En 2015, le premier Ministre anglais, David Cameron, annonçait la construction, à proximité de Westminster, d’un grand mémorial de la Shoah et d’un centre d’apprentissage de rang mondial pour opposer « le pire exemple de désintégration des valeurs démocratiques de l’histoire au plus grand emblème des aspirations de la Grande-Bretagne à la démocratie ». Sept ans plus tard l’ambitieux projet semble au point mort. L’enquête inédite de Liam Hoare pour K. raconte l’histoire de cette initiative qui – entre mauvaise volonté des pouvoirs locaux, lacunes scientifiques et craintes d’une instrumentalisation politique de la Shoah – ne cesse d’affronter obstacles et polémiques. Au-delà du mémorial, ce sont les coordonnées particulières du rapport de la Grande-Bretagne à la Shoah qu’explore cet article. Particulières à plus d’un titre : le pays fut en effet l’un des rares à n’être ni bourreau, ni complice du génocide mais, puissance mandataire en Palestine, sa politique pesa fortement sur le destin des Juifs d’Europe.
Il est bon de rappeler que l’espérance sioniste fut ardente en Europe dans l’entre-deux-guerres. En France, elle eut un animateur principal : le poète français André Spire. Sioniste convaincu, Spire fut un acteur du « renouveau juif » de la première moitié du XXe siècle et se confronta plus d’une fois aux israélites français et à leur trop grand désir d’assimilation. Spire fut aussi le premier à proposer de Proust une lecture juive. En partant de lui et de ses jeunes camarades de La Revue juive, Antoine Compagnon retrace dans un nouveau livre (Proust du côté juif, Gallimard) l’histoire des interprétations de la Recherche qui s’intéressèrent au côté juif de l’œuvre et de son auteur. L’ouvrage, passionnant, contient aussi son lot de révélations. De sa lecture, Milo Lévy-Bruhl a tiré un article pour K. dans lequel, plutôt que de qualifier l’hypothétique judaïsme de Proust, il fait un pas de côté pour resituer l’auteur de La Recherche à l’intérieur des dynamiques d’un judaïsme moderne étiré entre trajectoires d’émancipation et de retour.
On apprend dans l’ouvrage d’Antoine Compagnon qu’André Spire fut présenté à Marcel Proust par un certain Léon Blum. Amorcées après le second tour de la présidentielle, les négociations entre les différents partis de gauche en vue d’une alliance pour les élections législatives de juin prochain auraient dû se conclure le 3 mai dernier : jour anniversaire de la victoire du Front Populaire, le 3 mai 1936. Le prolongement symbolique a été raté de peu. Finalement, c’est au lendemain de l’anniversaire que le Parti Communiste, le Parti Socialiste et Europe Écologie Les Verts ont tous accepté les termes de l’accord proposé par la France Insoumise, avec pour but d’emmener une majorité de gauche à l’Assemblée et Jean-Luc Mélenchon à Matignon. L’élan unitaire a – pour qui ne saurait se résoudre au duel toujours recommencé, et de plus en plus risqué, entre droite et extrême-droite – quelque chose d’enthousiasmant. Mais l’enthousiasme se modère rapidement, dès que l’on pense à l’attitude de défiance à l’égard de l’Europe qui se trouve endossée par cette union. Pour K., le point n’a rien de mineur. Comme n’a rien de mineur l’idée qu’une telle union se fasse derrière un homme qui, depuis quelques années, multiplie les signes explicites, au mieux d’une indifférence à l’antisémitisme, au pire d’une reprise de ses tropes rhétoriques, en affinité avec son populisme. On s’en fera un début d’idée en relisant l’article de Rudy Reichstadt, qui nous valut en son temps l’unique droit de réponse jamais reçu par la Revue K. Et, à le relire, on se dira qu’après tout, il n’y a pas à regretter que l’anniversaire du Front Populaire ait été manqué. Il aurait été inopportun en effet que les élections, qui pour la première fois en France, portèrent un juif au sommet de l’État servent de référence à une union dont l’éventuel succès de son leader – désormais « butin de guerre » proclamé des indigénistes – suscite surtout de l’inquiétude pour les juifs d’aujourd’hui.