Skip to content
K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
Lancement de l'offre jeunesse de K. - Soutenez le projet ici

# 249 / Edito

La fusillade de Bondi Beach, à Sydney, le 14 décembre 2025, a fait au moins quinze morts lors d’une célébration de Hanouka. Elle rappelle une évidence : la violence antisémite circule, change de décor, mais conserve sa logique — et elle met à l’épreuve, ici comme ailleurs, la capacité des États et des sociétés à regarder l’événement en face, à le nommer. À cet égard, la fusillade de Bondi Beach a aussi rappelé que les sociétés occidentales ne sont pas à la hauteur du moment, qu’elles ne parviennent actuellement pas à faire de l’antisémitisme qu’elles fabriquent un problème public. Car, si la tuerie a été condamnée, la tendance générale des réactions n’en a pas moins été de constituer l’antisémitisme en problème de l’autre. C’est-à-dire en problème que l’on n’aurait pas à prendre en charge soi-même. Cela s’est aussi bien vu dans les discours insistant sur la « nécessaire » distinction avec la lutte antisioniste — tuer des juifs en tant que juifs, non ; mais en tant que sionistes ? — que dans ceux qui se sont agrippés au signifiant « terrorisme islamiste » pour s’assurer de la nature allogène de la menace, et de l’impossibilité de lutter contre autrement qu’à grand renfort de moyens policiers. Dans les deux cas, c’est la dimension endogène de l’antisémitisme qui est passée sous silence, le fait que c’est bien de l’intérieur qu’il travaille nos démocraties. Et, dès lors, s’éclipse la possibilité de traiter le problème à la source, de s’affronter à ce qui permet ces passages à l’acte meurtriers. Ce constat, la rédaction de K. a tenu à l’exprimer d’une seule voix, dans « Bondi Beach : permis de tuer ». Et, puisque l’enjeu se situe bien au niveau de l’embarras des démocraties occidentales face à la question de leur antisémitisme, nous avons décidé de laisser une semaine de plus en première page le texte de Bruno Karsenti sur l’antisémitisme du déni.

En sus, pour donner à penser quelques précédents de l’attaque de la semaine dernière en Australie, K. réunit quatre textes publiés ces dernières années, qui témoignent que l’événement s’inscrit dans une longue série. Rome, 9 octobre 1982 : un commando cible les fidèles à la sortie de la synagogue, et des éléments documentés suggèrent une alerte négligée, posant la question empoisonnée de la défaillance — voire de la connivence. Djerba, après l’attentat de la Ghriba (2023) : un récit au plus près de la peur, de l’île comme refuge et comme piège, et de la difficulté à faire reconnaître l’antisémitisme sans le dissoudre. Toulouse, dix ans après l’attaque de l’école Ozar HaTorah : l’entretien avec Franck Touboul mesure les effets durables du choc, la vie communautaire sous contrainte, l’usure, mais aussi la décision de tenir. Enfin, l’analyse de Rudy Reichstadt sur l’autre front ouvert par ce dernier massacre, celui de la bataille des mots — et la façon dont Jean-Luc Mélenchon a parlé d’Ozar HaTorah, entre relativisation, soupçon et renversement accusatoire. Lire ces textes ensemble, avec Sydney en tête, c’est saisir la répétition d’un même scénario — dans les faits comme dans les discours.