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Saravá Shalom : Techouva au pays de l’enchantement

Au Brésil, le judaïsme se vit et se pratique dans le syncrétisme : la mémoire sépharade de la conversion forcée lors de l’Inquisition se croise avec celle de l’esclavage et de la colonisation, tandis que sont expérimentés des rituels mêlant tradition kabbalistique, religiosités afro-indigènes ou spiritisme. Le documentaire 'Saravá Shalom' d’Alex Minkin explore ce judaïsme brésilien en perpétuelle transformation : son réalisateur nous présente ici son projet et sa réception.

Trois personnes vêtues de blanc participent à une cérémonie dans un temple intérieur richement décoré. Au centre, un homme assis tend les mains pendant que deux assistants l’entourent. Au premier plan, plusieurs bougies allumées sont alignées sur une table basse. À l’arrière-plan se trouvent un autel avec statues, fleurs blanches et une grande étoile à six branches accrochée au mur. La scène montre un rituel filmé au temple Ogum Beira-Mar, au Brésil, dans le cadre du documentaire Saravá Shalom.
Rituel du roi Salomon, temple Ogum Beira-Mar, Cascavel, Ceará, Brésil, scène de Saravá Shalom.

Le nouveau documentaire Saravá Shalom propose de repenser ce que ça veut dire d’être juif au Brésil. Loin des synagogues traditionnelles et du rabbinat officiel, le film suit des juifs brésiliens qui ont trouvé dans le kardécisme et les religions afro-indigènes — umbanda, candomblé et jurema sagrada — un moyen de renouer avec leurs ancêtres réduits au silence depuis l’Inquisition portugaise.

Saravá Shalom propose un cinéma qui affronte l’antisémitisme en déconstruisant l’image monolithique du juif, révélant la multiplicité des expériences et des identités qui résistent aux tentatives de réduction de l’identité juive aux stéréotypes dominants du juif au Brésil, et même dans les Amériques. Saravá Shalom peut être vu comme une lettre d’amour juive à l’umbanda, au kardecisme, au candomblé et aux ramifications périphériques du judaïsme au Brésil… Ce qu’il n’est pas : un film académique. En tant que réalisateur du film, j’ai volontairement exclu mes entretiens avec les professeurs d’université qui ont contribué à la recherche pour le film. Je me suis inspiré des mots du philosophe français Jean Pouillon, qui dit que seul le non-croyant croit que ce que fait le croyant, c’est croire. L’idée était que le film parle de l’intérieur, du point de vue des participants, sans présenter de jugements analytiques issus du monde universitaire, laissant au spectateur une interprétation ouverte lors de sa rencontre avec le film.

Des archives au terreiro

Le documentaire est né d’une décennie de recherche sur la spiritualité syncrétique brésilienne. Ce qui a commencé comme une visite fortuite dans un petit terreiro d’umbanda, dans la zone nord de Rio de Janeiro, s’est transformé en un pèlerinage à travers le temps, les lignées et les cultures. Dans le sertão profond de l’État du Ceará, entre les prières des caboclos et les chants dédiés à Salomon, la caméra a cherché à rendre visible une généalogie fragmentée par le feu de l’Inquisition et le silence colonial.

Inspiré du documentaire A Estrela Oculta do Sertão (2005), d’Elaine Eiger et Luize Valente, Saravá Shalom reprend ainsi un thème encore peu abordé. Le film d’Elaine Eiger et Luize Valente a révélé que de nombreux descendants de nouveaux chrétiens, en essayant de renouer avec le judaïsme, se sont heurtés à des portes beaucoup moins ouvertes qu’ils ne l’espéraient. Au lieu d’être accueillis, ils ont rencontré de la méfiance : il leur manquait des documents prouvant leur ascendance, il y avait des divergences rituelles et des doutes planaient sur la légitimité et les raisons de ces reprises identitaires — des facteurs qui, ensemble, rendaient difficile l’entrée dans les communautés juives établies.

Le traumatisme personnel de la conversion forcée au communisme, qui a effacé la vie spirituelle de nombreuses familles juives, dialoguait avec le traumatisme des descendants de juifs convertis de force au christianisme au Portugal et au Brésil pendant l’Inquisition.

Saravá Shalom, quant à lui, change de perspective en se concentrant sur quelque chose de plus souterrain : la rencontre entre des lignées dispersées qui ont continué à communiquer à travers la musique, l’incorporation de rituels et la mémoire corporelle. En tant que cinéaste originaire de l’ancienne Union soviétique, j’ai grandi dans un contexte de rupture avec la tradition, de disparition des langues et des mémoires juives. Accompagner les descendants des nouveaux chrétiens dans cette quête de reconnexion a été, d’une certaine manière, une expérience partagée. Le traumatisme personnel de la conversion forcée au communisme, qui a effacé la vie spirituelle de nombreuses familles juives, dialoguait avec le traumatisme des descendants de juifs convertis de force au christianisme au Portugal et au Brésil pendant l’Inquisition.

André Feitosa et les multiples généalogies

André Feitosa, artiste, philosophe et avocat des droits de l’homme originaire du Ceará, est le personnage central du film. Il a découvert que sa famille descendait d’esclaves africains, d’indigènes et de juifs convertis de force par l’Inquisition. « J’ai fait le choix de raconter les histoires de mes ancêtres. Là où il n’y avait pas d’archives, j’ai consulté les esprits dans les terreiros. Je suis une maison hantée par des fantômes qui se disputent, exigeant tous de l’espace, des rites, de la mémoire et de la guérison », déclare André.

Marcos Gandelsman, psychologue, activiste de Meretz Brasil et de la communauté juive de Recife, raconte que « tout comme le Abraham biblique qui, marqué par le pacte, accueille les inconnus à la porte de sa tente et leur offre son hospitalité, André — le protagoniste de Saravá Shalom — agit également sous l’impulsion d’un besoin ancestral. Au cimetière juif, en saluant Oiá/Iansã et en touchant les tombes de juifs avec lesquels il n’a pas de liens directs, il élargit sa “tente de la mémoire”, réintégrant ces morts comme ses propres ancêtres. Tout comme Avraham, dont l’action découle du devoir d’être une bénédiction pour beaucoup, André ritualise son ascendance parce qu’il en a besoin. Il est aussi sujet à des pactes, prenant soin des liens, accueillant les absents et maintenant en vie les lignées qui le précèdent.

Rite en hommage aux ancêtres séfarades, Coimbra, Portugal. Scène de Saravá Shalom.
Rite en hommage aux ancêtres séfarades, Coimbra, Portugal. Scène de Saravá Shalom.

Chacune de ses lignées ancestrales exige une loyauté rituelle. Ses ancêtres amérindiens l’appellent à la Jurema ; sa lignée africaine au Candomblé ; ses ancêtres séfarades, convertis de force par l’Inquisition, exigent un retour à la tradition juive. Chaque système porte une ontologie unique du temps, de l’éthique et de la corporéité. Selon le babalorixá et anthropologue Robson Cruz, Saravá Shalom remet en question les idéaux de pureté raciale en valorisant le métissage culturel et en célébrant l’« impureté » des origines, laissant place aux divinités et aux esprits issus des traditions afro-brésiliennes, comme dans l’umbanda.

Rituel de manger les noms

L’une des scènes les plus intenses se déroule dans le village abandonné de Cococi, dans le sertão profond du Ceará — un endroit sans voisins, sans eau, fait uniquement de pierre et de vent. C’est là que les ancêtres séfarades d’André se sont cachés pendant l’Inquisition. « C’était un endroit absolument formidable pour se cacher, même s’il n’a jamais été généreux », dit André devant les ruines. « Les vaches mouraient, les plantes tombaient, mais comparé au danger de l’Inquisition, c’était l’endroit le plus sûr qui soit. » André fait un rituel où il « mange les noms » de son arbre généalogique — les noms qui composent sa lignée juive, aujourd’hui reconnue par le rabbinat de Lisbonne. À chaque nom prononcé et avalé, un maillon perdu est réintégré au corps. Manger le nom, c’est faire du verbe de la chair ; c’est restaurer, par la bouche, ce qui a été arraché à la langue.

Dans la tradition kabbalistique, le nom porte l’essence de l’âme. Le Tétragramme — le Nom imprononçable de Dieu — est le point de convergence entre l’être et le dire. Dans les traditions yoruba et nagô, d’origine africaine, la force vitale, l’axé, se transmet par le son et l’ingestion rituelle : manger, c’est incorporer, c’est recevoir le souffle des ancêtres. À la rencontre de ces deux cosmologies — l’une sacralisant la lettre, l’autre sacralisant le corps –, le rituel consistant à manger les noms devient un dialogue entre la Kabbale et l’axé, une alliance entre la mémoire et la chair.

Il y a une sorte d’« Eucharistie marrane », où le nom — au lieu d’être prononcé devant l’autel — est rendu au ventre de la terre, en passant par la bouche. Dans la Kabbale, le monde est créé par la combinaison des lettres ; dans la Jurema, il se recrée par le partage ritualisé des aliments.

Il y a ici une sorte d’« Eucharistie marrane », où le nom — au lieu d’être prononcé devant l’autel — est rendu au ventre de la terre, en passant par la bouche. Dans la Kabbale, le monde est créé par la combinaison des lettres ; dans la Jurema, il se recrée par le partage ritualisé des aliments. Quand les deux forces se rencontrent, le mot et la nourriture deviennent inséparables : manger, c’est se souvenir ; se souvenir, c’est créer. André dit : « absorber les noms du temps, mâcher le temps, mâcher les noms qui ont précédé, digérer et ressusciter l’infini, les noms qui relient dans le temps ancestral, manger le passé pour libérer l’avenir ».

En mangeant les noms, les personnages du film nous apprennent que l’exil peut aussi être un moyen de communion. Et que le véritable retour — la techouva — est peut-être celui-ci : retrouver nos morts dans la voix des autres. Saravá Shalom est témoin de l’acte de réconciliation spirituelle d’André dans le terreiro Ilè Ibá Asè Kpósú Aziri, le plus ancien temple de candomblé en activité dans le Ceará. Là, des noms juifs sont prononcés. Des généalogies sont enroulées dans des paniers sacrés. Des prières juives comme le Kaddish sont chantées avec des offrandes de nourriture africaine et juive.

Emojubá ! Festival de Quimbandeiro. © Leonardo Melo Pereira de Oliveira.
Emojubá ! Festival de Quimbandeiro. © Leonardo Melo Pereira de Oliveira.

Ces cérémonies sont des actes de justice ritualisés, qui s’opposent au silence imposé pendant l’Inquisition portugaise, qui a criminalisé et effacé les pratiques ancestrales séfarades. La cérémonie filmée est une réponse radicale à cette histoire. Un panier rempli de nourriture et de noms d’ancêtres juifs est placé sur la tête des pratiquants et tourné dans le sens inverse des aiguilles d’une montre — contre le temps, contre l’amnésie, vers les origines. Le terreiro de candomblé devient non seulement un lieu de mémoire africaine, mais aussi un sanctuaire pour tous les peuples diasporiques qui cherchent à renouer avec leurs rituels. André nous montre dans ces rites spirituels comment la judéité était ancrée dans le sertão brésilien sur fond de persécution chrétienne.

Yvonne et le kardécisme juif

Alors que le chemin d’André s’incarne à travers la danse et le rituel, le parcours d’Yvonne se déroule à travers le kardécisme, une pratique spirite d’influence française très populaire au Brésil. Son histoire mène à une intersection surprenante et souvent négligée : celle de la pratique judéo-spirite. Yvonne, dont les parents juifs sont venus d’Allemagne, aujourd’hui âgée, fréquente le Centre Kardeciste Jacques Chulam depuis plus de 50 ans. Fondé par trois familles séfarades de Jérusalem dans les années 1940, c’est le seul centre judéo-spirite connu dans le monde. Alors que la théologie juive dominante dénonce la communication avec les esprits, ce centre a offert un refuge à ceux qui, comme Yvonne, ont perdu des êtres chers et cherchaient un réconfort spirituel.

Après la mort de son fils, Yvonne a trouvé du réconfort grâce au contact avec des esprits juifs. Elle dit avoir reçu 31 lettres psychographiées d’esprits de rabbins décédés, certaines signées par des figures historiques comme le rabbin Fritz Pinkuss et le rabbin Heinrich Lemle, tous deux importants dans l’histoire du judaïsme réformiste brésilien. Ces lettres, souvent reçues à la veille de Rosh Hashana et de Yom Kippour (jours fériés pendant lesquels le centre est fermé, permettant aux spirites juifs d’assister aux offices traditionnels), contiennent des enseignements et des bénédictions qui font écho à la cadence morale et théologique du judaïsme libéral.

L’histoire d’Yvonne marque l’un des moments les plus poignants et les plus complexes émotionnellement du film. Une femme juive qui a cherché du réconfort non pas dans les enseignements rabbiniques traditionnels, mais à travers la communication spirite karcéiste. Les lettres des morts — des rabbins brésiliens et de son fils décédé — lui ouvrent une fenêtre souvent cachée du discours public et de l’establishment des communautés juives brésiliennes.

Andréa Kogan, chercheuse brésilienne en religions et auteure de l’étude pionnière « Espiritismo Judaico » (Spiritisme juif), a proposé une réflexion émouvante sur le témoignage d’Yvonne lors de la projection du film en Allemagne : « J’ai étudié les juifs brésiliens qui communiquent avec les esprits en utilisant les techniques du spiritisme d’Allan Kardec. Quand les juifs sont confrontés à la mort, à la maladie ou à une profonde souffrance émotionnelle — comme la perte d’un enfant –, souvent, comme ils ne reçoivent pas de soutien significatif de la part des rabbins ou des institutions juives, ils se tournent vers le spiritisme ».

Il y a peu de discours publics ou de recherches universitaires sur les juifs brésiliens qui pratiquent des religions syncrétiques comme l’umbanda, le candomblé et le spiritisme. La plupart des juifs qui s’engagent dans ces pratiques le font en secret, par peur d’être jugés ou exclus.

L’expérience d’Yvonne n’est donc pas un cas isolé. Selon Kogan, ce type de quête spirituelle est une réalité répandue, mais non admise, chez de nombreux juifs brésiliens. Comme l’explique Kogan, il y a peu de discours publics ou de recherches universitaires sur les juifs brésiliens qui pratiquent des religions syncrétiques comme l’umbanda, le candomblé et le spiritisme. La plupart des juifs qui s’engagent dans ces pratiques le font en secret, par peur d’être jugés ou exclus. « Le film est un portrait honnête, beau et vrai de la réalité juive brésilienne », a observé Kogan. Et même si certains peuvent se demander si elle croit à ces phénomènes, sa réponse est claire : « Qui suis-je pour dire si j’y crois ou non ? C’est un phénomène que nous devons observer, auquel nous devons prêter attention et que nous devons respecter ».

Tant Diana Brown, spécialiste américaine de l’umbanda, qu’Andréa Kogan concluent que, pour les juifs brésiliens, se connecter au spiritisme, à l’umbanda ou au candomblé n’a jamais impliqué un renoncement au judaïsme — il s’agit de vivre une double appartenance, une synthèse spirituelle façonnée par le pluralisme et le syncrétisme brésiliens. Le rabbin Nilton Bonder, de la Congrégation juive du Brésil, remarque cette caractéristique unique de la religiosité brésilienne lors de la discussion sur le film, qui a eu lieu à Rio de Janeiro : « Il y a une très grande pluralité religieuse au Brésil. Quand je demande à un Brésilien quelle est sa religion, il me raconte toute une histoire. J’étais catholique, puis évangélique, puis je suis devenu spiritualiste. Ça fait partie de la tradition spirituelle de sa religion ». Cette ouverture des religions syncrétiques brésiliennes est devenue un terrain fertile pour le renouveau spirituel juif, aussi organique à la culture brésilienne, qui actualise à sa manière une religiosité qui finit par se différencier des modèles américains et européens.

Pour Michel Gherman, prof de sociologie à l’UFRJ et membre du Núcleo Interdisciplinar de Estudos Judaicos, l’interview avec Yvonne est l’une des plus belles scènes du film. « C’est une pratique absolument constante dans le judaïsme : le lien entre ceux qui sont morts et ceux qui restent, le lien entre la mère et l’enfant, le lien de l’enfant qui continue à lui parler pour qu’elle suive la tradition juive (en lui demandant de réciter le Shema). Quand je vois Yvonne, je vois le judaïsme dans son sens le plus radical. Je pense à l’impossibilité, dans les différentes tragédies juives, de garder ces liens avec les morts. Et je vois, dans cette expérience super juive d’Yvonne, la possibilité de garder des liens avec son fils bien-aimé qui est mort. Il n’y a rien de plus juif que ça. […]. L’un des éléments fondamentaux de ce film est la production d’une identité juive absolument autonome, libre, sans entraves, brésilienne. »

Bia Schneider, Florianópolis, Santa Catarina, Brésil. Scène de Saravá Shalom.
Bia Schneider, Florianópolis, Santa Catarina, Brésil. Scène de Saravá Shalom.

Synagogue des engagements ancestraux

En réfléchissant à sa propre communauté, André explique le nom qu’il lui a donné : Synagogue des engagements ancestraux. « Il est dit au pluriel — engagements ancestraux — car il s’agit de plusieurs couches d’ancestralité entremêlées les unes aux autres. Des forces spirituelles distinctes habitent ces mêmes os. Depuis notre arrivée au Brésil, nous avons formé des familles avec nos alliés, issus de nombreuses origines : de la diaspora africaine, des invasions et des pillages indigènes, des croisements entre différents peuples. »

Saravá Shalom, comme le dit le rabbin Nilton Bonder, nous montre que là où il y a circulation de juifs — là où ils peuvent cohabiter, transiter et créer des liens — il y aura aussi des traces juives disséminées dans différents domaines de la vie sociale. Pour lui, c’est un processus d’assimilation qui fait partie de l’histoire du judaïsme : la présence juive finit toujours par laisser des traces, qu’elles soient culturelles, spirituelles ou symboliques, dans les milieux où elle s’insère. C’est cet héritage juif que Saravá Shalom cherche à mettre en avant, à la fois à travers ses images et ses personnages, comme André et Yvonne, mais aussi Bia, autre personnage du film, médium et chanteuse d’umbanda, née au Paraná, d’origine allemande et indigène, qui se considère également comme l’héritière du judaïsme, en donnant la parole aux esprits juifs dans ses chansons.

Tournée au Brésil et accueil international.

Pendant la tournée brésilienne, Saravá Shalom a réuni des publics variés — communautés juives, descendants de nouveaux chrétiens, chercheurs, leaders spirituels et spectateurs en général — qui ont révélé, lors des débats, la portée historique et affective du parcours proposé par le film.

Des penseurs comme Michel Gherman ont souligné que l’œuvre ouvre un nouveau champ dans les études juives au Brésil, axé non seulement sur l’histoire migratoire, mais aussi sur les usages spirituels et politiques du judaïsme au Brésil. Des voix comme celle de la chercheuse et juremeira Maria Rita ont renforcé l’idée de l’ancestralité comme une présence vivante, et non comme un passé lointain, situant le film comme un geste de résistance marrane qui persiste contre l’oubli.

Quand Saravá Shalom a été présenté en Allemagne, le professeur Jonathan Schorsch, directeur de théologie juive à l’université de Potsdam, a partagé une réflexion marquante : « Ici, en Allemagne, certaines choses comptent comme de la théologie juive. Mais il est vraiment important que nous comprenions tous que le judaïsme, la judéité, n’est pas seulement une théologie cristallisée par la tradition, mais une expérience vivante, qui change. C’est ainsi que fonctionnent la sociologie et l’histoire de la religion. Les études sur le syncrétisme religieux juif brésilien, comme on le voit dans Saravá Shalom, sans jugements moraux, mais avec compréhension et compassion, sont aussi importantes que ce qu’on appelle la théologie juive, présente dans des œuvres comme celles de Martin Buber et Maïmonide. Leur valeur ne réside pas dans le fait d’être casher ou non. Mais dans le fait de regarder ce que font les juifs brésiliens avec leur religiosité ».


Lien vers le site du film : https://ticunbrasil.com/sarava/

Photo de Alex Minkin

Alex Minkin

Alex Minkin est anthropologue et réalisateur du film 'Saravá Shalom'. Ses recherches portent sur les intersections entre les cultures juive et brésilienne. Alex a étudié dans le cadre du projet d’archives du Séminaire théologique juif de Moscou et est diplômé de la James Striar School of General Jewish Studies de l’Université Yeshiva, à New York.