# 277 : Edito
Marc Bloch / Irlande / Hongrie
Hier, quelques heures avant la panthéonisation de Marc Bloch, la voix d’un professeur au Collège de France, Patrick Boucheron, a fait entendre le silence glaçant dont certains cherchent à entourer cet hommage national. « On vous laisse parler seul » a répondu le Maître universitaire à Guillaume Erner, qui l’interrogeait sur les leçons que l’on pouvait tirer, à propos de l’antisémitisme d’aujourd’hui, de l’expérience de la stigmatisation et de la persécution qui fut celle de Bloch, y compris à l’Université. Sur ce que la pensée de l’historien résistant affronta comme une épidémie de lâcheté rendant possible l’antisémitisme d’État, il convient apparemment de se taire. Dans un texte de circonstance, la rédaction de K. réagit à cette tentative d’honorer une mémoire, tout en en effaçant la portée pour le présent et l’avenir. Nous ajoutons cette intervention au dossier que K. a consacré ce mois-ci à Marc Bloch, car il en prolonge l’intention : rappeler que le témoin de L’Étrange défaite fut un penseur critique des aveuglements collectifs, des mythologies nationales et des effondrements moraux, et qu’une œuvre vive ne se célèbre pas en la neutralisant.
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Nous nous sommes souvent demandé, dans K., quelle était la consistance de la position antisioniste, et même s’il était en vérité possible de l’être. Continuant notre exploration pays par pays de la situation politique européenne eu égard à cette question, nous nous arrêtons cette semaine sur un cas à la fois singulier et révélateur : celui de l’Irlande du Nord. Après que l’Assemblée y a failli s’effondrer, en novembre 2025, suite à la visite d’un ministre en Israël, le politologue Cillian McGrattan nous a confié un texte interrogeant l’obsession antisioniste irlandaise en la resituant dans l’histoire politique du pays et de ses Troubles. Le constat est le suivant : aujourd’hui, être nationaliste irlandais signifie nécessairement être antisioniste. Mais puisque personne ne semble capable d’expliquer ce que signifie être antisioniste – ou du moins ce que cela implique politiquement, au-delà des poses vertueuses et des identifications imaginaires –, la conception que la nation irlandaise se fait d’elle-même apparaît vidée de tout contenu. McGrattan met ainsi en évidence la fonction politique de l’antisionisme irlandais, qui est de colmater un défaut dans la réflexivité historique et politique nationale, et de déplacer sur une scène lointaine, où l’on peut apparemment pérorer sans conséquences, le traitement des conflits d’un passé qui ne passe pas.
À propos d’un autre passé, apparemment tout aussi indigeste, nous explorons cette semaine l’héritage de la Shoah dans la Hongrie communiste, les difficultés du retour des juifs après l’extermination et la spoliation, ainsi que leurs échos contemporains. Liam Hoare s’est entretenu pour K. avec l’écrivain et essayiste hongrois Gábor T. Szántó, qui s’est longuement penché sur ces questions et a récemment publié 1945 and Other Stories, recueil de nouvelles consacrées au lendemain de la catastrophe. Ils y discutent des zones d’ombres de l’histoire hongroise, de la manière dont l’État a organisé la complicité de la population dans son entreprise de spoliation, et de l’avenir de la vie juive en Hongrie.