#12 / Edito

Cette semaine K., fait paraître la deuxième partie du texte de David Haziza sur « l’Europe et l’abattage rituel » (ici : la première partie). Il revient sur le problème que ce rite pose aux européens modernes (de son interdiction en Suisse à la fin du XIXe siècle jusqu’au récent texte de l’arrêt de la cour européenne, le 17 décembre 2020); et affirme la conviction qui est la sienne : l’abattage rituel est l’un des piliers de la vie juive et, que l’on suive fidèlement la cacherout ou non, le spectre de son interdiction provoque un affolement légitime en France et en Europe où selon lui, sa généralisation « amènerait la fin de toute vie juive ».

En chroniquant une série israélienne, Noémie Issan-Benchimol semble nous transporter au Moyen Orient, mais c’est en réalité en Europe que nous restons. La série Autonomiesqui n’a pas (encore) été vue en Europe, fait du monde des haredim, comme ce fut le cas de Unorthodox et de Shtisel, un foyer de fictions qui fascine bien au-delà d’Israël et du monde juif. Cette série dystopique imagine Israël scindé en deux : d’un côté, le territoire autonome de Jérusalem dirigé par un groupe religieux ultra-orthodoxe ; de l’autre, un État laïc avec Tel Aviv pour capitale ; d’un côté le pays sioniste et de l’autre le pays théologique. Autonomies transpose anxieusement un pan de l’histoire européenne dans la réalité de la situation israélienne.

Enfin, avec l’édition critique de « Mein Kampf » qui vient de paraître chez Fayard, on reste en Europe, mais de plain-pied. Toute réédition de « Mein Kampf », fut-elle motivée par la science historique, est prise en étau entre le désir de diffuser et celui de refouler. Sur la couverture du volume de Fayard, le titre original est comme minoré, poussé vers le bas, tandis que domine, telle une majeure, le titre « Historiciser le mal »: la scène polémique bien rodée qu’a suscité les annonces, puis la sortie effective de « Mein Kampf » en français, n’est finalement rien d’autre que l’expression du malaise de la conscience européenne dont le nazisme est devenu le reflet. En faisant un pas de côté ironique, le compte rendu de Danny Trom nous invite à considérer ce malaise. K. inaugure ainsi une nouvelle rubrique : « Soyons sérieux » est un lieu où la réalité devra subir les entailles de la satire, soit parce qu’elle ne mérite pas mieux que cela, soit qu’absurde, elle se soustrait à toute description sérieuse.

Avec le soutien de :

Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.