Dossier : Juifs d’Izmir, une histoire qui revient
Izmir (Smyrne) fut l’un des grands ports cosmopolites de l’Empire ottoman. Renforcée après 1492, la communauté juive d’Izmir a traversé migrations, réformes et fractures du XXᵉ siècle : elle ne compte plus aujourd’hui qu’un petit nombre de membres. Ce dossier propose trois textes : d’abord des repères historiques pour comprendre la formation, l’apogée et l’exil ; ensuite un texte à la première personne sur le ladino à Izmir, langue-mémoire devenue aussi un laboratoire de transmission ; enfin une enquête sur la patrimonialisation des synagogues et ses usages concurrents, entre municipalité, pouvoir central et économie touristique.
La communauté juive d’Izmir : quelques repères historiques
François Azar

L’histoire juive d’Izmir se construit par vagues : exil ibérique, essor du port, recompositions sociales. Vers 1900, la communauté comptait environ 25 000 membres. François Azar restitue une chronologie serrée, des tensions internes vécues par la communauté (Sabbataï Tsevi) aux réformes de l’Alliance et aux départs du XXᵉ siècle.
Garder le ladino vivant à Izmir
Jacob Ceki Hazan

À Izmir, le ladino ne se mesure plus au nombre de locuteurs, mais à ce qu’il relie : familles dispersées, générations, gestes transmis. Le témoignage-manifeste de Jacob Ceki Hazan raconte une transmission recomposée par le numérique, entre leçons enregistrées avec un père, archives orales et projets sur YouTube comme outils de continuité.
La mémoire tiraillée des derniers juifs d’Izmir
Camille Scali

Depuis l’arrestation et l’emprisonnement du maire d’Istanbul, en mars 2025, les tensions entre le parti kémaliste CHP et le pouvoir central AKP s’accroissent. La mémoire des juifs de Turquie n’échappe pas à cette rivalité. Depuis quelques années, la communauté juive d’Izmir, à l’ouest du pays, se mobilise pour entretenir son patrimoine. Un passé coincé entre la récupération par la municipalité CHP et la convoitise de l’AKP d’Erdoğan.
Nous remercions François Azar, directeur de la publication de Kaminando i Avlando (association Aki Estamos), revue dont l’objectif est de faire vivre au présent la culture judéo-espagnole, qui a rendu possible la circulation de ces voix.