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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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# 263 / Edito

Des saillies du leader de LFI ayant émaillé la campagne des municipales, on aurait pu attendre un effet de disqualification. Après tout, en s’amusant à jouer sur l’équivoque sonore du nom juif devant un public hilare, Mélenchon a atteint à une clarté obligeant à reconnaître que, parmi les opérateurs de galvanisation des troupes insoumises, figurait à une place décisive l’antisémitisme. Dans le dernier mois, cette reconnaissance a atteint, à gauche même, un degré d’explicitation inédit. Or, on ne peut pas se leurrer sur le résultat des élections : nulle défaite n’a été subie par la gauche antisémite, aucune véritable sanction ne lui a été imposée. De ce constat, il faut alors tirer une conclusion : si pour une partie de la gauche, l’antisémitisme est de toute évidence qualifiant, pour une autre, il a cessé d’être disqualifiant, devenant tout au plus objet de gêne et d’embarras. C’est sur ce point que Bruno Karsenti attire notre attention dans « La Gauche, les Juifs et le Truand », en déplaçant la focale de LFI à la crise généralisée de la gauche qui rend possible son implantation durable. Car c’est dans un grand vide que germe la politique du pire, celui laissé par le délabrement de la conscience historique post-Shoah, ce que vient illustrer cet antisémitisme constaté, contre lequel un discours authentiquement de gauche peine à se formuler.

À propos de l’Iran, et de la complexité de son histoire politique, nous continuons notre exploration des oscillations des rapports entre les juifs et les Iraniens à travers le récit d’un épisode méconnu. Pour son livre Les enfants de Téhéran, Mikhal Dekel – que Martine Benoit est allée interroger pour K. – a mené l’enquête sur les traces d’une histoire à la fois familiale et générique : celle de son père, un des nombreux juifs polonais qui, fuyant la Shoah, a trouvé refuge en Iran. Retraçant ce parcours de survie – de la Pologne à travers l’URSS, jusqu’à l’opération de sauvetage qui les conduit à Téhéran et finalement en Palestine mandataire –, Dekel interroge le destin singulier de ces réfugiés oubliés de la mémoire et de l’histoire de la Shoah. C’est aussi l’occasion de revenir sur le tournant politique de l’Iran lors de la Seconde Guerre mondiale – qu’abordaient déjà la semaine dernière les bonnes feuilles du livre de Stéphanie Roza et Amirpasha Tavakkoli – et sur ce moment inaugural des relations israélo-iraniennes.

Les juifs voyagent. À l’approche de Pessa’h, la question se pose : d’où viennent-ils et où vont-ils ? On voit que, parfois, ils viennent de Pologne, s’arrêtent un moment en Iran, et arrivent en Israël. Mais on sait que ce n’est là qu’un cas parmi la multitude que définit la condition exilique, et que les récits par lesquels les juifs se racontent cet exil ont rarement des coordonnées aussi précises. À l’occasion de la deuxième soirée de K. sur scène au Théâtre de la Concorde, Juifs d’Europe : Rendez-vous en terre inconnue, Ruben Honigmann nous avait invité à une réflexion au sujet de l’incohérence de ces voyages bibliques dont on ne sait plus d’où ils partent et où ils arrivent. Nous publions cette semaine une version augmentée du texte de son intervention, où se pose la question de savoir comment ils arrivent malgré tout à s’orienter.