Qu’est-ce qui explique l’engagement de l’Afrique du Sud à se faire le véhicule de l’accusation de génocide envers Israël ? À écouter les responsables politiques sud-africains et leurs soutiens, il n’y aurait pas à chercher plus loin qu’un amour désintéressé pour les droits de l’homme, la liberté et la justice. Le soutien inébranlable du Congrès national africain (ANC) à la « résistance » palestinienne serait tout simplement la prolongation naturelle de la lutte du parti de Mandela contre l’apartheid. Mais, comme le montre le texte de Howard Sackstein, membre fondateur du Mouvement juif anti-apartheid, il y a de bonnes raisons de se méfier de ce récit idyllique. La « nation arc-en-ciel » proclamée par Mandela semble en effet avoir développé depuis lors sa part d’ombre. Alors que l’Afrique du Sud est gangrenée par une pauvreté galopante et une corruption endémique, les habits de parangon de vertu dont cherche à se revêtir l’ANC semblent surtout faire office de cache-misère. Il ne serait après tout pas le premier à tenter de s’acheter une réputation progressiste sur le dos d’Israël. Et, en s’aliénant les alliés historiques de la lutte contre l’apartheid que furent les juifs sud-africains, ne renie-t-il pas une partie de l’héritage dont il se revendique ?

Nous avons déjà interrogé, dans K., la manière dont les massacres du 7 octobre étaient venus raviver pour les juifs la mémoire des pogroms européens, cette fatale répétition que la création d’Israël comme État-refuge pour les juifs était supposé conjurer. Prolongeant cette interrogation, Anne Simon propose cette semaine une exploration des imaginaires mythologiques, religieux, linguistiques et littéraires qui ont été convoqués par le pogrom récent. Toutefois, son point de départ ouvre d’autres perspectives et éclaire les événements d’un jour nouveau : celui du Déluge. 

 >>> Suite de l’édito

 

Comment comprendre l’acharnement de l’Afrique du Sud à accuser Israël de génocide devant la Cour international de Justice ? Howard Sackstein, membre fondateur du Mouvement juif anti-apartheid, revient dans ce texte sur la dégradation du contexte politico-économique du pays, sur les faillites de l’ANC et la manière dont ce dernier essaye de redorer son blason et de remplir ses coffres en se faisant le porte-parole de l’antisionisme mondial. En toile de fond de ces manœuvres politiques, se pose la question incertaine de l’avenir de la communauté juive sud-africaine.

Dans ce texte, Anne Simon interroge les imaginaires qui ont été convoqués par les massacres du 7 octobre : entre la référence au pogrom qui s’est imposée chez de nombreux juifs pour les appréhender, et la manière dont ils ont été qualifiés par le Hamas, c’est-à-dire en tant que Déluge. Au cœur de cette exploration, le motif de l’Arche, d’un refuge qui ouvre la possibilité d’un avenir, mais risque toujours de s’avérer plus fragile que promis.

Que dire des crimes sexuels perpétrés par les hommes du Hamas le 7 octobre – documentés un peu plus chaque jour par le travail d’un groupe israélien de gynécologues, médecins légistes, psychologues et juristes du droit international ? Et comment comprendre l’occultation de la violence faite aux femmes ce jour-là par une partie de l’opinion mondiale – supposées « féministes » comprises ?  Cette occultation ne revient-elle pas à faire une deuxième fois violence à ces femmes, comme si leur calvaire ne comptait pas et était dépourvu de signification ?

Comment expliquer la convergence, apparemment si spontanée sur les campus américains, entre antiracisme et antisionisme ? Suivant le processus de radicalisation du mouvement des droits civiques, Christian Voller retrace dans ce texte la genèse du lien entre Black Lives Matter et Free Palestine. L’histoire qu’il nous fait suivre passe par Brooklyn, où la rencontre entre Afro-Américains et juifs traditionalistes prit parfois la forme d’une guerre de gangs.

Pour Gabriel Abensour, le franco-judaïsme serait oublieux de ses héritages spirituels. Déplorant l’adoption d’une ultra-orthodoxie qui rigidifie pratiques et esprits, et critiquant le manque d’audace des institutions représentatives de la communauté juive, il en appelle à renouer avec un judaïsme qui connait à la fois la valeur de l’universalisme révolutionnaire et la richesse intellectuelle de la civilisation sépharade.

Cette seconde partie de l’enquête sur les spécificités de l’antisémitisme grec s’attarde, à partir de témoignages, sur la manière dont les pouvoirs publics entendent lutter contre ce phénomène. Mais entre la responsabilité de l’Église orthodoxe dans la diffusion de préjugés anti-juifs, les difficultés d’organiser la lutte contre la désinformation et l’antisémitisme sur Internet, ainsi que l’augmentation des actes de vandalisme lors des flambées du conflit israélo-palestinien, la tâche parait singulièrement ardue.

Dara Horn est journaliste, essayiste et professeure de littérature yiddish et hébraïque. Dans cet entretien, elle revient sur ce qui l’a poussé à écrire en 2021 People Love Dead Jews et sur la question qu’explore ce livre : pourquoi les juifs morts suscitent-ils tellement plus d’intérêt que les juifs vivants ? Entre ritualisation d’une mémoire stérilisée de la Shoah, fascination pour la figure du juif réduit à être victime impuissante et déni de l’actualité de l’antisémitisme, Dara Horn interroge la manière profondément ambiguë dont l’Occident, et en particulier l’Amérique, se rapporte aux juifs, et aux fantômes qu’ils évoquent.

En 1929, Albert Londres consacre 27 reportages aux Juifs d’Europe publiés dans Le Petit Parisien. En 1930, l’ensemble est regroupé dans un livre sous le titre Le Juif errant est arrivé. Les Éditions de l’Antilope ont eu la bonne idée de le republier dans leur collection de poche. Du quartier juif de Londres aux shtetls de Pologne et de Hongrie, des quartiers juifs de Varsovie à ceux de Prague, Albert Londres fait un tour d’Europe du monde juif, qui l’emmènera jusqu’en Palestine. Nous reprenons les chapitres 23 et 24 du reportage, consacrés aux massacres de Safed et d’Hébron en 1929.

Premier article d’une série, conçue en partenariat avec la DILCRAH, sur l’antisémitisme en Europe. Sofia Christoforidou y donne à voir l’inquiétante diffusion des préjugés envers les juifs en Grèce. Que ce soit à travers les témoignages de juifs grecs, de responsables politiques ou par le prisme des sondages d’opinion, il apparaît nettement que l’antisémitisme fait partie intégrante du paysage social grec. Dans la seconde partie de cette enquête, nous verrons comment les pouvoirs publics grecs entendent s’atteler à ce problème, qui semble profondément inscrit dans l’histoire et la culture politique du pays.

Les fronts de la menace existentielle qui pèse sur Israël sont multiples. À l’extérieur, les ennemis défiant militairement le pays s’accumulent. Mais il ne faut pas négliger ce qui menace Israël de l’intérieur. Pour Eva Illouz, Israël a besoin d’un vaste mouvement centriste et social-démocrate, nécessaire pour renouveler le contrat entre État et citoyens. Seul un tel mouvement peut redonner aux Israéliens la force qui leur a été retirée et les sauver d’un véritable risque existentiel.

Quelle est la nature de la procédure engagée par la requête de l’Afrique du Sud ? Comment comprendre la signification des mesures conservatoires prononcées ? Qu’est-ce qui différencie le génocide du crime de guerre ou du crime contre l’humanité ? Spécialiste de ces domaines, ancien juriste auprès des Tribunaux Pénaux Internationaux pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, Yann Jurovics livre son expertise sur les enjeux de la décision de la Cour internationale de Justice, donnant à apprécier la retenue d’une réflexion juridique qui se déploie à l’abri des conflits politiques.

Le vendredi 26 janvier dernier, la Cour internationale de justice (CIJ) s’est prononcée, suite à la demande de l’Afrique du Sud d’ordonner à Israël de cesser ses opérations militaires à Gaza, arguant qu’il y existait un « risque sérieux de génocide ». La réponse est claire : la CIJ n’envisage pas qu’il y ait un génocide en cours. Elle a même explicitement affirmé que rien dans les mesures prononcées ne permettait de conclure quoi que ce soit à cet égard. Reste la portée politique de l’ensemble de la procédure engagée qui doit être analysée. Où il s’agit de se demander pourquoi l’Afrique du Sud a salué une « victoire décisive pour l’État de droit international… »

Avec le soutien de :

Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.