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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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# 279 / Edito

« Vos accusations nauséabondes d’antisémitisme ne prennent plus, on ne croit plus à votre victimisation, bientôt il sera l’heure de passer à la caisse. » Voilà le genre de propos que l’on rencontre désormais quotidiennement sur les réseaux sociaux, éléments banals d’une atmosphère politique devenue étouffante. Cette libération de la parole pas-antisémite, car exclusivement-antisioniste, prend souvent des formes vulgaires, débordantes de la jubilation de pouvoir clamer sans culpabilité ce qu’on sait pourtant être répréhensible. Mais la bêtise aspire à la formulation qui lui donnera droit de cité, et rien ne sied mieux à un intellectuel que le trône d’un public par avance conquis. C’est ainsi que sont apparus une série d’intellectuels organiques des antisionistes pas-antisémites, préoccupés de produire la frontière étanche qu’exige leur lectorat. Parmi les différentes variantes de cette entreprise, la plus sérieuse est sans doute celle de Mark Mazower dans Antisémitisme. Métamorphoses et controverses, où toutes les ressources du constructivisme social sont mobilisées pour réduire l’antisémitisme contemporain à une fiction politique sioniste, et démontrer la légitimité de principe de la critique antisioniste. Balázs Berkovits entreprend une lecture serrée de cet ouvrage, afin d’en dégager les présupposés implicites et les limites : faut-il nier l’existence continuée de l’antisémitisme pour pouvoir être antisioniste ?

Pour certains antisionistes, l’antisémitisme est un fait de discours qui n’existe que dans la mesure où les sionistes continuent d’en parler. Pour d’autres, c’est le judaïsme que le sionisme a effacé de la réalité : il s’agit alors de le faire exister par de belles paroles, quitte à produire un Juif imaginaire. Redevenir juif de Michel Feher entreprend ainsi de dessiner les contours d’une identité diasporique juive libérée du carcan sioniste, et avec lui du poids de la concrétion historique. Mais quel contenu tolère encore le judaïsme lorsque l’exil est présenté comme une essence, et non comme un produit de l’histoire ? Et à qui s’adresse vraiment ce pasteur qui exhorte les brebis égarées à redevenir juives en se désolidarisant d’Israël ? Sophie Goldblum interroge la figure abstraite et imaginaire du Juif au cœur pur qu’exhibe Feher pour son public antisioniste : redevenir juif consiste-t-il à montrer patte blanche ?

Que signifie construire un musée autour de l’absence ? Le Musée juif de Berlin fête cette année son 25e anniversaire, et sa dernière exposition rend hommage aux origines du bâtiment et à l’architecte qui l’a conçu : Daniel Libeskind. Nous en publions le discours d’ouverture de sa curatrice Miriam Goldmann, qui revient sur l’origine du projet et les innovations apportées par Libeskind.