# 72 / Edito

Après le long entretien avec Daniel Mendelsohn paru au mois de juillet, nous publierons à partir de la semaine prochaine un autre feuilleton, qui nous accompagnera jusqu’à la fin du mois d’août : « Le Pauvre Rothschild », une magnifique nouvelle de l’écrivain lituanien Gregory Kanovitch, traduite du russe pour la première fois en français par Elena Guritanu.

En attendant, pour cette semaine de reprise, nous avons voulu remettre à la une le texte – en deux parties – de Balázs Berkovits : « De quelle couleur sont les Juifs ? ». Une analyse détaillée de la « théorie » qui entend décrire les Juifs comme « blancs » – voire comme des « super blancs » – n’est pas inutile au moment où des députés de l’intergroupe NUPES déposent à l’Assemblée nationale française un projet de résolution jouant de la comparaison entre l’État d’Israël et l’Afrique du sud à l’époque de l’apartheid, lorsque la minorité blanche avait institué une politique de ségrégation raciale à l’encontre de la population noire. Comme l’écrit Balázs Berkovits à la fin de son essai pour K. : « L’étiquetage des Juifs comme blancs est essentiel pour comprendre pourquoi tant d’attention critique est accordée aujourd’hui à Israël et au sionisme […] Israël est devenu un symbole de domination et de privilège, bien loin de son histoire compliquée et de sa position singulière au Moyen-Orient. Si l’antisionisme est devenu probablement l’idiome critique le plus populaire, cela est dû à la perception des Juifs comme blancs-colonisateurs. La critique d’Israël se nourrit de la critique des Juifs en tant que « blancs », et vice versa. »

Les Blancs, les juifs et nous est le titre du livre dans lequel Houria Bouteldja, figure du mouvement des Indigènes de la république, exhortait les Juifs français à se débarrasser de leur « blanchité » pour retrouver leur condition originelle de non-blanc et qu’ils cessent de se complaire dans leur rôle de « dhimmis de la République ». Le livre de Bouteldja appartient à ce que Balázs Berkovits déconstruit comme un « simulacre de théorie sociale » qui trouve la plupart de ses développements dans la Critical race theory (« Théorie critique de la race ») et les Critical whiteness studies (« Études critiques sur la ‘blanchité’ »), disciplines de plus en plus populaires sur les campus américains. Symptôme caricatural : un tract circulant dans une université américaine en 2017 qui stipulait que « pour en finir avec le privilège blanc, il faut commencer par en finir avec le privilège juif ». Un retour sur les racines de ces thèses s’imposait donc, pour comprendre – au-delà de l’actualité – la généalogie d’un discours au sein duquel la définition des Juifs comme « blanc » est un enjeu politique et militant majeur.

Une autre reprise cette semaine : « Mendy Cahan, ou l’abri secret du yiddish à Tel Aviv ». Danny Trom racontait dans ce texte sa visite du Yung Yiddish et sa rencontre avec l’un de ceux qui entretiennent la flamme du yiddish en Israel à l’écart des milieux orthodoxes et de l’université : dans un lieu vivant, ouvert à tous, à la fois immense bibliothèque et lieu de spectacle.

Avec le soutien de :

Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.