Dossier : Marc Bloch
Le 23 juin 2026, Marc Bloch est entré au Panthéon. K. revient sur cette consécration en refusant d’en faire un simple moment d’unanimité républicaine. À travers les textes de Jean-Frédéric Schaub, Judith Lyon-Caen et Annette Becker, ce dossier interroge le Bloch que la République honore : non seulement le héros, l’historien et le résistant, mais le penseur critique des aveuglements collectifs, des mythologies nationales et des effondrements moraux. Lire Bloch aujourd’hui, c’est rappeler qu’une œuvre vive ne se célèbre pas en la neutralisant.
Le 23 juin 2026 , Marc Bloch est entré au Panthéon. L’hommage national paraît évident : l’historien des Annales, le combattant de 14-18 et de 1939-1940, le résistant assassiné par les nazis, le patriote républicain. Mais cette évidence mérite d’être interrogée. Quel Bloch la République a-t-elle voulu honorer ? Un héros consensuel, réduit à quelques formules disponibles pour tous les usages ? Ou un savant qui n’a cessé de combattre les faux-semblants, les paresses intellectuelles, les mythologies nationales et les effondrements moraux de son temps ?
Tout au long du mois de juin 2026, K. a publié des textes qui ont éclairé la question.
Dans « Marc Bloch, contre les faux-semblants », Jean-Frédéric Schaub relisait L’Étrange Défaite non seulement comme le témoignage d’un vaincu de 1940, mais comme une méthode critique toujours disponible : une ressource pour comprendre les mécanismes par lesquels une société, ses élites, son armée, son administration et ses catégories de pensée peuvent organiser leur propre aveuglement jusqu’à la catastrophe.
Marc Bloch, contre les faux-semblants
De Jean-Frédéric Schaub – Publié le 9 juin 2026

Dans « Le ‘je suis juif’ de Marc Bloch », Judith Lyon-Caen replaçait la célèbre affirmation dans la violence précise de l’été 1940, au moment où l’égalité républicaine se défait sous l’assignation antisémite.
Le « Je suis Juif » de Marc Bloch
De Judith Lyon-Caen – Publié le 17 juin 2026

Pour clore ce dossier, l’historienne Annette Becker déploie une ample enquête sur la trajectoire de Bloch, depuis l’Alsace familiale, l’Affaire Dreyfus et la Grande Guerre jusqu’à Vichy, la spoliation et la Résistance. Dans Marc Bloch au Panthéon y restitue la complexité d’un homme qui se voulut pleinement français, sans jamais effacer ce que sa naissance juive signifiait, surtout lorsque l’antisémitisme d’État vint le retrancher de la nation.
Marc Bloch au Panthéon
Annette Becker – Publié le 20 juin 2026

Ces trois textes réunis par K. refusent l’embaumement commémoratif. Une même conviction les traverse : honorer Marc Bloch ne consiste pas à laisser le Panthéon neutraliser ce qu’il a encore à nous dire, mais à le lire comme une œuvre vive, une pensée en acte encore capable d’armer notre regard contre les lâchetés collectives, les dérives et les crimes que les sociétés peuvent couver.
A ces trois textes, un quatrième, pour réagir à la manière avec laquelle la voix d’un professeur au Collège de France a fait entendre – sur France Culture, le jour même de la panthéonisation – un silence glaçant dont certains cherchent à entourer cet hommage national. « On vous laisse parler seul » a répondu le Maître universitaire à Guillaume Erner, qui l’interrogeait sur les leçons que l’on pouvait tirer, à propos de l’antisémitisme d’aujourd’hui, de l’expérience de la stigmatisation et de la persécution qui fut celle de Bloch, y compris à l’Université. Sur ce que la pensée de l’historien résistant affronta comme une épidémie de lâcheté rendant possible l’antisémitisme d’État, il convient apparemment de se taire. Dans un texte de circonstance, la rédaction de K. a réagi à cette tentative d’honorer une mémoire, tout en en effaçant la portée pour le présent et l’avenir.
Silence ! On commémore
La rédaction – Publié le 24 juin 2026
