Skip to content
K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
Lancement de l'offre jeunesse de K. - Soutenez le projet ici

Rester sioniste

Le projet d’émancipation sioniste supposait de se défaire de l’influence que faisait peser l’antisémitisme sur la destinée juive. Or, aujourd’hui qu’Israël existe, ses actes tendent à se légitimer et à être justifiés par l’irréductible menace d’une haine éternelle, comme si la réalisation du projet n’avait en rien déplacé les coordonnées de la vie juive. De ce constat, Alexandre Journo conclut à la nécessité d’une auto-critique du sionisme, non pas comme une concession faite à ceux qui voudraient le voir disparaître, mais comme le seul moyen de mener le projet à son accomplissement.

Boîte métallique ancienne de collecte de dons du Fonds national juif posée sur une table, décorée en bleu et blanc avec une étoile de David, une carte stylisée d’Israël et une inscription en hébreu sur la face avant. La surface de la boîte est marquée par l’usure et la rouille.
« JNF Box », par Zeev Barkan, CC BY 2.0

Le 7 octobre a eu des répercussions paradoxales pour le sionisme. Les jours qui suivirent, la vague mondiale d’antisémitisme a redémontré le besoin impérieux de sionisme. L’antisémitisme se déchainait partout, y compris en Amérique du Nord, où les écoles juives et synagogues n’avaient jusqu’alors pas besoin de fourgons de police. Si la crise a renouvelé la nécessité du sionisme, elle a également affiché son caractère dysfonctionnel, déjà à nu à la veille du 7 octobre avec cette coalition d’extrême droite. Tous les garde-fous avaient alors sauté et l’on a vu, en répercussions du 7 octobre, se déverser tout ce qui était déjà à l’état latent en Israël : haine débridée contre les Arabes, appel à une « seconde Nakba ».

Surtout, le sionisme est devenu totalement diabolisé au-dehors. Il ne va plus de soi, même le président Macron ayant rappelé qu’Israël ne devait son existence qu’au bon vouloir de tiers1. Il nous faut prendre la mesure de cette démonétisation du sionisme, cesser de croire qu’elle disqualifie ses auteurs. Le sionisme, dès l’origine, consistait déjà à prendre la mesure d’une défaite, celle de la permanence de l’hostilité contre les Juifs après l’Émancipation : il s’agissait d’y réagir concrètement plutôt que de recenser les fautes des antisémites devant un pouvoir indifférent. Aujourd’hui, nous avons à nous demander quelles sont les responsabilités du sionisme même dans la défaite contemporaine.

Cet exercice de critique interne est difficile à mener, même à part soi, parce que les procès en légitimité d’Israël ont une fonction de glacis protecteur, ils nous empêchent de baisser la garde et de regarder notre histoire et l’état dans lequel se trouve aujourd’hui Israël. Cela fait deux ou trois décennies que l’image idéale que l’on se fait d’Israël — démocratique, prêt au land for peace — n’a plus vraiment de réalité. Or, cette image a survécu chez nous, non pas du fait de notre propre aveuglement, mais du fait d’une remise en cause complète de l’existence même d’Israël, par un discours antisioniste qui n’aime les Juifs que parias et irresponsables, et qui « condense » sur Israël toute la critique de l’Occident, de l’État et de la modernité politique. De tels ennemis canalisent notre énergie et nous placent en posture défensive. Or, l’Israël réel dérive vers l’illibéralisme et se radicalise, s’allie avec les extrêmes droites européennes2, approfondit la colonisation pour empêcher l’avènement d’un État palestinien et a mené une guerre qui s’est progressivement révélée illégitime. Cela, tout le monde le voit.

Cet exercice de critique interne est difficile à mener, même à part soi, parce que les procès en légitimité d’Israël ont une fonction de glacis protecteur, ils nous empêchent de baisser la garde et de regarder notre histoire et l’état dans lequel se trouve aujourd’hui Israël.

Le texte qui suit est celui d’un Juif français, sioniste, qui ressent un malaise devant le sionisme tel qu’il est aujourd’hui, tel qu’il se conçoit et se transmet — dans les institutions juives françaises en particulier —, tel qu’il s’est réalisé. Et qui en dépit de tout cela reste sioniste. Parce que le sionisme est bien la solution à l’impossible condition juive moderne, celle qui peut empêcher une nouvelle tragédie juive. Pour dépasser ce malaise, il faut de nouvelles bases pour que le sionisme puisse s’accomplir de manière légitime. Ce travail n’est pas provoqué par l’injonction du monde à condamner le sionisme, mais pour des raisons internes au monde juif. Pour les jeunes générations — qui n’ont connu Israël que sous Netanyahou, un Israël expansionniste et désertant le processus de paix —, le monde juif n’a à offrir qu’une version calcifiée et incapable de s’actualiser du sionisme. En l’absence de remise en question, elles ne pourront donc que s’éloigner du sionisme et, par là même, du monde juif.

Avant d’entamer cet examen, définissons le terme du débat, passablement dévoyé aujourd’hui. Le sionisme est une doctrine née à la fin du XIXe siècle de la déception devant l’échec de l’émancipation des Juifs en Europe et devant l’émergence de l’antisémitisme. À cela, le sionisme répond par la revendication d’une définition nationale pour les Juifs et par la poursuite d’une autoémancipation comme majorité souveraine sur la terre d’Israël. Dit plus simplement, le sionisme ne peut se réduire à la simple formule « je crois au droit d’Israël à exister », mais affecte ce droit d’une valeur prescriptive : l’établissement d’un État juif a été (et est) une bonne chose pour le fait juif. Toutes les variantes du sionisme peuvent admettre ce socle-là.

https://www.flickr.com/photos/omert/2244133021/in/faves-63368930@N04/
« Spinoza meets Ben Gurion », Omer Tamir, CC BY-ND 2.0
https://www.flickr.com/photos/omert/2244133021/in/faves-63368930@N04/ « Spinoza meets Ben Gurion », Omer Tamir, CC BY-ND 2.0

Le sionisme depuis la diaspora

Le sionisme comme réponse à l’antisémitisme

Cette définition socle recouvre de nombreux angles morts et impossibilités. Pour en donner la teneur, je vais essayer d’exposer la façon dont le sionisme est transmis et enseigné dans les milieux communautaires juifs français, dans le système éducatif juif.

Nous a été transmise l’idée selon laquelle le sionisme nous restaure dans notre dignité, que le sionisme était la solution autonome à l’antisémitisme. C’est une idée performative : si l’on y croit, Israël nous restaure effectivement dans notre dignité. Il n’est même pas besoin de faire son alyah pour profiter du reflux de l’antisémitisme consécutif à cette transformation de la condition juive. L’antisémitisme est une psychose, selon le mot de Pinsker, mais elle ne prend corps, comme tout comportement cruel, que sur plus faible que soi. Elle opère en clique, repère la faiblesse pour l’accuser et en jouir. Le sionisme a là une analyse pessimiste de la nature humaine et son rapport à l’irréductible altérité, mais il y répond concrètement. L’antisémitisme est, et la morale n’est d’aucun secours contre lui. Le sionisme se propose alors d’y répondre deux fois : en s’en allant ; et en cessant de lui donner prise.

L’antisémitisme est mimétique, quand il voit la violence permise sur des Juifs, il l’autorise davantage. C’est cette logique cruelle qui s’abat sur le petit Ilioucha à la fin des Frères Karamazov. Son père est humilié, les enfants sentent sa fébrilité, l’odeur du sang et conspirent à l’attaquer. Plus il se récrimine, plus il constate sa solitude, plus ils l’attaquent. « Eh ! torchon de tille ! lui criait-on, on a traîné ton père par sa barbe hors du cabaret ; toi, tu courais à côté en demandant grâce. »

Plus il est désigné comme faible, comme victime canonique, plus il suscite la même passion haineuse. Cette passion se décuple quand on a affaire à une victime « premier de la classe » et sans appui. Le sionisme vise à changer la perception que l’on a des Juifs, à cesser de faire apparaître à nu notre faiblesse constitutive, à cesser aussi d’être une victime qui doit s’en remettre à la protection d’un pouvoir tiers.

Ainsi, au lendemain du 7 octobre, il ne s’agissait pas de venger les Palestiniens, il s’agissait de répondre à un signal. Le même qu’après Ozar HaTorah, « dans les 10 jours suivant le 19 mars, on recense plus de 100 actes antisémites »3. Il fallait frapper encore et encore au même endroit.

Le sionisme vise à changer la perception que l’on a des Juifs, à cesser de faire apparaître à nu notre faiblesse constitutive, à cesser aussi d’être une victime qui doit s’en remettre à la protection d’un pouvoir tiers.

L’existence d’Israël empêche l’antisémitisme d’avoir prise. Que ce soit physiquement, en allant en Israël pour ne plus être à la merci d’une majorité hostile (c’est le motif principal de l’alyah : ne plus subir la solitude de l’insécurité). Ou simplement en se sentant revigoré par cette existence juive autonome là-bas. En rassurant les Juifs contre leur précarité, l’existence d’Israël les sécurise de fait et déconcerte le vieil antisémitisme. Le sionisme n’est pas le seul responsable de ce reflux de l’antisémitisme. La culpabilité de la Shoah, qui a « déshonoré l’antisémitisme » écrit Bernanos, a évidemment sa part. Encore que, le pogrom de Kielce en 1946, qui fit 42 morts parmi des rescapés des camps revenus chez eux, démontre que, malgré cette culpabilité, si l’on a affaire à des Juifs pitoyables, alors l’antisémitisme peut se déchaîner.

J’écris plus haut : en y allant ou non, ça n’est pas tout à fait vrai. Les institutions et écoles se revendiquant nommément du sionisme prenaient comme hypothèse l’impossibilité à terme du destin juif en diaspora, valorisaient le kibbutz galuyot et y travaillaient concrètement, à travers l’Agence Juive et le Bac Bleu Blanc. C’était là ce qu’on appelait positivement « sionisme », puisque le sionisme était le socle commun des institutions juives et n’avait plus besoin d’être nommé.

Exceptionnalité du fait juif et éthique d’irresponsabilité

Une autre disposition d’esprit du sionisme mainstream est l’exceptionnalité du fait juif. Cette exceptionnalité exonère Israël de toute responsabilité, sans doute parce que l’éthos de diaspora – qui n’implique pas de responsabilité propre – se poursuit. Or, comme l’écrit Denis Charbit dans L’impossible État norma4l, Israël n’est pas un projet achevé. Tant qu’il existe une diaspora, et tant qu’existe l’antisémitisme, on projette sur Israël le déficit d’agentivité de la condition de diaspora.

Le sionisme transmis dans les écoles juives dans les années 90 et 2000 était par ailleurs, certes pas libéral, mais de facto pacifiste. Nous portions un regard optimiste sur la paix, et si nous pouvions déplorer le côté doux rêveur des smolanim, ils n’en représentaient pas moins une grandeur d’âme, serait-elle irréaliste ou impraticable. En tout cas, ils n’étaient à l’époque aucunement considérés comme des traîtres. Nous voulions ardemment la paix. Mais nous ne savions pas voir nos propres responsabilités. Le processus de paix s’enlisant, nous n’y voyions plus que les rigidités arabes, leurs refus répétés, nous répétions comme des vérités intangibles ces refus, jamais notre propre responsabilité comme puissance occupante.

Cependant, nous savions bien qu’il y avait un axe qui allait du pacifisme au sionisme : les plus irrédentistes ou expansionnistes, nous ne les qualifions pas ainsi, mais comme des mieux-disants sionistes. Le judaïsme traditionnel a toujours un rapport de déférence au mieux-disant : nous n’en voulons pas pour nous-mêmes, mais nous ne pouvons condamner l’excès de piété, c’est ce qui maintient vivant le fait juif. Ce mieux-disant sioniste était incarné par des figures comme Michael Bar Zvi, Gil Taïeb, Jacques Kupfer, Michaël Gurfinkiel. Il était incarné par eux parce que depuis le tournant électoral de 1977, la première victoire du Likoud, la gauche juive française avait progressivement cessé d’être la courroie de transmission vers Israël et des figures plus droitières pouvaient désormais légitimement l’incarner. Nous avions avec ce sionisme maximaliste la même relation de déférence qu’avec l’orthodoxie juive. Nous devenions muets devant les colonies, parce qu’elles incarnaient une avant-garde pionnière — comment refuser qu’un Juif puisse vivre entre Jérusalem, Sichem et Hébron ? Nous tolérions le sionisme religieux parce que nous le pensions être la réconciliation tant attendue du sionisme laïque et du judaïsme. Nous tolérions la déshumanisation des Palestiniens pendant la seconde Intifada parce qu’ils nous avaient déçus. La chanson « Mahmoud mon petit Palos », qui se moquait d’un enfant palestinien de Jénine, futur terroriste, avait un certain succès chez les adolescents. Il y avait là une réaction aux attentats meurtriers, à l’antisémitisme enseigné chez les Palestiniens, mais il y avait aussi et surtout une mystification sur la malignité consubstantielle aux Palestiniens, quand nous, Juifs, disions aimer la vie. Cela se poursuivait avec Décryptage de Jacques Tarnero, diffusé à L’Arlequin, rue de Rennes : une série de documentaires sur le biais médiatique anti-israélien, et une manière de se rassurer sur la faute exclusivement palestinienne dans l’échec du processus de paix.

Ne pas se concevoir comme responsable ni de soi ni de l’autre a des conséquences tangibles : nous n’avons pas conscience de ce que nous infligeons aux Palestiniens en administrant leurs destins.

Plus près de nous, pour expliciter un peu ce silence devant l’irrédentisme territorial, le rabbin Amnon Bazak, figure de Har Etzion, la grande yeshiva du Gush Etzion, a été reçu en grande pompe dans les instances communautaires fin 2024. Qu’il soit une figure de la colonisation n’eut aucune importance. Des ministres d’extrême droite ont eux aussi été reçus, avant le 7 octobre, par le Consistoire, mais pas par le CRIF, et cette fois le malaise était palpable parce que l’on se rendait bien compte que ces ministres n’étaient plus le mieux-disant du sionisme, mais une version monstrueuse. Cependant, dès qu’il s’agit de figures de second rang, de rabbins, de députés francophones, ainsi Yomtob Kalfon de Yamina, des figures du Yesha Council, les choses se font plus naturellement et la ligne verte disparaît de nos esprits.

Israël comme idée

L’attachement à Israël, comme source de notre autoémancipation et comme mandataire du devenir juif, allait de pair avec une relative méconnaissance d’Israël. On peut mesurer ce qui se lit, ce que l’on retrouve dans les librairies « juives », sur les étagères du public juif cultivé. De très nombreuses méditations sur la question juive et l’antisémitisme, de l’Émancipation à la Shoah, une littérature nombreuse sur le sionisme et sur la naissance d’Israël, et puis cela semble s’arrêter là. Israël apparaît par ses écrivains, d’Amos Oz à Etgar Keret. Mais l’historiographie israélienne est très peu traduite. Nous connaissons le sionisme sur le bout des doigts, Israël reste à l’état d’idée. Et pour cause, nous avons besoin d’Israël comme idée, comme l’assurance d’un État refuge. Nous le connaissons, il est vrai, deux semaines par an, à Netanya ou Tel-Aviv. Nous nous étonnons, et je ne sais si c’est de l’enthousiasme ou de la méfiance, devant l’absence de restaurants casher à Tel-Aviv.

Parce que la société environnante est juive, alors transgresser le judaïsme ne fait plus peser aucun risque sur la judéité. De même pour le mariage mixte, un juge de la Cour suprême israélienne estimait dans l’affaire Shalit en 1970 que l’exogamie ne mettait plus en péril l’identité juive — au contraire, le risque pèse sur l’identité non juive, minoritaire en Israël — et qu’il convenait donc d’assouplir la définition matrilinéaire de la judéité.

Israël, en créant une société juive, a desserré l’étau conservateur sur le judaïsme que la condition minorée maintenait. Je ne dis pas qu’il n’est pas possible d’être juif et laïque en diaspora, simplement que l’on ne se raconte pas d’histoires : cet état sécularisé est intransmissible. Avec la sécularisation vient la commensalité, une dissonance cognitive vis-à-vis de l’exceptionnalité juive, et il est impossible de justifier trois générations d’affilée ce grand écart entre une assimilation de fait et le maintien du nom juif. Là encore, il n’y a pas besoin de faire son alyah pour bénéficier de la sécularisation du fait juif permise par Israël, puisque nous confions à Israël le mandat du nom juif.

« Ahad Ha’am street », par Chad Nagle, CC BY 2.0
« Ahad Ha’am street », par Chad Nagle, CC BY 2.0

Le sionisme tel qu’il s’est construit

La difficile mue majoritaire

Il ne s’agit pas ici seulement des impasses du sionisme tel qu’il est transmis en diaspora, mais de caractères fondamentaux du sionisme. Le sionisme est un projet qui ne sait pas s’achever. Ce faisant, il conserve des caractéristiques propres à la condition minoritaire dans laquelle il est né, des caractéristiques qui ne sont pas admissibles pour un État solidement établi et une société juive majoritaire. Minoritaires et désemparés, le messianisme est bénin et même souvent salutaire, c’est une « valeur-refuge » qui permet de se rasséréner. Dans un État souverain, c’est un désinhibiteur, la justification de tout ce que l’on peut faire, et désormais, on peut faire ce que l’on veut. Elle peut conduire des entreprises théologico-politiques funestes. Être désormais une majorité s’accompagne de devoirs et de renoncements. 

Le premier est la mue civique. L’État garantit des droits aux minorités parmi ses citoyens sur le territoire de la ligne verte, souvent improprement, mais est-ce bien suffisant comme relation à ses minorités ? Il peut parfois y avoir encore un distinguo tacite entre l’identité nationale du groupe majoritaire et l’identité civique de tous, reste que, que cela soit vrai ou non, les pays démocratiques revendiquent tous de dépasser l’ethnique, le religieux et de ne fonder leur nationalité que sur l’idée d’adhésion à des valeurs — qui se trouvent être les mêmes partout. Israël n’a pas d’identité civique qui se confonde avec la nationale, et ne le revendique pas non plus. L’idée d’identité civique, définie culturellement par son socle majoritaire et accueillante envers ses minorités, cette idée-là n’y fixe aucun paradigme auquel se conformer à long terme. Il y a des Juifs, il y a des Druzes, il y a des Arabes (ou des Palestiniens) et l’on ne voit pas comment passer outre cette division du pays, inchangée depuis le millet ottoman.

L’éthos de diaspora, qui n’implique pas de responsabilité propre, se poursuit et exonère Israël de toute responsabilité.

Mais le problème le plus lourd du sionisme est à mon sens son incapacité à concevoir Israël comme responsable de lui-même. Puisque nous n’avons pas été responsables de nous-mêmes lorsque nous étions minoritaires, nous ne parvenons pas à prendre conscience de nos responsabilités réelles aujourd’hui. Et ce de manière plus prégnante encore depuis 1967 quand nous avons commencé à exercer une responsabilité sur l’Autre. Un exemple pour illustrer cela. En 2002, au beau milieu de la seconde Intifada, est paru Histoire de l’Autre, un petit manuel d’histoire d’Israël et de la Palestine, écrit par des historiens des deux pays. Sur les pages paires, le récit israélien, sur les pages impaires, le récit palestinien. Le but de cette édition étant de s’écouter mutuellement, de mesurer ce que l’Autre vit. Ce qui m’a frappé en le lisant, c’est que dans le récit que font les Palestiniens d’eux-mêmes, ils sont totalement absents jusqu’à la veille de la première Intifada. Consciemment ou non, les historiens palestiniens qui ont conçu leur moitié de l’ouvrage ont fait le récit… de l’Autre : la société juive israélienne. Sur ces mêmes années, c’est-à-dire de Balfour à 1986, les historiens israéliens font quant à eux un récit où le Yishouv, Israël, les Juifs ont une agentivité. La bascule se produit dans le livre avec la première Intifada. Les Palestiniens font leur entrée dans les deux récits. C’est à ce moment-là de l’histoire que le livre se symétrise. Quand Israël commence à se rendre compte qu’il exerce une responsabilité de fait sur les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, le ton change dans le livre, et Israël n’a plus d’agentivité, devient purement réactif. Ce qui transparaît chez ces historiens israéliens, pacifistes, est généralement vrai partout en Israël : l’idée d’être responsable de soi, l’objectif premier du sionisme, achoppe quand on est aussi responsable de l’Autre. Nous réadoptons alors l’ethos irresponsable de diaspora, il est en nous, l’existence d’Israël continue d’être menacée, l’antisémitisme persiste, et nous nous montrons alors incapables de mesurer nos propres responsabilités. Israël faillit à sa mission de sortir les Juifs de l’anormalité. L’éthos de diaspora combiné à la souveraineté enfin effective exacerbe cette myopie tout humaine.

Ne pas se concevoir comme responsable ni de soi ni de l’autre a des conséquences tangibles : nous n’avons pas conscience de ce que nous infligeons aux Palestiniens en administrant leurs destins. Le mot occupation est quasiment tabou dans le monde juif. Jérusalem-Est est annexée, la Jérusalem unifiée est une fiction : nous refusons d’y exercer notre pleine souveraineté, de faire de tous ses résidents des citoyens. Nous ne percevons pas les colons comme tels, c’est-à-dire des colons protégés par la métropole israélienne et exerçant une domination sur la population environnante. Le « nous » ici est peut-être exagéré : le refus de la colonisation n’est pas insignifiant en Israël, son danger est assez bien mesuré et ne présente aucun tabou. Seulement voilà, nous faisons comme si n’avions pas le choix. Nous reconnaissons qu’il y a en effet une occupation « messianique » du territoire, qu’il faut critiquer, mais que l’occupation « sécuritaire », elle, est un impératif imposé par la menace terroriste. Nous ne sommes pas responsables de cela, nous ne pouvons pas partir quand bien même nous réprouvons les colonies, et toute la responsabilité incombe aux refus de l’Autre palestinien. Si Abbas avait accepté le plan Olmert, alors nous serions partis, mais il ne l’a pas fait, alors nous restons et nous étendons les colonies. Nous ne voyons pas l’occupation. Les indignations provoquées par l’Oscar reçu par No Other Land le montrent encore. Nous ne voulons pas voir ce que cela signifie d’occuper un territoire et sa population, de l’administrer militairement.

D’une certaine façon, puisqu’Israël part du principe qu’il n’est pas jugé pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est, alors il se comporte délibérément mal, pour agacer l’antisémite.

Nous n’avons pas conscience non plus du régime discriminatoire imposé en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, i.e. de discriminations de droits — des droits d’installation, de construction, de déplacement, de commerce, la soumission à une justice hétéronome et militaire — sur un territoire selon des critères nationaux. Tout cela est vécu comme du temporaire, en attendant que le conflit se résolve, sans que nous ne cherchions à le résoudre d’ailleurs. Sans que nous ne mesurions réellement notre qualité d’occupant — d’où l’expression euphémisante « territoires disputés ». J’enfonce une porte ouverte en disant que ce temporaire dure depuis maintenant 58 ans, et que les perspectives ne sont plus au prolongement, mais à la sortie du statu quo par l’annexion formelle, ce qui deviendrait donc un « apartheid » assumé.

La fin du statu quo

Nous sortons du statu quo par le pire. Depuis décembre 2022, et plus encore depuis la guerre à Gaza, Israël s’enfonce dans l’abîme. Nous ne reconnaissions pas la Nakba, mais aujourd’hui, la Nakba est revendiquée pour être infligée une « deuxième » fois à Gaza et en Cisjordanie. L’État de droit se délabre.

Une phrase proverbiale attribuée à Golda Meir, pas dénuée de justesse, est souvent invoquée en Israël : « nous préférons vos condamnations à vos condoléances ». Dans une sorte de fuite en avant, Israël recherche précisément les condamnations, en sapant ses relations diplomatiques avec toutes les chancelleries européennes et avec les candidats aux accords d’Abraham. Il enterre avec fracas cette solution à deux États dont la perspective se fait de plus en plus floue. D’une certaine façon, puisqu’Israël part du principe qu’il n’est pas jugé pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est, alors il se comporte délibérément mal, pour agacer l’antisémite.

Sans parler de la conduite de guerre à Gaza, des projets délibérés de nettoyage ethnique, des bombardements indistincts, des crimes de guerre commis, de l’utilisation de la famine comme arme de guerre, des détentions dans des conditions inhumaines à Sde Teiman des prisonniers palestiniens, et de leur extension en Cisjordanie, de la déshumanisation généralisée des Palestiniens et de leur effacement complet, y compris dans les discours contre la guerre.

« Kibbutz Galuyot Rd right » par Adam Fagen, CC BY-NC-SA 2.0
« Kibbutz Galuyot Rd right » par Adam Fagen, CC BY-NC-SA 2.0

Pour un sionisme sans l’occupation

Résoudre enfin la question palestinienne

Les antisionistes déplorent souvent que, lorsque l’on fait l’examen critique d’Israël, l’on restreigne nos critiques à la colonisation de la Cisjordanie, à l’actuel gouvernement d’extrême droite, sans voir les racines de cette colonisation, ni voir les responsabilités des gouvernements précédents, Likoud ou travailliste, tous deux laïques, dans la colonisation et l’échec du processus de paix. Et ils déplorent que nous le fassions pour sauver notre sionisme non irrédentiste. Cette critique n’est pas fausse, mais elle est tronquée. Nos critiques portent sur ce gouvernement parce qu’il est effectivement plus dangereux que les précédents et que c’est contre lui qu’il faut lutter aujourd’hui. Mais c’est bien le sionisme réellement existant qui doit être blâmé pour la colonisation.

Le but de cet exercice n’est pas de sauver le sionisme laïque par contraste, mais de redéfinir notre sionisme sans l’occupation, d’où cette démarche de critique interne.

La colonisation ne date pas de décembre 2022 ou de Netanyahou, mais de l’après-67. Elle a été encouragée par la droite comme par la gauche, pour des motifs religieux, sécuritaires, territoriaux. Pour des motifs sécuritaires en fermant les yeux sur les motivations religieuses des colons eux-mêmes — qui ôtent alors toute la rationalité que les motifs sécuritaires pouvaient avoir. Elle a été aussi conçue par la gauche, ainsi par Yigal Allon.

Sans régler la question palestinienne, le sionisme peine à endosser ce rôle d’État refuge, de normalisateur de l’identité juive, de désamorceur de l’antisémitisme.

Quand, en 1968, le Gush Emunim5 refondait le Gush Etzion, cela se faisait au vu et au su de l’administration militaire de la Cisjordanie et était ratifié a posteriori par l’État. L’idée sous-jacente de l’État, alors travailliste, était bien d’occuper des colonies, mais comme « collatéral » pour négocier la paix, ou bien d’occuper ces territoires pour assurer la sécurité d’Israël. Ça n’était pas l’idée que s’en faisaient les colons, la Cisjordanie était pour eux « aussi juive que Tel-Aviv » : de cela, le gouvernement était conscient, mais l’a tout de même laissé prospérer. Le KKL, dont la vocation était d’acheter des terres et d’entretenir forêts et terres agricoles pour le Yishouv grâce aux dons de la philanthropie juive de diaspora, mua de raison d’être après 1967, et étendit progressivement son action à la colonisation de la Cisjordanie, puisqu’il n’y avait plus de terres à acquérir après 1948.

Tout cela fait que l’on ne peut regarder la colonisation de la Cisjordanie comme un phénomène trop circonscrit. Faut-il le considérer davantage dans la continuité de l’établissement de l’État d’Israël ? Cela supposerait de le faire avec nuance, puisque l’on ne peut assimiler l’établissement de colonies dans un territoire occupé et administré depuis une métropole voisine, au peuplement d’un territoire auquel les Juifs aspirent depuis deux millénaires, sans appui externe, en vue d’y établir un État indépendant, le sien et le seul sien6. Cela suppose de le faire avec d’autant plus de nuance que le mot « colonial » est un mot aujourd’hui miné. Il affecte d’une essence l’État d’Israël et il a un but clair : défaire ce que l’Histoire a fait, en passant la judaïcité israélienne par pertes et profits.

Il faut regarder en face la dimension coloniale de la fondation d’Israël, et le faire sans fausses concessions. Il faut s’interroger sur le mythe de « la terre sans peuple pour un peuple sans terre » – mythe vite contrarié par la réalité. Le Yishouv s’est certes installé sur la plaine côtière et la vallée de Jezreel, peu peuplées par les Palestiniens, mais ils étaient bien là aussi, et on ne peut nier que l’idée d’État juif a impliqué la dépossession nationale des résidents non-juifs (ainsi le formulait la déclaration Balfour). L’idée d’accorder la citoyenneté pleine et entière aux Palestiniens dans un État juif ne venait qu’avec une arrière-pensée : s’ils ne sont pas nombreux. Il aurait été impossible que l’État issu de la résolution 181 fût un État juif et démocratique sans le départ d’une partie de la population palestinienne, et si l’exil et l’expulsion des 700 000 Palestiniens n’étaient pas entièrement imputables à Israël, le refus de leur retour l’était, parce qu’il menaçait la viabilité d’Israël.

Sans régler la question palestinienne, le sionisme peine à endosser ce rôle d’État refuge, de normalisateur de l’identité juive, de désamorceur de l’antisémitisme. On ne peut et l’on ne doit révoquer notre solidarité de destin avec Israël, et c’est solidaire d’Israël que j’estime qu’Israël doit régler la question palestinienne pour parfaire son rôle émancipateur pour le fait juif. La question palestinienne est sans doute celle qu’Israël a le plus esquivée, avant de tenter de la résoudre dans les années 90-2000, puis de l’envenimer totalement depuis. Nous dissocions souvent la question de l’antisémitisme en diaspora et celle du conflit israélo-palestinien, parce que nous ne voulons pas que l’antisémite puisse être déchargé de sa responsabilité propre en l’imputant au conflit. Mais les deux questions sont bel et bien entremêlées : le sionisme est la réponse autonome des Juifs à l’antisémitisme. Or, tant qu’Israël reste une plaie ouverte pour les Palestiniens, qu’il ignore ses conséquences sur autrui, qu’il se fait au prix continué de la subjugation d’un autre peuple et qu’il s’enferre dans des guerres meurtrières et aux termes indéfinis, alors Israël ne peut être cette nation réellement indépendante qui doit transformer durablement le fait juif.

L’histoire n’est pas terminée

L’histoire n’est pas terminée et il peut en être autrement. Il s’agit de séparer les deux peuples et d’établir deux États. C’est-à-dire d’établir un État palestinien aux côtés d’Israël, sur des frontières proches de celles de la ligne verte, tenant compte des réalités démographiques des grands blocs de colonies, selon le plan Olmert-Al Kidwa. Seule une telle solution peut résoudre ce conflit, élever les Palestiniens à la même dignité nationale que les Juifs l’ont été le 14 mai 1948. Dans un tel État palestinien, les descendants des réfugiés de 1947-1949 jouiraient alors enfin d’une citoyenneté. C’est là qu’ils résident déjà pour la plupart, en y conservant le statut de réfugié. Ceux exilés en dehors de la Palestine mandataire, au Liban, en Syrie, en Jordanie, pourraient exercer un droit au retour dans une Palestine souveraine. Il ne faut pas se leurrer : c’est un renoncement fort pour les Palestiniens, que d’abandonner le projet plurigénérationnel de retour à ce qui est aujourd’hui Israël, la plaine côtière, Jaffa, Lydda, Ramle, Haïfa.

Israël a longtemps cru que ce que l’on appelle la Nakba n’était qu’un fait de l’histoire, que l’expulsion des Palestiniens était déjà compensée par celle des 800 000 Juifs du monde arabe, qu’il s’agissait là d’un transfert de population similaire au conflit helléno-turc à Chypre, de la partition de l’Inde ou au rapatriement des Allemands nationaux et ethniques. Une différence importante demeure : les réfugiés palestiniens ne jouissaient pas d’une citoyenneté au lendemain de la guerre d’indépendance, n’étaient ni rapatriés ni impatriés dans une Palestine souveraine. On peut imputer à Israël la responsabilité de l’impossibilité de leur retour, pas celle de l’annexion par la Jordanie et l’Égypte des territoires palestiniens et du maintien des Palestiniens comme réfugiés sur ces territoires jusqu’en 1967. Depuis, Israël est de plus responsable du non-avènement d’un État palestinien. Que faire du droit au retour aujourd’hui ? À mon sens, il doit s’effondrer avec l’avènement d’un État palestinien, ou plutôt se réaliser dans cet État palestinien. Permettre le retour des Palestiniens, qui ne sont plus 700 000, mais 5,8 millions7, signifierait la fin d’Israël comme État juif et démocratique. Non seulement Israël ne peut y consentir, mais il me semble être le moins plausible des scénarios.

Penser qu’Israël puisse vouloir admettre le retour des réfugiés et renoncer à sa détermination nationale comme État juif est grotesque. Comment pérenniser la loi du retour dans un pays où les Juifs ne représenteraient plus la majorité du corps social ?

Israël et la Palestine forment une « One-State reality » dans laquelle les zones de peuplement sont entremêlées, dans laquelle le droit israélien civil s’applique généralement aux colons de Cisjordanie et le droit militaire aux Palestiniens, dans des proportions variables8. Si les deux populations vivent en effet côte à côte, elles vivent séparément et une haine tenace et mutuelle les anime. Elle est justifiée d’un côté par le 7 octobre, les attentats suicides de la seconde Intifada et le refus de la reconnaissance, mais aussi parfois motivée par le racisme anti-palestinien. De l’autre, justifiée par la guerre meurtrière menée à Gaza, la violence désinhibée des colons en Cisjordanie9, l’occupation et ses humiliations, la répression des deux Intifadas, le souvenir de l’exil, et parfois aussi motivée par l’antisémitisme et par le refus de la défaite de 1948. Ce refus s’est prolongé indéfiniment par la non-résolution, ni en 1948 ni en 1967, du deuxième volet du plan de partition. Israël tient la Cisjordanie et refuse d’enrayer la colonisation. Penser qu’Israël puisse vouloir admettre le retour des réfugiés et renoncer à sa détermination nationale comme État juif est grotesque. Comment pérenniser la loi du retour dans un pays où les Juifs ne représenteraient plus la majorité du corps social ? Comment raisonnablement mettre en partage la puissance militaire de Tsahal, sans parler de la bombe atomique, et donc en céder la moitié du contrôle au peuple palestinien, quand les intérêts des deux peuples divergent à ce point ? Tout cela est infiniment moins plausible et moins souhaitable que le retrait de quelque 200 000 colons. Des groupes, juifs et palestiniens, aux intérêts si divergents, aux conditions sociales et de développement économique si différentes, ne peuvent former un système politique sain et libre. Il virera à un pur enjeu de représentativité des groupes et non plus à un système démocratique. Élie Beressi a démontré plus avant dans les colonnes du Point10 l’aporie que constituerait un État binational.

Contours de la solution à deux États

La solution la plus saine et la plus praticable est bien la séparation des deux peuples en deux États. Un État juif, qui continuera de compter une minorité palestinienne représentant 20% de la population, qui intégrera les blocs de colonies peuplées et frontalières ainsi que la vieille ville de Jérusalem. Dans cette configuration, un tiers des colons devront être évacués11, peut-être moins avec un autre tracé de frontières.

Un État palestinien dont la capitale serait Jérusalem-Est, qui deviendrait enfin souverain sur l’essentiel de la Cisjordanie, qui ne serait plus ce bantoustan subissant le joug militaire israélien aux limites de chaque ville. Un État qui ferait citoyens tous ses résidents palestiniens, qu’ils soient ou non réfugiés, et qui pourrait décider d’accueillir également les réfugiés palestiniens de l’étranger. Un État qui serait en outre démilitarisé, puisqu’Israël ne peut céder le pouvoir qu’il exerce sur la Cisjordanie et Gaza qu’à la condition expresse de ne pas entamer sa sécurité élémentaire.

Présentée ainsi, la solution est déséquilibrée pour les Palestiniens, et elle l’est en effet. Il faut toutefois mesurer l’ampleur des concessions que doit faire Israël dans un tel scénario. Renoncer à une occupation qui, si ses objectifs n’étaient pas que militaires, mais irrédentistes et messianiques, l’étaient aussi en partie. Renoncer à un pouvoir qu’il exerce aujourd’hui. Renoncer à la Cisjordanie veut aussi dire renoncer à la Judée-Samarie — son nom hébraïque. La plaine côtière ne représente presque rien dans l’imaginaire terrestre du judaïsme, tous les lieux saints centraux (ou presque) du judaïsme sont bien en Judée-Samarie, le mont du Temple / l’esplanade des mosquées, gérée par le Waqf, le tombeau des patriarches à Hébron, le tombeau de Rachel à Bethléem, le tombeau de Joseph à Sichem (Naplouse)

Surtout, cette solution permet de mettre fin à l’occupation des Palestiniens, à leur donner une souveraineté nationale, de les rendre maîtres de leur destin, et de sortir enfin du cycle ouvert en 1948 qui consistait à ne pas enregistrer la défaite arabe et à rejouer à chaque guerre la mise de 1948. Il y avait alors 2 millions de Palestiniens et de Juifs sur cette terre, il y en a aujourd’hui 15 millions. Il en va de l’avenir de ces deux populations, et de la possibilité de les faire exister côte à côte en paix.

  1. « Benyamin Netanyahou « ne doit pas oublier que son pays a été créé par une décision de l’ONU », déclare Emmanuel Macron ; le premier ministre israélien lui répond », Le Monde, 15 octobre 2024. ↩︎
  2. Fin mars 2025, une conférence organisée par le ministère des Relations avec la Diaspora devait rassembler les acteurs de la lutte contre l’antisémitisme, en pratique les extrêmes droites européennes, les mêmes déjà rassemblées par la National Conservatism Conference, et une poignée de leaders institutionnels juifs de diaspora, l’essentiel des invités initiés parmi ce pool s’étant retiré de la conférence en apprenant l’invitation faite aux extrêmes droites européennes. ↩︎
  3. Jonas Pardo et Samuel Delor, Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme, 2024. ↩︎
  4. Ce livre consiste également en cet exercice d’examen critique du sionisme, de ses impensés et de ses limites, depuis une perspective sioniste. Il a été un guide pour la rédaction de cet article. ↩︎
  5. Le Gush Emunim, ou Bloc des fidèles, est un mouvement politique et messianique israélien fondamentaliste qui justifie la création en Cisjordanie/Judée-Samarie de colonies juives au nom d’un impératif religieux. ↩︎
  6. J’ai essayé de faire cet exercice-là, d’examen de la fondation d’Israël dans cette lecture critique d’Israël, fait colonial ? de Maxime Rodinson. ↩︎
  7. Estimation du nombre de réfugiés et de leurs descendants en 2021. ↩︎
  8. Que l’on peut qualifier d’ « apartheid » ? Voir à ce propos dans K. : « Apartheid » : un éléphant peint en rouge et « Apartheid » ou le déni de la politique dans le conflit israélo-palestinien. ↩︎
  9. Il est difficile de qualifier d’un bloc la nature du droit qui s’applique aux colons. Certains pans du droit relèvent du droit civil, d’autres du droit militaire, ce qui fait que les colonies sont annexées en droit, au moins partiellement. L’association Yesh Din recense depuis 2015 toutes les législations qui peuvent être assimilées à une annexion en droit dans la Annexation Legislation Database. ↩︎
  10. Élie Beressi, « Un État unique israélo-palestinien est-il une solution viable ? Elie Beressi répond à Rima Hassan », Le Point, 17 novembre 2023. ↩︎
  11. D’après les données démographiques rassemblées par Shalom Akhshav. ↩︎

Photo de Alexandre Journo

Alexandre Journo

Alexandre Journo est journaliste et chercheur indépendant. Il écrit sur l’histoire des idées qui ont animé le monde juif, pour diverses revues, pour la revue Daï, dont il est l'un des animateurs, et sur son blog (https://alexandrejourno.substack.com/). Ses recherches portent sur la littérature juive, le franco-judaïsme, le problème de l’assimilation, du sionisme et de l’antisionisme. Il est par ailleurs membre du bureau de 'La Paix Maintenant'.