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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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Retour et dangers du mythe de l’exécuteur sacré dans le discours israélien et pro-israélien

D’où vient la représentation d’Israël faisant le « sale boulot » de l’Occident ? Comment se fait-il que les plus antisionistes et les plus pro-israéliens puissent s’y retrouver ? Dans ce texte, Noémie Issan-Benchimol et Elie Beressi excavent les racines chrétiennes de la figure mythique de l’exécuteur sacré, plaidant pour l’abandon de la rhétorique qui y est associée dans la défense de la légitimité d’Israël. Car, rappellent-ils, « l’exécuteur sacré est toujours payé en mauvaise monnaie »…

Deux gants en cuir beige fortement usés et tachés, posés à plat sur une surface textile verte. Le gant de droite présente plusieurs déchirures et trous visibles au niveau du dos de la main et près du poignet.

En marge du G7, le chancelier allemand Friedrich Merz avait commis une déclaration concernant les bombardements israéliens sur les sites nucléaires iraniens, affirmant qu’Israël faisait « le sale boulot pour nous tous » (« Drecksarbeit für uns alle »)1. Cette même déclaration a été reprise par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou lors de son adresse aux Nations-Unis du 26 septembre 2025, la qualifiant d’« aveu »2.

Ce type de déclarations qui font de l’État d’Israël une figure de l’avant-poste, de l’avant-garde et du front d’une guerre qui le dépasse, ne sont pas réservées à la récente guerre avec la République islamique d’Iran. 

On les entend aussi souvent sur la guerre à Gaza, sur un Israël qui, loin d’agir comme tous les États par intérêt et égoïsme bien compris, ferait en réalité, par l’exercice de sa violence, un travail de nettoyage nécessaire pour le reste du monde libre, « l’Occident » (face à « la barbarie »), l’Europe (face à « l’islamisme »). 

Ces déclarations sont en général très bien accueillies par les voix de la hasbara – la diplomatie publique israélienne – en ce qu’elles leur paraissent reconnaître à la fois la nécessité de l’exercice de la violence militaire israélienne, mais aussi son aspect essentiellement altruiste, bienfaiteur, purificateur. 

Ces discours flattent également certains egos, puisqu’il maquille grossièrement ce qui est sans doute la seule vérité des relations internationales : les États sont des monstres froids qui agissent pour leur survie et leurs intérêts propres – Israël comme tous les autres – et il n’y a au fond aucun mal, ni bien à cela. C’est la réalité concrète, mais sous-jacente et refoulée, du système international. Ils se greffent peut-être aussi sur un reste d’ethos exilique un peu tordu et renversé, selon lequel les Juifs doivent faire preuve de leur utilité pour le monde pour gagner le droit à la survie. 

Il n’est pas rare de lire aussi que le monde devrait être reconnaissant à Israël pour cela. Beaucoup d’Israéliens se font les porte-voix de cette demande de reconnaissance et de gratitude, exprimant souvent frustration et incompréhension face à ce regain d’hostilité à leur égard, à l’égard de leur pays, à l’égard des Juifs en général, regain dont il est difficile de ne pas constater l’ampleur ni l’intensité.

Il nous semble qu’en en adoptant cette idée d’un « sale boulot » qui serait sous-traité à Israël, tous ceux qui s’en font les porte-paroles ressuscitent, consciemment ou non, une figure mythique venue du fond antisémite le plus ancien et le plus puissant : celle de l’exécuteur sacré3, théorisée par l’historien britannique des religions Hyam Maccoby (1924-2004).

La figure de l’exécuteur sacré remplit une fonction rituelle, sanglante, et en sort souillée, ambiguë, souvent diabolisée après coup.

Si l’on peut comprendre les besoins de la diplomatie et de la justification a posteriori des actions militaires et politiques israéliennes, reste qu’il y a un écart entre les pieux mensonges, où des actions sont éclairées par leurs conséquences (la chute d’Assad, conséquence de l’affaiblissement de l’axe chiite des proxys iraniens, qui devient ainsi : Israël qui a contribué à la libération du peuple syrien) et la dimension supplémentaire, mythique et dangereuse, de l’opérateur de sous-traitance de la violence.

Nous pensons pour cette raison qu’il serait bon de se passer de ces discours qui, loin d’être ancrés dans une compréhension politique du monde, continuent des structures venues de l’antijudaïsme chrétien. Ils alimentent en effet une ambivalence faite de peur, d’admiration, mais aussi de dégoût et de haine (elle aussi mythique et sacrée), à l’encontre des Juifs et des Israéliens, cette fois-ci bien réels. 

Une figure ambivalente : nécessaire et haïssable

Dans ses travaux sur les origines du christianisme, et sur les origines de l’antisémitisme, Hyam Maccoby a montré comment Paul de Tarse avait introduit dans la théologie chrétienne des éléments des religions à mystères hellénistiques. Il s’est notamment attardé sur la figure de l’exécuteur sacré : le bourreau devant opérer la violence symboliquement nécessaire (il fallait que le Christ mourût en croix pour que le salut soit ouvert à tous), mais impossible à assumer en nom propre au niveau de l’économie psychique de la culpabilité, qu’on projette alors sur une figure extérieure via un processus de distanciation. Cette figure du traître remplit une fonction rituelle, sanglante, et en sort souillée, ambiguë, souvent diabolisée après coup4. Maccoby montre ainsi comment la figure tout à fait innocente d’un Jude Thaddée est devenue le sombre Judas Iscariote dans les Évangiles tardifs, et surtout comment ses caractéristiques ont ensuite été étendues à tout le peuple juif. 

C’est cela, la figure de l’exécuteur sacré : celui qui fait le « sale boulot », l’œuvre que les autres se refusent à faire, mais dont l’accomplissement leur est nécessaire. Cette figure n’est jamais honorée longtemps. Elle est redoutée, sacralisée, puis détestée. Pour Maccoby, c’est la vérité derrière la création du concept de peuple déicide. 

Au cours de ce qui fut appelé « l’âge de la foi », dans les conditions prémodernes de l’organisation de la vie sociale et de ses systèmes de pensée, c’est sur la divinité que se concentraient les valeurs structurantes de la vie politique, et c’est à travers une symbolique religieuse que se manifestait l’exclusion politique. 

Le basculement du monde que représente la Révolution française et le concept de nation nous ont fait entrer dans l’âge démocratique, où c’est « le peuple » qui concentre les valeurs « sacrées » sur lequel la société se (re)fonde. Un siècle et demi plus tard, c’est le concept lemkinien de « génocide »5 qui vient remplacer dans un monde sécularisé le « crime des crimes » qu’était le déicide. Et, comme dans le temps de la foi, où le peuple de Dieu devient un peuple déicide, un nouveau transfert supersessioniste de fonction s’opère : le peuple pour lequel fut élaborée la notion de génocide devient le peuple qui devient paradigmatique de sa perpétration contre un tiers. 

Notons en passant que cette analyse permet de comprendre la profondeur de l’iconographie christianisante très présente dans les discours propalestinien, qu’il s’agisse des représentations mariales de mères éplorées face au martyr de leurs enfants, ou encore du martyr du peuple palestinien représenté sur la croix. 

Israël, nouvelle figure sacrificielle?

C’est là que se perçoit avec le plus d’acuité la solidarité secrète et dangereuse entre les plus anti-israéliens et les plus pro-israéliens en Occident. Entre ceux qui font de l’accusation de génocide la nouvelle forme d’accusation de déicide et ceux qui, croyant être favorables à Israël, remercient Israël pour ce « sale boulot » fait pour le bien de l’humanité, pour cette violence salvifique et rédemptrice. C’est, dans l’économie du salut des droites post-chrétiennes en Occident, le rôle que joue ce que le philosophe Ivan Segré a jadis qualifié de « réaction philosémite ». De même que le Juif était marqué par l’antijudaïsme comme nécessaire au mystère de la passion, Israël est marqué, mutatis mutandis, comme champion d’une « civilisation occidentale » cherchant du sens dans un choc des civilisations imaginaire qui masque les réels bouleversements de la situation politique internationale6. 

Les États sont des monstres froids qui agissent pour leur survie et leurs intérêts propres – Israël comme tous les autres – et il n’y a au fond aucun mal, ni bien à cela. C’est la réalité concrète, mais sous-jacente et refoulée, du système international.

Sacraliser la violence c’est aussi sacraliser celui qui la porte. Et le sacré, comme toujours, est ambivalent. Il fascine, mais il contamine. Le monde ne remercie jamais longtemps celui qui tue à sa place. Il l’admire un instant. Puis il le craint. Puis il le hait. C’est le destin de tous les exécuteurs sacrés : devenir un paria. D’une certaine manière, c’était déjà l’attitude de l’Occident à l’égard d’Israël à l’époque de la dictature de Gamal Abdel Nasser et de sa poursuite de l’hégémonie dans le monde arabe : tout en cherchant à établir contre les forces arabes coalisées une certaine dissuasion et des garanties de sécurité au cours des guerres de Suez (1956) et des Six jours (1967), Israël semblait faire le « sale boulot » pour l’Occident et était considéré comme une puissance expansionniste et belliqueuse pour cette raison.   

Un faux récit, et un risque réel

Ce discours du « sale boulot » nécessaire ne protège pas Israël. Il l’isole, le mythifie, il empêche tout débat rationnel sur ses politiques, jusque et y compris la question des crimes de guerre et éventuels crimes contre l’humanité. Pire encore, il expose ses citoyens à une violence symbolique, voire réelle, en projetant sur eux une fonction salvifique perverse qu’aucune société ne peut durablement porter. Dans le cas israélien, la dimension perverse de cette projection est d’autant plus apparente qu’elle fait des Israéliens les remparts humains des sociétés que beaucoup de leurs pères ont fuies après les grands massacres européens. De même que la notion fallacieuse de « culture judéo-chrétienne » interdit de penser ce trait d’union fait d’un conflit irrémissible, l’accaparement symbolique des guerres menées concrètement par Israël prive la société israélienne de son autonomie, de sa capacité à s’autodéfinir et à défendre ses intérêts propres7. Il donne crédit aux accusations des gouvernements de la ligue arabe ou de l’Iran qui font d’Israël une entité artificielle vouée à défendre les intérêts impérialistes. 

En un mot, Israël est un État. Il agit, comme tous les États, selon ses intérêts. Il n’est ni un prêtre ni un sacrificateur du monde. Le penser ainsi, c’est le désarmer politiquement et moralement. C’est aussi donner du grain à moudre aux ennemis qui, voyant cette sacralisation de la guerre, y lisent la preuve d’une intention destructrice globale.

Désacraliser la violence, retrouver le politique

Il n’est pas certain que nous puissions sortir tout à fait des mythes qui enserrent le nom d’Israël tant ils sont structurants. Mais rien ne nous oblige à sauter à pieds joints et de façon inconséquente dans la figure de l’exécuteur sacré. La violence n’est jamais « nécessaire » dans l’absolu. Elle est une décision. Elle doit être mesurée, pesée, jugée, discutée, critiquée, encadrée. Dire qu’Israël agit pour tous, c’est lui ôter le droit d’agir pour lui-même. C’est faire de ses citoyens les porteurs involontaires d’un rôle sacrificiel, et ce fardeau n’est ni juste ni tenable. 

Hyam Maccoby nous avertit : nous ferions bien de l’écouter. Ne jouons pas le jeu de ceux qui projettent sur Israël des fonctions auparavant assumées par les Juifs dans les constructions occidentales. Israël doit désormais assumer la responsabilité de son indépendance et définir sa politique selon ses propres termes, et non selon les concepts de la théologie chrétienne ou en jouant un rôle dans la dramaturgie politique d’autrui. Israël ne doit pas chercher à être le petit auxiliaire de la chrétienté, ni à démontrer sa bienfaisance pour le monde – miroir inversé de sa malfaisance supposée selon le même système – mais se concentrer sur ses objectifs, ses valeurs, sa societé. 

De même que la notion fallacieuse de « culture judéo-chrétienne » interdit de penser ce trait d’union fait d’un conflit irrémissible, l’accaparement symbolique des guerres menées concrètement par Israël prive la société israélienne de son autonomie, de sa capacité à s’autodéfinir et à défendre ses intérêts propres.

Il faut refuser le discours agonistique, réifiant et aliénant du « choc des civilisations », qui indexe Israël à une histoire qui n’est pas la sienne ; refuser aussi le fantasme qui fait d’Israël le vingt-huitième État de l’Union européenne ou le cinquante-et-unième des États-Unis, comme la Judée fut autrefois un client puis une province de Rome. De même, il convient de se déprendre des contradictions internes aux discours politiques contemporains : tout le monde invoque l’unité avec l’Europe, mais la gauche y projette l’Europe de l’après-1945, des droits de l’homme et de la démocratie libérale, tandis que la droite y voit l’Europe « judéo-chrétienne » dressée contre l’islamisme. Tout le monde veut aussi l’ancrage régional : la gauche à travers la paix avec les Palestiniens, la droite en défendant une « levantinisation » brutale où Israël devrait apprendre la « couleur locale », en abandonnant ce qu’elle considère comme des idées étrangères héritées du droit international et de l’éthique chrétienne8. Ces discours sont schizophréniques : peut-on à la fois parler d’une guerre de la civilisation judéo-chrétienne contre la barbarie islamiste et d’un affrontement entre deux peuples « levantins » pour un mouchoir de poche ?

La gauche comme la droite israéliennes tendent, chacune à sa manière, à essentialiser et cristalliser le concept d’Europe, l’une en l’identifiant à la « civilisation juridique » du libéralisme, l’autre à une « civilisation culturelle » à protéger des barbares. Plutôt que de se définir prioritairement par rapport à ces projections, Israël pourrait être pensé comme une nation située en vis-à-vis de l’Europe sans pour autant en constituer le prolongement direct.

Dans cette optique, prendre quelque distance avec le discours qui fait d’Israël une simple extension de l’Europe, et rappeler au contraire l’ancrage levantin de l’État et de la culture juive, ne reviendrait pas à renier l’apport européen dans ce qu’il a de fécond pour la renaissance politique d’Israël, les technologies de l’État moderne, la sécularisation sociale et politique, la protection des minorités et de leurs droits. Il s’agirait plutôt de reconnaître que ces apports, potentiellement universalisables, peuvent être intégrés sans occulter les origines préexiliques d’Israël9 ni son voisinage géographique et culturel.

Dans cette perspective, la notion de « levantinisation » forgée par Jacqueline Kahanoff10  retrouve peut-être une pertinence nouvelle, au moins comme hypothèse de travail : non pas au sens péjoratif d’un mimétisme de la violence tribale ou d’un effacement des héritages européens, mais comme projet d’intégration consciente et créative de l’histoire, des langues et des codes de l’espace levantin. Penser Israël comme une petite nation capable d’assumer cette double filiation, européenne et orientale, pourrait constituer l’une des voies possibles pour desserrer l’étau des contradictions dans lesquelles les discours actuels, à gauche comme à droite, tendent à enfermer son destin. Ce serait, en un sens, renouer avec la situation de l’Israël antique, inséré dans un espace qui fut l’interface de la Grèce naissante et des grandes civilisations du Croissant fertile11, un espace où l’on peine à retrouver la frontière inviolable érigée par les linguistes du XIXᵉ siècle entre « Sémites » et « Indo-Européens ». Ce serait retrouver un passé dont les racines dessinent un rhizome, une origine qui ne forclôt aucun devenir pour l’État hébreu.

Abandonner les idées romantiques d’Europe pour être fidèle au geste européen ?

Revenir à la figure de l’exécuteur sacré permet alors de mesurer l’ampleur du piège symbolique dans lequel se trouvent aujourd’hui pris tant le discours israélien que ses soutiens les plus fervents. En acceptant, voire en revendiquant l’idée d’un « sale boulot » accompli pour le compte d’autrui, Israël se laisse assigner à une fonction quasi liturgique où la violence qu’il exerce est pensée comme nécessaire, rédemptrice, presque sacrificielle. Or, comme dit plus haut, l’exécuteur sacré est toujours payé en mauvaise monnaie : celui qui accomplit l’acte jugé indispensable pour le salut des autres finit inévitablement par être perçu comme porteur de souillure, objet d’une fascination mêlée de peur et de haine.

Le paradoxe devient particulièrement aigu après deux années d’une guerre multiforme et multifronts où Israël apparaît à la fois comme la nouvelle puissance militaire régionale quasi indisputée et comme un acteur profondément vulnérable sur le plan diplomatique et souverain. Puissance de feu, capacité de projection, supériorité technologique semblent conforter le récit d’un Israël rempart avancé, « avant-poste » de l’Occident. Mais, dans le même mouvement, la dépendance accrue vis-à-vis des États-Unis, qui fixent les lignes rouges, conditionnent l’aide militaire et encadrent la légitimité des opérations, produit une forme de vassalisation symbolique, tandis que l’érosion du soutien européen laisse Israël exposé à un isolement croissant. La figure de l’exécuteur sacré se retourne ici en son contraire : loin de garantir la souveraineté, elle entérine une hétéronomie politique où d’autres définissent le sens, les limites et le coût acceptable de l’usage de la force israélienne.

L’exécuteur sacré est toujours payé en mauvaise monnaie : celui qui accomplit l’acte jugé indispensable pour le salut des autres finit inévitablement par être perçu comme porteur de souillure, objet d’une fascination mêlée de peur et de haine.

C’est pourquoi la critique de cette mythologie est à la fois exigence morale et politique. Tant que la violence israélienne sera pensée et mise en scène, par ses adversaires comme par certains de ses défenseurs, dans les catégories de la nécessité sacrée, du « sale boulot » accompli pour le monde libre, ou du désir de puissance expansionniste et militariste, Israël restera pris dans une économie sacrificielle qui fragilise sa légitimité, nourrit l’hostilité à son égard et met en péril la sécurité de ses citoyens. Rompre avec la figure de l’exécuteur sacré, ce n’est pas exiger une impossible pureté éthique de l’action étatique, c’est refuser que la violence soit investie d’une valeur rédemptrice qui la soustrait à la délibération politique, au droit, à la morale et à la critique.

  1. ZDF (télévision publique allemande), “Kanzler beim G7-Gipfel – Merz: Israel macht in Iran Drecksarbeit für uns”, 17 juin 2025 : https://www.zdfheute.de/politik/g7-gipfel-merz-100.html ↩︎
  2. “You know deep down that Israel is fighting your fight. (…)
    This past June, when Israel struck Iran’s nuclear facilities, German Chancellor Merz admitted the truth. He said, “Israel is doing the dirty work for all of us”. ↩︎
  3. Hyam Maccoby, The Sacred Executioner: Human Sacrifice and the Legacy of Guilt (Thames & Hudson, 1982). ↩︎
  4. Voir aussi Judas Iscariot and the myth of Jewish Evil, (Peter Halban, 1992) et A Pariah People: The Anthropology of Antisemitism, (Constable, 1996). Dans The Sacred Executioner: Human Sacrifice and the Legacy of Guilt, London, Thames and Hudson, 1982, il développe son analyse de cette figure dans les grandes religions et mythologies du monde, depuis Cain jusqu’à la figure du juif errant en passant par Loki et Seth. ↩︎
  5. Raphael Lemkin, Qu’est-ce qu’un génocide ? (Les Belles Lettres, 2025). ↩︎
  6. Une très large littérature critique de la théorie huntingtonienne du choc des civilisations existe en Sciences Politiques et Relations Internationales. On pourrait citer de nombreux articles parus dans des revues savantes et universitaires à ce sujet. Citons plutôt le texte “Notes pour un appel à l’Orient” du lettriste Mohamed Dahou, paru dans Potlatch, Bulletin d’information du groupe français de l’Internationale lettriste, n° 6, 27 juillet 1954 : “Nos frères sont au-delà des questions de frontière et de race. Certaines oppositions, comme le conflit avec l’État d’Israël, ne peuvent être résolues que par la révolution dans les deux camps. Il faut dire aux pays arabes : Notre cause est commune. Il n’y a pas d’Occident en face de vous”. ↩︎
  7. C’est en somme une relecture “augustinienne” de la géopolitique israélienne : de même que pour Augustin, les Juifs étaient les gardiens et témoins d’écritures dont ils ne comprenaient pas le sens, les Israéliens seraient, même à leur insu, la citadelle avancée d’un Occident qui les rejetait hors de l’humanité il y a quelques générations à peine. Voir Paula Fredriksen, Augustine and the Jews, Doubledays, 2008 et aussi Barbu, Daniel, Sabrina Inowlocki, Noémie Issan-Benchimol, Aaron Kachuck et David Lemler, “ Un peuple témoin : les Juifs chez Augustin et dans l’imaginaire occidental “, dans La fabrique de l’assentiment : créance et témoignage dans les religions monothéistes, dir. Philippe Castagnetti et Sylvio De Franceschi, Turnhout, Brepols (coll. “ Bibliothèque de l’École des hautes études – Sciences religieuses “), à paraître 2025. À la confiscation et au “vol de mémoire ” (Borgeaud) des écritures juives par le christianisme succède ainsi la captation des guerres d’Israël par le néo-conservatisme. ↩︎
  8. À l’inverse de ceux qui voient dans le retour à l’Orient et la nécessité de s’imposer par la force face aux États arabes l’occasion de se débarrasser du surmoi diasporique contraignant (voir à ce propos Jay Y. Gonen, A Psychohistory of Zionism, Mason-Charter, 1975), l’on trouve ceux qui craignent l’intégration à la région (“Hishtalvut BaMerhav”) comme facteur de déperdition des qualités héritées des judaïcités est-européennes au profit de la brutalité supposée des pays “à demi-asiatiques”. On la trouve exemplifiée par l’angoisse identitaire raciale et raciste exprimée par Hannah Arendt lors du procès Eichmann lorsqu’elle décrit les policiers israéliens chargés de la sécurité de l’évènement : “ Tout est organisé par la police israélienne, ce qui me glace le sang. Ils ne parlent qu’hébreu et ont l’air arabes. Certains d’entre eux sont de véritables brutes. Ils obéissent à tous les ordres. Devant les portes du tribunal, la foule a l’air orientale, comme si nous étions à Istanbul ou dans un autre pays à moitié asiatique”. Ce passage est extrêmement révélateur de l’angoisse identitaire d’Arendt car Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal, pose comme question fondamentale “l’absence de pensée” d’Eichmann qui lui permit de “suivre les ordres” et d’organiser la solution finale, c’est-à-dire de devenir logisticien du mal comme s’il s’agissait d’une tâche banale. Or cette banalité du mal, cette capacité à “obéir à tous les ordres”, Arendt ne la trouve pas chez les magistrats israéliens d’origine allemande, comme elle, mais chez les policiers mizrahim. Elle qui prône à l’époque une fédération judéo-arabe en opposition au consensus sioniste en Israël et aux États-Unis voit dans ceux des Juifs “qui ont l’air arabe” ce qui s’apparente, dans le contexte de la pensée d’Arendt, à des ferments de nazisme. Rappelons que si les autorités israéliennes ont confié Eichmann à des policiers sépharades et mizrahim, c’est pour s’assurer que l’ancien Obersturmbannführer ne soit pas victime d’une tentative de vengeance par des policiers d’origine européenne qui auraient eu à souffrir, directement ou indirectement, des faits pour lequel il était jugé (voir à ce propos Hanna Yablonka, Les Juifs d’Orient, Israël et la Shoah, Calmann-Lévy, 2016). ↩︎
  9. Voir Élie Beressi, “ À la marge du Tanakh : la tribu de Judah, la religion populaire et les origines du judaïsme ”, daï ! nouvelle revue juive, 26 juin 2025 ↩︎
  10. Jacqueline Shohet-Kahanoff, “What about Levantinization?” Journal of Levantine Studies, Summer 2011, No. 1, pp. 13-22 ; Jacqueline Shohet-Kahanoff, “Israel: Ambivalent Levantine”, in Deborah A. Starr, and Sasson Somekh (editors), Mongrels or Marvels: The Levantine Writings of Jacqueline Shohet Kahanoff (Stanford University Press, 2011). ↩︎
  11. Voir notamment : Cyrus Herzl Gordon, The Common Background of Greek and Hebrew Civilizations, (Norton Library, 1962) ; et Michael C. Astour, Hellenosemitica : an ethnic and cultural essay in West Semitic impact on Mycenaean Greece (Brill, 1965). ↩︎

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Noémie Issan-Benchimol

Noemie Issan-Benchimol est philosophe et chercheuse au centre Shalom Hartman et a l'Université Hébraïque de Jérusalem

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Élie Beressi

Élie Beressi est doctorant en relations internationales au CERI (Sciences Po / CNRS). Ses recherches portent principalement sur le service diplomatique israélien et sur des enjeux liés à l’histoire et aux identités juives.