l’ancien centre d’extermination de Sobibór. Le mémorial et le musée, qui seront placés sous la supervision du musée d’État de Majdanek, devraient être achevés à l’automne 2022. Łukasz Mieszkowski, dans un article inédit pour K., nous fait découvrir les coulisses de ce projet auquel il a participé et les critiques légitimes auxquelles il a dû répondre en voulant substituer à une « architecture de l’effroi » une architecture mélancolique de la perte sèche.

Créée en 1941, suite à l’annexion de l’Alsace-Moselle au Reich, la Reichsuniversität de Strasbourg s’inscrivait dans le projet nazi de germanisation de ses territoires annexés. Que s’est-il passé exactement dans les murs de l’Université quand elle était aux mains des nazis ? On sait par exemple que le directeur de son institut d’anatomie a constitué une collection de squelettes de Juifs assassinés… En 2016, a été mise en place une Commission historique, internationale et indépendante, dont la mission était d’éclairer l’histoire de la Reichsuniversität entre 1941 et 1944. Elle avait notamment pour but d’évaluer l’ensemble des collections médicales de l’Université pour s’assurer qu’aucun reste humain provenant de victimes du nazisme n’y soit encore conservé mais aussi de fournir des préconisations en termes de formation à l’éthique du personnel médical actuel et futur. Retour sur le rapport final de la Commission.

« Nous allons accueillir, Liliane et moi, des réfugiés ukrainiens. Juifs. J’avais laissé mes coordonnées à une association juive qui cherche des lieux d’hébergement pour des familles ayant fui la guerre. Ce matin j’ai reçu l’appel d’une certaine Esther qui voulait des précisions sur le logement que nous proposions. J’en ai donné une description sommaire : un studio indépendant, attenant à notre appartement, d’une trentaine de m2, tout équipé. La première question d’Esther a été de savoir si c’était casher. J’ai répondu sèchement que non, que le studio n’était pas casherisable, qu’il ne pouvait pas l’être et que, de toutes façons, je ne voulais pas de Juifs orthodoxes. »

Vendredi 3 juin dernier, Danielle Simonnet, figure de la France Insoumise, se félicitait du soutien de Jeremy Corbyn, venu de Londres battre le pavé de la quinzième circonscription de Paris où elle se présente pour la NUPES aux futures élections législatives. Indignations légitimes de ceux qui n’ont pas la mémoire courte : ils se souviennent de la complaisance du Labour vis-à-vis de l’antisémitisme  lorsque Corbyn en était le patron. Danielle Simonnet s’est insurgée : pour elle, Corbyn n’est que la « victime d’une grossière manipulation ». Milo Lévy-Bruhl – qui avec Adrien Zirah avaient déjà analysé dans K. le rapport de l’EHRC sur l’antisémitisme au sein du parti de gauche anglais – y revient cette semaine pour la bonne information de Danielle Simonnet. Il en profite pour réfléchir au destin d’une union de la gauche, sans aucun doute désirable aujourd’hui, à condition qu’une partie de ceux qui l’animent ne se voilent plus la face sur la réalité du regain de l’antisémitisme, y compris à gauche.

En mai dernier, Gallimard faisait paraître « Guerre », le premier des manuscrits inédits de Céline, disparus depuis la fin de la guerre et disponibles à nouveau au terme d’une histoire rocambolesque encore largement secrète. Spécialiste de l’auteur de ‘Voyage au bout de la nuit’, Philippe Roussin revient pour K. sur l’entreprise que constitue l’édition de ses manuscrits perdus et retrouvés, un travail problématique mais dont l’objectif est ailleurs. Car au fond c’est toujours du statut de gloire littéraire de Céline dont il est question, au prix d’une entreprise d’effacement et de réécriture visant à réintégrer l’auteur dans le panthéon national et à en faire une machine à cash.

Avec le soutien de :

Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.