Dossier : Hongrie
Viktor Orbán, perdant des élections legislatives, lâche le pouvoir. Pour comprendre ce que ce régime aura été pour les Juifs de Hongrie, il faut saisir le projet qu'il leur avait soumis : faire d'eux — ou d'une fraction d'entre eux, soigneusement triée — les alliés d'un bloc national-religieux réactionnaire, leur offrir protection et financement en échange d'une loyauté qui avait un prix. Il fallait alors cautionner la réécriture de la mémoire de la Shoah, choisir leur camp entre les bons Juifs — religieux, nationalistes, pro-israéliens — et les mauvais, héritiers d'une tradition libérale que le régime assimilait à la subversion. János Gadó, rédacteur en chef du magazine Szombat et observateur inlassable de la vie juive hongroise depuis trente ans, démonte en trois textes les mécanismes de ce pacte non écrit. Dans Un nouveau pacte pour les Juifs de Hongrie, il en retrace la genèse depuis 2010 : la guerre mémorielle autour de la Shoah, l'alliance stratégique avec Netanyahou, la montée en puissance du mouvement Chabad comme courroie de transmission du régime. Dans La sérénité, à quel prix ?, écrit à la veille des élections de 2022, il montre comment Orbán a instrumentalisé l'accusation d'antisémitisme comme arme électorale, retournant contre l'opposition le langage même de la lutte qui s'y oppose. Dans Juifs et antisémites dans le pays de Viktor Orbán, publié après le 7 octobre, il tire le bilan d'un système qui avait gardé la main sur les démons qu'il a lui-même contribué à réveiller. Les trois autres textes du dossier parlent depuis l'intérieur de destins hongrois. Stephen Pogany retrace dans De Máramarossziget à Manchester, les tribulations de Nóra, sa grand-mère maternelle, plongée dans l'univers juif hongrois du début du XXe siècle : avec la montée de l'antisémitisme et la Première Guerre mondiale, les espoirs d'intégration à la nation magyar s'effondrent. C'est le début d'une longue errance. Philip Schlesinger, dans Dernières Paroles, convoque les témoignages de ses deux parents — fuite hors de la Hongrie puis de l'Autriche nazie, difficultés de l'intégration britannique — pour restituer une identité prise entre deux mondes, dans une union déracinée où l'appartenance ne va jamais de soi. Yudit Kiss, enfin, née à Budapest en 1956 l'année même où les chars soviétiques entraient dans la ville, dresse dans L'été où mon père est mort le portrait d'un père rescapé de la Shoah et communiste convaincu, à la fois incapable d'être juif et incapable de ne pas l'être — figure déchirée que nul régime n'aura su ni revendiquer ni laisser en paix.
Hongrie : la sérénité, à quel prix ?
Par János Gadó – Publié le 30 mars 2022

La Hongrie connaîtra le 3 avril prochain des élections législatives. La campagne a été marquée par de nombreuses accusations d’antisémitisme à l’endroit des adversaires du gouvernement actuel. À l’inverse ce dernier se pose en principal défenseur des Juifs sur le continent européen. Le journaliste János Gadó raconte la centralité des questions juives dans la Hongrie contemporaine et la manière dont les Juifs hongrois se retrouvent divisés face à un gouvernement qui semble vouloir troquer leur protection contre une réécriture du rôle du nationalisme hongrois dans la Shoah.
Juifs et Antisémites dans le pays de Victor Orbán
Par János Gadó – Publié le 18 septembre 2024

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán se distingue par son opposition systématique aux valeurs et politiques dominantes de l’UE. Comment s’étonner alors que, depuis le 7 octobre, il n’ait fait qu’intensifier son soutien à l’État israélien, n’hésitant pas à qualifier d’antisémite la moindre critique émanant de ses partenaires européens ? János Gadó analyse ici avec lucidité les paradoxes d’un gouvernement qui, tout en voulant se faire passer pour l’ami des juifs, trafique la mémoire de la Shoah et recycle les tropes antisémites les plus éculés.
De Máramarossziget à Manchester, les tribulations de Nóra
Par Stephen Pogany – Publié le 3 décembre 2025

Retraçant le parcours de vie de sa grand-mère maternelle, Stephen Pogany nous propose une plongée dans l’univers juif hongrois du début du XXe siècle. Avec la Première Guerre mondiale, l’époque bascule et les espoirs s’effondrent : du fait de la montée de l’antisémitisme, les juifs intégrés à la nation magyar sont jetés dans les ornières de l’histoire.
Dernières Paroles
Par Philipe Schlesinger – Publié le 7 mai 2025

Deux témoignages, ceux des parents de Philip Schlesinger, se rejoignent à la frontière de l’intime et de l’histoire, dans une union déracinée où l’alliance semble surtout de circonstance. De la fuite hors de la Hongrie puis de l’Autriche nazi aux difficultés de l’intégration à la société britannique, se dessine une identité prise entre le continent européen et cette île à l’appartenance incertaine.
Un nouveau pacte pour les Juifs de Hongrie
Par János Gadó – Publié le 26 avril 2021

Quel type de coexistence Viktor Orbán envisage-t-il comme fonctionnel pour les juifs hongrois et comment ceux-ci considèrent-ils la politique qui en découle ? Le journaliste János Gadó répond à cette question pour K., dressant un panorama dans lequel il évoque à la fois la lourde question de la mémoire de la Shoah en Hongrie, les rapports d’Orban avec Israël, et les clivages qui existent au sein du judaïsme hongrois.
L’été où mon père est mort
Par Yudit Kiss – Publié le 19 avril 2023

Yudit Kiss est née à Budapest en 1956, l’année même où les chars soviétiques entraient dans la ville. Après une enfance et une jeunesse en Hongrie, elle passe de l’autre côté du rideau de fer. Son père, lui, rescapé de la Shoah et communiste convaincu, y demeurera toute sa vie. Coincé entre les craintes nées des persécutions antisémites, et les espoirs suscités par l’avènement de l’homme nouveau, il apparait dans le portrait qu’en fait sa fille comme à la fois incapable d’être juif et incapable de ne pas l’être.