Dossier : Jürgen Habermas
Jürgen Habermas est décédé le 14 mars 2026, à l’âge de 96 ans. Géant de la philosophie, sans doute le plus grand penseur de l’Europe post-Shoah, il n’a jamais cédé sur la centralité de la question juive, ni dans son œuvre ni dans ses interventions publiques. K. a eu l’honneur de publier, en français comme en anglais, sa dernière analyse de l’actualité. À l’occasion de sa disparition, nous la republions ici, accompagnée d’un texte de Julia Christ consacré à la trajectoire du philosophe, ainsi que d’un autre de Bruno Karsenti : « Habermas : les Juifs, l’Europe, la philosophie ».
À partir d’ici, nous devons poursuivre seuls notre chemin
Par Jürgen Habermas

Il n’est pas possible de délier la crise que vivent les Juifs de celle que vit l’Europe — et cette dernière vient de prendre un tour décisif. Dans ce texte, prononcé le 19 novembre à Munich, Jürgen Habermas dresse un constat sans appel : l’Amérique qui incarnait une certaine idée de l’Occident n’existe plus. Ce qui s’y déroule — purge de l’exécutif, neutralisation du droit, silence d’une société civile qui réserve son indignation à d’autres causes — est un changement de régime légitimé par les urnes. Pour l’Europe, prise dans une alliance qui a perdu sa cohérence normative, il est temps de tirer un bilan, pour amer qu’il soit, sans perdre toutefois espoir.
Jürgen Habermas : le roc prosaïque
Par Julia Christ

Jürgen Habermas est mort le 14 mars 2026. Toute l’œuvre de ce géant de la philosophie était fondée sur une conviction : après la Shoah, la philosophie n’avait plus le droit de se penser éminente. Ce qu’il a construit à partir de là – une pensée sans pathos, concentrée sur ce qui est possible depuis la banalité de la vie ordinaire – était aussi une forme de tenue. Julia Christ revient sur ce geste fondateur, et sur la question que son départ nous adresse : qu’est-ce qui reste de cette tenue ?
Habermas : les juifs, l’Europe, la philosophie
Par Bruno Karsenti

Figure majeure du débat intellectuel mondial, Jürgen Habermas est l’auteur d’une œuvre philosophique monumentale qui peut se lire comme le support théorique de l’idéal politique européen depuis la Seconde Guerre Mondiale. La conscience du crime allemand et l’apport juif à la philosophie européenne sur sa longue histoire occupent une place fondamentale dans cette pensée. C’est ce qu’entend montrer ce texte du philosophe Bruno Karsenti conçu comme un hommage. Un hommage qui entend également marquer ce que l’esprit européen tel que le prolonge l’œuvre d’Habermas peut encore, dans l’autre sens, apporter aux juifs d’aujourd’hui.
Les principes de la solidarité. Une prise de position
Par Nicole Deitelhoff, Klaus Günther, Rainer Forst, & Jürgen Habermas

Face à l’inflation verbale qui, depuis le 7 octobre, monte dans la société civile, le monde politique et les sciences sociales, Jürgen Habermas et trois éminents collègues de l’Université de Francfort – Nicole Deitelhoff, Rainer Forst et Klaus Günther – tiennent à mettre au point ce que solidarité avec Israël, mais aussi avec le peuple palestinien, veut réellement dire. Un texte bref et percutant, écrit dans la meilleure tradition de la théorie critique qui, pour pasticher l’un de ses fondateurs, T. W. Adorno, assume que lorsqu’on se trouve dans un monde qui joue avec les mots, il convient de mettre cartes sur table.