#134 / Edito
Le temps n’est pas encore revenu, pour notre revue, de reprendre notre rythme habituel et de publier les textes que nous avions prévus. Car à quoi pouvons-nous penser d’autre qu’à ce qui vient d’avoir lieu, ce qui se passe aujourd’hui, et à tout ce qu’il y a à craindre pour les temps qui viennent ? Aussi, pour le moment, nous ne publierons – sans calendrier précis – que ce qui nous permet d’appréhender l’actualité en Israël et en Europe, comme celle de la guerre à Gaza et de ses répercussions. Une actualité qui percute l’histoire même du monde juif. Après les massacres du 7 et du 8 octobre derniers, le mot pogrom est revenu pour s’imposer comme une réalité appartenant désormais à l’histoire de l’État d’Israël. Nous avons relu La ville du massacre de Bialik, écrit après le pogrom de Kichinev en 1903 – où près de cinquante juifs furent assassinés – et que nous proposons à nos lecteurs de lire ou de relire. Qu’est-ce qu’un pogrom ? Il faut lire intégralement, lentement, silencieusement ce poème qui joua un rôle considérable dans la conscience de soi d’une génération de juifs européens au début du XXe siècle, afin d’approcher de ce que l’épreuve a pu représenter. Et afin d’entrer dans celle qui est maintenant la nôtre. Qu’est-ce qu’un pogrom aujourd’hui, en 2023, en Israël, où plus de 1.400 personnes ont été massacrées ? Si l’ampleur d’un tel événement n’est pas prête d’être saisie, dans leur texte « Depuis le pogrom », Bruno Karsenti et Danny Trom rendent compte d’un vacillement, celui des coordonnées du monde juif telles qu’elles s’étaient établies depuis la fin de la guerre et la création de l’État d’Israël. Et ils tentent de donner quelques repères dans ce qui est bien, pour notre génération, un nouveau séisme.