La déjudaïsation de Treblinka en question
À Treblinka, le combat mémoriel ne porte pas seulement sur le passé, mais sur les formes présentes de son effacement. Dans une lettre adressée à Havi Dreifuss, présidente du Conseil international de Treblinka, la chercheuse Elżbieta Janicka alerte sur la polonisation et la déjudaïsation progressives du site. Havi Dreifuss lui répond en reconnaissant la gravité du problème, tout en défendant la nécessité d’un travail institutionnel rigoureux. Jean-Charles Szurek introduit ce dossier et en soulève les enjeux, portant sur la vérité historique, l'éthique de la commémoration et la place des victimes juives dans la mémoire de la Shoah.
Introduction
Par deux fois depuis un an et demi (le 11 décembre 2024 et le 30 septembre 2025), la revue K. a transmis à ses lecteurs des nouvelles alarmantes venues de Pologne, à savoir l’essor de l’entreprise de polonisation et de christianisation qui affecte de façon croissante le site du camp de Treblinka, où périrent près de 900 000 Juifs. Ce qu’avaient dénoncé il y a 40 ans de jeunes Juifs belges à propos du même phénomène entourant le musée d’Auschwitz – qui ne se souvient du carmel et de ses religieuses ? Elles mirent dix ans à le quitter, et encore : sur injonction du pape Jean-Paul II ! –, c’est dorénavant des représentants de la nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah qui tentent d’alerter le monde de la mainmise nationaliste sur Treblinka. Force est de constater que les autorités actuelles, dirigées par Donald Tusk, qui ont réussi à évincer le gouvernement du PiS (parti Droit et Justice dirigé par Jarosław Kaczyński) lors des dernières élections, ne modifient guère la politique mémorielle de leurs prédécesseurs, préférant manifestement redresser d’autres atteintes à l’État de droit : remettre la justice sur une pente démocratique, se rapprocher de l’Union européenne, etc.
Pourtant, en ce qui concerne le site de Treblinka, une petite lueur d’espoir existe depuis le 11 juillet 2025 : un nouveau Conseil International de Treblinka a été créé, présidé par l’historienne israélienne Havi Dreifuss, spécialiste de la Shoah en Pologne.
La lettre qu’adresse à Havi Dreifuss, dans le journal polonais Gazeta Wyborcza (19.4.2026), la chercheuse polonaise Elżbieta Janicka, bien connue du public français (elle a été invitée par l’EHESS en 2025, ses publications en français sont notoires) traduit le combat qu’elle mène, avec l’historien Jan Grabowski (Université d’Ottawa) et d’autres acteurs, pour infléchir l’insidieuse influence du nationalisme polonais sur le site.
Et cette lettre a porté. Havi Dreifuss a répondu dans le même journal (4.5.2026), montrant sur des points essentiels son accord avec Elżbieta Janicka. Il s’avère que le ministère de la Culture et ce nouveau Conseil attendent des changements notables et on peut penser qu’ils pèsent bien davantage que la voix isolée d’une chercheuse.
Cette situation constitue donc un tournant. Mais ce Conseil aura fort à faire, car depuis sa création la politique de faits accomplis que pratique l’administration du musée continue. En témoigne une stèle à la mémoire des « victimes de nationalité et confession inconnues » érigée en octobre 2025 (cf. infra la lettre de Elżbieta Janicka) ainsi que des panneaux installés début mai 2026 qui illustrent « l’aide apportée par les Polonais aux Juifs » alors que, à Treblinka, les Juifs sont morts dans la plus atroce des solitudes.
C’est donc une politique de faits accomplis qui va s’amplifiant. Le nouveau Conseil saura-t-il se faire entendre ? Par la voix de sa présidente, il plaide pour de la patience, le temps de faire admettre ses nouvelles propositions. Mais combien de temps faut-il attendre pour endiguer cette entreprise sournoise de déjudaïsation ? Cela fait des années que les protestations de Elżbieta Janicka et de Jan Grabowski se heurtent à une non-réponse des autorités. En sera-t-il de même maintenant ?
Il serait peut-être temps que les consciences sensibles à ce que fut le camp d’extermination de Treblinka (évoquons le film Shoah de Claude Lanzmann dont les passages les plus forts concernent ce camp) commencent à s’émouvoir, s’indigner.
Jean-Charles Szurek

Lettre de Elżbieta Janicka à Havi Dreifuss (avril 2026)
Madame la Professeure Havi Dreifuss
Présidente du Conseil international de Treblinka
Varsovie, 13 avril 2026
Madame,
Depuis que vous êtes devenue présidente du Conseil international de Treblinka, pas un seul des artefacts antisémites présents dans les espaces relevant de l’administration du musée de Treblinka n’a été retiré.
Ainsi, non seulement des noms tels que Jedwabne, Radziłów, Goniądz, Kleszczele, Grajewo1 et d’autres similaires restent gravés sur les pierres de l’ancien camp de Treblinka II, mais tous les artefacts que j’ai énumérés dans trois mémorandums adressés au ministère polonais de la Culture et du Patrimoine national (datés du 8 mai 2024, du 18 janvier 2025 et du 19 avril 2025) demeurent également en place, sans changement. J’ai pris la liberté de vous transmettre ces mémorandums après votre prise de fonction.
Les croix continuent de couronner les tombes des victimes juives, et des cérémonies religieuses catholiques – telles que le Chemin de croix – se tiennent toujours sur le Lieu d’exécution près de l’ancien camp de Treblinka I. Le monument rendant hommage à un profiteur polonais en tant que « Juste Polonais » se dresse toujours à l’emplacement de l’ancienne gare du village de Treblinka et fait l’objet d’un culte. Sur la photographie [ci-dessus], on voit les bougies qui l’entourent ainsi que des couronnes blanc et rouge. L’inscription sur l’une des bougies indique : « Musée de Treblinka – nous nous souvenons ».
Dans le même temps, les deux derniers bâtiments historiques de la gare ainsi que le puits de la gare continuent de tomber en ruine. De même, rien n’a été entrepris afin d’identifier la douzaine de tombes de victimes juives situées dans l’enceinte de l’ancienne gare, ni la fosse commune plus importante dans le village voisin de Wólka Okrąglik.
De plus, la politique négationniste décrite ci-dessus s’intensifie, tant quantitativement que qualitativement.

Un troisième monument a été érigé sur le Lieu d’exécution près de l’ancien camp de Treblinka I. L’inscription y proclame : « À la mémoire des 49 personnes de nationalité et de confession inconnues reposant en ce lieu – prisonniers du camp de travail allemand Treblinka I (1941–1944), assassinés par les bourreaux allemands ou morts d’épuisement ou de maladie, exhumés en 2019 par l’Institut de la Mémoire nationale aux abords du “Lieu d’exécution”. »
Ce nouveau monument instaure un nouveau modèle narratif, tout aussi perfide que ceux déjà employés, tels que :
a) présenter les événements comme leur contraire ;
b) le mensonge de Jedwabne2 ;
c) la fausse symétrie des destins polonais et juif ;
d) l’effacement des victimes juives du récit.
Ce nouveau modèle narratif constitue une nouvelle méthode de déjudaïsation de Treblinka I, et potentiellement d’autres lieux de la Shoah. Jusqu’à présent, Treblinka I était déjudaïsé par la suppression de toute mention des Juifs :
a) dans la description officielle du Lieu d’exécution sur place ;
b) par la construction d’un monument supplémentaire, le second, et la requalification du monument original en « monument polonais », ainsi que par d’autres manipulations, que j’ai décrites en détail dans l’article « Le négationnisme à la polonaise » publié dans Gazeta Wyborcza le 19 avril 20243.
La méthode la plus récente est plus raffinée encore. Elle rend en effet les victimes elles-mêmes responsables de la procédure d’effacement. La première étape consiste en l’exhumation ; la seconde en la constatation objective, scientifique, qu’il est impossible de déterminer la nationalité et la confession des restes exhumés.
C’est ainsi que l’on « résout » aujourd’hui la « question » des quelque 10 000 à 12 000 victimes juives de Treblinka I. Toutefois, si une fin n’est pas immédiatement mise à cette procédure, elle commencera à être appliquée en d’autres lieux, tels que les fosses contenant les corps de victimes juives disséminées à travers toute la Pologne, pour ne citer qu’un exemple possible.

L’ensemble commémoratif de Treblinka date de 1964, englobant les deux camps, la gravière, la Route noire et la route en béton avec sa voie de circulation (où fut ensuite érigé illégalement un immense crucifix) : c’est alors que, grâce aux sculpteurs-architectes polonais Duszeńko, Haupt et Strynkiewicz, le site de Treblinka prit la forme qu’on lui connaît et a été classé monument historique (Registre des monuments, décision n° A-406/757 du 22 mars 1966). Rien ne peut donc être ajouté à la réalisation originale de 1964. Cet ensemble, une œuvre d’art d’envergure mondiale, cesse progressivement de ressembler à lui-même.

L’instauration d’un « Mur des Noms » des victimes juives de Treblinka. Comme vous le savez en tant qu’historienne, l’établissement d’une telle liste est impossible en ce qui concerne les Juifs de Pologne, qui constituent la catégorie la plus nombreuse des victimes de Treblinka (absence de documents, nombre infime de survivants sur le territoire polonais, conspiration polonaise du silence après la guerre, échec de la justice polonaise d’après-guerre dans les affaires dites du « Décret d’août » concernant les victimes juives4). Cette évidence la plus élémentaire devrait clore toute discussion. Malgré cela, l’entreprise est poursuivie, soutenue et promue par le Musée de Treblinka (voir la photographie prise sur le parking du Musée de Treblinka).
Nous sommes ici face à un double scandale – historique et moral –, car la liste en cours d’élaboration annule la part polonaise de responsabilité dans le destin de ces Juifs qui furent finalement tués par les Allemands – en dehors de Treblinka, lors des déportations et plus tard – à cause de Polonais qui les empêchaient de fuir ou les traquaient et les livraient aux Allemands. Des Juifs furent également assassinés directement par des Polonais sans participation allemande. Il ne s’agissait pas de cas isolés. Les victimes de ces crimes sont aujourd’hui en voie d’être qualifiées comme victimes de Treblinka.
*
La situation actuelle sur le site du Musée de Treblinka illustre la réflexion de Walter Benjamin : « Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté. Et cet ennemi n’a pas fini de triompher. »5
La vérité historique et la recherche sur la Shoah ont déjà suffisamment souffert des stratégies polonaises, tant locales qu’institutionnelles, de blanchiment du passé. Il est temps d’engager la lutte contre elles ainsi que contre les nouvelles variantes du mensonge qui apparaissent.
L’absence de protestation de la part du Conseil international de Treblinka équivaudrait à une légitimation de l’état actuel des choses. Je vous appelle à condamner publiquement l’évolution décrite et à exiger le retrait immédiat des éléments ajoutés au dispositif de 1964, dont la liste est en possession du ministère polonais de la Culture et du Patrimoine national.
Avec mes salutations respectueuses,
Elżbieta Janicka

Réponse de Havi Dreifuss (mai 2026)
L’histoire du camp d’extermination de Treblinka demeure l’un des chapitres les plus douloureux et complexes de la Shoah. Entre 1942 et 1943, environ 900 000 Juifs, ainsi que des milliers de Roms et de Sintis, y furent assassinés. Aujourd’hui, ce lieu n’est plus seulement un lieu de mémoire, mais aussi un cimetière, ce qui exige rigueur historique, respect de la dignité humaine et responsabilité.
Au-delà de l’obligation d’honorer les victimes, nous sommes confrontés à une responsabilité tout aussi urgente : protéger la vérité historique de toute distorsion, politisation et perte de contexte. Les récentes interventions publiques au mémorial de Treblinka soulèvent des questions importantes et légitimes quant à l’exactitude historique, la représentation et l’éthique de la commémoration. Ces questions méritent un examen approfondi de la part des professionnels et des universitaires. L’urgence de ces enjeux est indéniable et exige un engagement responsable.
La controverse autour des mémoriaux de Treblinka : des décisions qui exigent réflexion
Ces préoccupations ne sont pas nouvelles. Nombre d’entre elles sont connues, débattues et documentées depuis des années. Depuis la création du Conseil international de Treblinka fin 2025, des premières mesures ont été prises pour y répondre. Treblinka n’est pas un lieu où les changements peuvent être mis en œuvre rapidement ou unilatéralement. C’est un lieu de charniers, un lieu de deuil, au sein d’un contexte institutionnel complexe.
L’absence de changement immédiat ne signifie pas une inaction ; elle reflète la complexité de garantir que toute intervention soit juridiquement valable, historiquement exacte et durable. Il ne s’agit pas d’hésitation, mais de sens des responsabilités. Et des changements significatifs sont déjà en cours.
« Le mur doit symboliser l’absence, portant le souvenir non seulement des victimes identifiées, mais aussi des innombrables personnes assassinées qui resteront à jamais anonymes. »
L’un de ces problèmes concerne les pierres commémorant les communautés juives de différentes localités. Le monument inauguré en 1964 commémore la destruction des communautés juives déportées à Treblinka en disposant environ 17 000 pierres, dont plusieurs centaines portent les noms de ces localités. Dans les années 1990, alors que les connaissances historiques étaient encore incomplètes, des noms supplémentaires ont été ajoutés à la demande d’organisations juives, notamment Jedwabne et Radziłów. Nous savons aujourd’hui que ces communautés n’ont pas été déportées à Treblinka, mais assassinées lors de pogroms perpétrés par des habitants locaux durant l’été 1941. Leur présence sur le site commémoratif contribue donc à perpétuer des inexactitudes historiques.
Le Conseil s’est saisi directement de cette question. Il a pris une décision formelle, approuvée au niveau ministériel, visant à supprimer ces désignations. Nous attendons donc la mise en œuvre de cette décision.
Parallèlement, Treblinka n’était pas seulement un lieu d’extermination de sociétés entières, mais aussi un espace de profondes pertes individuelles – pour les hommes et les femmes, les enfants et les personnes âgées. Cette dimension est essentielle à la création du Mur des Noms, qui comprendra les noms de plus de 100 000 victimes identifiées, soit moins d’un huitième des personnes assassinées dans le camp. Cet écart n’est pas une erreur, mais le reflet d’une réalité historique. Le défi n’est donc pas de savoir s’il faut inclure ces noms sur le monument, mais comment mener ce processus de manière responsable.
Les visiteurs doivent saisir toute la portée et les limites d’une telle entreprise. Le mur doit symboliser l’absence, portant le souvenir non seulement des victimes identifiées, mais aussi des innombrables personnes assassinées qui resteront à jamais anonymes. Il convient également de le replacer dans son contexte, en reconnaissant que si la plupart des personnes commémorées ont été tuées à Treblinka, beaucoup ont également péri lors de déportations ou de tentatives d’évasion. La mémoire et le souvenir sont des sujets intrinsèquement complexes, qui requièrent à la fois rigueur et humilité.
L’absence de commémoration des Roms et des Sintis assassinés est frappante.
Un autre problème fondamental concerne la représentation des victimes. Le paysage commémoratif actuel reflète certains aspects du passé tout en en occultant d’autres. L’absence de commémoration des représentants roms et sintis du camp de Treblinka II est frappante, malgré les milliers de personnes qui y ont péri. De même, la présence de croix au camp de Treblinka attire l’attention sur les victimes polonaises, tandis que la majorité juive – plus de 10 000 victimes – reste oubliée. Cette inégalité fait écho à un phénomène plus large au sein de la mémoire de la Shoah : la déjudaïsation de la Shoah, par laquelle cet événement historique est transformé en un récit généralisé de souffrance, déconnecté de l’identité spécifique des victimes juives et de celle des auteurs de ces crimes. Cependant, la reconnaissance de ce problème ne saurait excuser l’imprécision. Au contraire, elle appelle à une réponse plus nuancée et historiquement fondée, qui restitue toute la complexité du sujet sans créer de nouvelles distorsions.
« Chaque victime mérite d’être commémorée pour ce qu’elle était, pourquoi elle a été prise pour cible, et comment elle a vécu et est morte. Inclure ces destins singuliers dans des catégories historiques générales ou vagues n’est pas un acte de prudence, mais une forme d’occultation. »
La responsabilité de commémoration exige une clarification à deux niveaux distincts mais interdépendants. Premièrement, elle requiert une distinction précise entre les fonctions fondamentalement différentes de Treblinka I et Treblinka II : le premier était un camp de travail forcé où se déroulaient travaux forcés, exécutions et massacres, tandis que le second était un centre d’extermination systématique établi dans le but de perpétrer un assassinat de masse. Toute tentative de brouiller les frontières entre les deux ou de créer une fausse symétrie compromet la vérité historique. Deuxièmement, elle exige une attention particulière à la composition interne des victimes de Treblinka I. Bien que le camp ait coûté la vie à des Polonais, ainsi qu’à des Roms et des Sintis, les Juifs constituaient l’immense majorité des personnes assassinées.
Estomper ces distinctions – entre les deux camps ou entre les victimes au sein de chacun – risque de substituer une fausse symétrie à la compréhension historique. Honorer les victimes n’est pas seulement une question de mémoire, mais aussi de contextualisation : chaque victime mérite d’être commémorée pour ce qu’elle était, pourquoi elle a été prise pour cible, et comment elle a vécu et est morte. Inclure ces destins singuliers dans des catégories historiques générales ou vagues n’est pas un acte de prudence, mais une forme d’occultation. Une mémoire sans détails précis n’est pas une mémoire plus inclusive ; c’est une mémoire vide.
Il est nécessaire de répondre à l’absence de commémoration des Roms et Sintis au camp de Treblinka II, sans pour autant compromettre l’intégralité du site en tant que cimetière. Les victimes juives du camp de Treblinka I doivent être mises en valeur, mais sans effacer les différentes strates de commémoration, notamment les croix. Cette tâche est complexe, mais essentielle.
Nous rejetons le récit justifiant l’existence du monument Jan Maletka.
Le cas du monument dédié à Jan Maletka, situé à la gare de Treblinka, illustre la nécessité d’une rigueur scientifique. Après un examen approfondi des documents soumis, le Conseil a relevé des incohérences fondamentales et a rejeté l’explication justifiant l’existence de ce monument.
De plus, dans un lieu où des centaines de milliers de personnes ont souffert, commémorer un seul individu, surtout sur la base de preuves insuffisantes, soulève de graves questions d’éthique. La communauté commémorative de l’Holocauste ne doit pas permettre que les principaux monuments soient influencés par des récits trompeurs ou des motivations politiques.
Parallèlement, Treblinka n’est pas un village imperméable au changement. Son avenir doit être façonné de manière proactive. C’est pourquoi le Conseil soutient l’aménagement de l’ancien site de la gare en un espace éducatif et civique. Il est prévu de le transformer en un centre éducatif et d’engagement bénévole, au service des communautés locales et régionales. Il est essentiel que la population locale soit pleinement associée à ce processus. Un lieu de mémoire isolé de son environnement risque d’être négligé, mal compris et déformé. Le dialogue, la transparence et la responsabilité partagée sont donc fondamentaux.
Aucun de ces défis n’admet de solution simple. Ils requièrent un engagement académique soutenu, une collaboration institutionnelle et une volonté d’affronter les vérités difficiles. Ils exigent également de la patience. Le débat public joue un rôle essentiel, mais il implique aussi une responsabilité. La vérité historique ne se préserve pas uniquement par la polémique, mais par un travail rigoureux et factuel.
Le camp d’extermination de Treblinka demeure l’un des sites les plus importants de la mémoire de la Shoah. Son intégrité, tant historique qu’éthique, ainsi que dans le cadre de la commémoration, doit être préservée avec soin et s’appuyer sur un travail de recherche rigoureux, un sens des responsabilités et le respect des victimes. Notre tâche n’est donc pas seulement de nous souvenir, mais de nous souvenir avec responsabilité.
Havi Dreifuss
Présidente du Conseil international de Treblinka, historienne, directrice de l’Institut d’histoire des Juifs polonais et des relations israélo-polonaises de l’Université de Tel-Aviv et directrice du Centre polonais d’études sur la Shoah à Yad Vashem.
(Les intertitres ont été repris de Gazeta Wyborcza)
- Localités de l’est de la Pologne où non seulement les Allemands ont tué et déporté les Juifs mais où les voisins polonais ont également participé au massacre de Juifs. ↩︎
- À Jedwabne, le 10 juillet 1941, la population juive fut exterminée par leurs voisins polonais. Le « mensonge de Jedwabne » consiste à faire croire que les Allemands ont commis ce crime. ↩︎
- cf. Janicka, « Négationnisme à la polonaise : le cas du site de Treblinka », K. du 11 décembre 2024 ↩︎
- Cf. Andrew Kornbluth, The August Trials. The Holocaust and postwar justice in Poland, Harvard University Press, Cambridge, MA & London, England 2021. ↩︎
- Sur le concept d’histoire, 1940. Oeuvres III. Folio Essais n° 374. 2000. Page 431 (Traduction de Maurice de Gandillac). ↩︎