#79 / Edito

C’est en septembre 1952 – il y a tout juste soixante-dix ans – que fut signé l’accord de Luxembourg sur les réparations allemandes à Israël par le chancelier fédéral Adenauer et le ministre israélien des Affaires étrangères Moshe Sharett. Des négociations préliminaires avaient été conduites par Nahum Goldmann, le président du Congrès juif mondial. La RFA s’engageait ainsi à verser 3 milliards de marks à Israël et 450 millions à la Jewish Claims Conférence (en charge de la reconstruction des communautés juives de la diaspora). Accord de « réparation » ? On parle aussi d’accord d’ « indemnisation ». Voire de « réconciliation ». Des responsables politiques allemands peuvent en effet parfois affirmer que le document signé en 1952 aurait représenté le prélude au « miracle de la réconciliation »[1] entre l’Allemagne et Israël. Et de cette ligne d’interprétation d’autres concluent parfois que cet accord devrait être exemplaire pour régler les rapports entre anciens bourreaux et victimes, y compris aujourd’hui. Mais de quoi en allait-il vraiment dans le deal financier de 1952 ? L’historien Constantin Goschler revient en détails sur cet épisode historique et réfléchit sur le malentendu interne à la conscience allemande, voire mondiale, qu’il a suscité jusqu’à aujourd’hui.

Pour Samuel Schwarzbard, il n’était pas question d’indemnisation, et encore moins de pardon, de réparation ou de réconciliation, mais de vengeance. Le 25 mai 1926, Schwarzbard assassine, à Paris, Petlioura – militaire et homme politique ukrainien responsable des pogroms qui, entre 1919 et 1920, firent des dizaines de milliers de morts juifs. « Assassin, voilà pour les massacres ! » crie-t-il après avoir vérifié l’identité de sa cible. Ce geste de vengeance, son auteur le pense comme un geste de justice, un geste de divulgation des massacres auprès de l’opinion publique d’alors et un appel à l’émancipation… Portrait du meurtrier de Petlioura par la philosophe Élisabeth de Fontenay.

Enfin, une semaine après les élections législatives en Suède qui ont vu l’extrême droite devenir la deuxième force politique du pays et entamer des négociations pour former le nouveau gouvernement avec la coalition de droite, nous republions le reportage de David Stavrou sur Malmö, ville symbole du tango que dansent ensemble un antisémitisme importé du Moyen-Orient avec un vieil antisémitisme d’extrême droite qui a trouvé un refuge accueillant après la Seconde Guerre mondiale dans la troisième ville de Suède.

Notes

1 La formule est du président allemand Frank-Walter Steinmeier en 2020 au mémorial israélien de la Shoah Yad Vashem.

Avec le soutien de :

Merci au bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll pour leur coopération dans la conception du site de la revue.

Merci au mahJ de nous permettre d’utiliser sa photothèque, avec le voyage visuel dans l’histoire du judaïsme qu’elle rend possible.