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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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290 / Edito

L’antisémitisme, c’est mal : là-dessus, tout le monde s’accorde, ou prétend s’accorder. Mais quelles raisons politiques a-t-on de lutter contre ? À cette question, suite à l’Affaire Dreyfus, le socialisme français articula une réponse qui fut décisive pour la formulation d’une politique social-démocrate cohérente. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Assurément, la gauche social-démocrate d’aujourd’hui a hérité de […]

L’antisémitisme, c’est mal : là-dessus, tout le monde s’accorde, ou prétend s’accorder. Mais quelles raisons politiques a-t-on de lutter contre ? À cette question, suite à l’Affaire Dreyfus, le socialisme français articula une réponse qui fut décisive pour la formulation d’une politique social-démocrate cohérente. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Assurément, la gauche social-démocrate d’aujourd’hui a hérité de la vigilance de ses aïeux : quand reparaît le vieux spectre, serait-ce à sa gauche, elle s’offusque devant l’inacceptable et met le holà. Quand il s’agit cependant de formuler ce que serait au juste une politique social-démocrate de lutte contre cet antisémitisme que tout le monde s’accorde à voir ressurgir en Europe, on pourrait entendre les mouches voler. Bruno Karsenti analyse cette semaine ce qui, de la grammaire politique du socialisme, fait aujourd’hui cruellement défaut à gauche : une conception propre de l’intégration des minorités, capable de répondre à la focalisation libérale sur les droits individuels aussi bien qu’à la fixation identitaire des réactionnaires, et de faire valoir ce que l’intégration impose au groupe majoritaire. Rappelant comment s’est forgée cette conception socialiste, et quel rôle y a joué l’antisémitisme moderne en tant que haine ciblant les juifs à raison même de leur intégration, Karsenti montre ce qui se perd lorsque la domination devient le prisme exclusif à travers lequel se pense l’injustice sociale, et pourquoi c’est sur la question juive qu’achoppe le conflit des gauches irréconciliables.

Depuis le début de 2023, Israël vit une crise ouverte par le projet de refonte judiciaire du gouvernement. Trois ans plus tard, à un mois des élections du 27 octobre, la crise n’a rien perdu de son acuité : le 5 juillet dernier, après que la Cour a gelé des nominations à l’audiovisuel public, le cabinet a voté à l’unanimité qu’il ne reconnaîtrait aucune décision du conseil que la Cour protégeait, arguant qu’elle interprétait mal la loi. Julia Christ s’est entretenue pour K. avec la juriste israélienne Netta Barak-Corren ­– qui avait proposé dès 2023 une analyse de référence de la crise constitutionnelle – afin de remonter aux origines de cette question vertigineuse : qui fait la loi en Israël, et avec quelles garanties fondamentales ? Du refus de la première assemblée constituante d’établir une Constitution à l’interprétation des lois fondamentales de 1992 ayant permis à la Cour suprême d’affirmer son autorité sur le législateur, Barak-Corren apporte un éclairage bienvenu sur les ressorts du conflit institutionnel, et sur les compromis politiques qu’il vient menacer. 

À Belmonte, au Portugal, des familles sont restées juives pendant plusieurs siècles sans avoir eu le droit de le dire. Depuis les conversions forcées du XVe siècle, une cinquantaine d’entre elles y perpétuent un judaïsme clandestin – prières à voix basse dans les greniers, mezouzot portées sur soi plutôt que fixées aux portes. « Ils sont juifs, cela doit vous suffire », résume-t-on encore aujourd’hui. Le photoreportage d’Eric Beracassat et le texte d’Evelyne Dreyfus en suivent la trace jusqu’à la synagogue inaugurée en 1996.