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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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# 273 / Edito

Il y a la Palestine bien réelle, celle qui devrait être le nom d’un Etat Palestinien pour autant que la nationalisation de sa population le permet, et que les forces internes et externes qui empêchent son émergence, aujourd’hui si puissantes, seraient enfin battues en brèche, et il y a la Palestine imaginaire des discours antisionistes, qui non seulement lui est étrangère, mais qui est même l’un des plus forts obstacles à son affirmation. C’est de cette dernière qu’il est question dans ce numéro de K.  Au centre de l’imaginaire contemporain de l’émancipation, la représentation d’une Palestine surdimensionnée et rédemptrice accapare l’horizon. « Palestine nous sauvera toustes » : dans ce slogan se lit l’égarement d’une pensée progressiste en mal de repères. Car de quoi s’agit-il de se sauver, et d’où vient la croyance en la capacité de ce Nom substantialisé à garantir la libération ? Cette semaine, le chercheur de l’Université de Passau Tim Stosberg propose une analyse des projections opérées par la gauche américaine et européenne sur la Palestine, interrogeant les fantasmes qui servent à justifier l’espoir d’une rédemption par l’antisionisme. Au point où toutes les luttes sont supposées converger, se lit alors la nostalgie d’une pureté perdue, une aspiration à l’authenticité et à l’immédiateté, et une opposition entre l’organicité de la communauté et le caractère abstrait et artificiel des sociétés modernes capitalistes, incarnées pour l’occasion dans l’État juif. Qu’arrive-t-il à la critique de la modernité lorsqu’elle perd de vue les idéaux modernes qui l’irriguent ? Elle prend appui sur le mirage de l’origine, et se met à rêver d’une grande bascule rédemptrice. Quant aux démons qui pourraient être libérés par cette invocation, cela n’a jamais été la préoccupation des sotériologues. 

À Treblinka, la mémoire et l’histoire de la Shoah continuent d’être l’objet d’âpres combats contre les tentatives d’effacement et de distorsion. La chercheuse Elżbieta Janicka – qui avait déjà porté ce problème à l’attention du lectorat de K. dans « Négationnisme à la polonaise » et « Le camp de Treblinka n’appartient pas aux fonctionnaires » – a engagé dans la presse polonaise une discussion publique avec la nouvelle présidente du Conseil international de Treblinka, l’historienne Havi Dreifuss. Cette dernière lui a répondu en reconnaissant la gravité du problème, tout en défendant la nécessité de prendre le temps d’un travail institutionnel et scientifique rigoureux. K. publie ce dossier, introduit par Jean-Charles Szurek, qui en soulève les enjeux, portant sur la vérité historique, l’éthique de la commémoration et la place des victimes juives dans la mémoire de la Shoah..

« Même si l’héritage des Juifs d’Orient a largement disparu, je veux me rappeler qu’il a existé. Et s’il a existé, il peut exister à nouveau sous une forme qui reste à inventer. La coexistence judéo-arabe n’était pas un concept pour Moshe, Daoud, Maurice et Elie : elle était une réalité quotidienne » écrit Pierre Hazan dans Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi qui vient de paraître aux Éditions Textuel. Nous en publions les bonnes feuilles, consacrées à Daoud, cet oncle fervent nationaliste égyptien, mais aussi sioniste convaincu. Il nous offre un témoignage de ce que fut l’engagement anticolonial et universaliste pour l’autodétermination nationale, mais aussi de ses désillusions…