# 269 / Edito
Face à l’injustice, la grande, celle qui cloue un peuple sur la croix, le monde dort. Tout le monde ? Non, Francesca Albanese a les yeux ouverts, et elle tient à le faire savoir. La controversée Rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés a récemment fait paraître son livre Quand le monde dort : Récits, voix et blessures de la Palestine, publié en français en octobre dernier et qui vient de sortir dans le monde anglo-saxon (When the world sleeps, Edition Other Press). Liam Hoare l’a lu à cette occasion. Sa lecture note l’impression ressentie d’une profonde dissonance entre l’importance de la fonction officielle d’Albanese, porte-voix de la position de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien, et le personnage public qui l’assume effectivement. Au-delà même de son antisionisme de principe, Albanese se positionne en effet à la fois comme vedette et comme martyre de la cause qu’elle a la tâche de représenter dans l’arène internationale. Liam Hoare analyse la manière dont l’enflement du personnage, et la pauvreté du style, réduisent le conflit à une fable morale où Albanese joue le rôle principal, et où les Palestiniens font figure de faire valoir.
Le judaïsme européen trouve ce qu’il a de cohérent dans une histoire, une culture et une mémoire commune. Mais cette unité relative s’exprime-t-elle dans les rapports entre les diverses communautés qui le composent ? En mars 2026, le Conseil Européen des Communautés Juives (ECJC) tenait son sommet annuel à Athènes, réunissant quelque 250 dirigeants juifs venus de 30 pays. Élie Petit s’y est rendu pour K. afin d’interroger la manière dont cette institution entendait servir de plateforme de mise en relation des communautés juives européennes. Dans les couloirs de la conférence – entre des sessions consacrées au leadership, à la gouvernance communautaire et à l’évolution démographique de la judaïcité européenne – il s’est entretenu avec Michel Montreuil, consultant auprès du JDC (American Jewish Joint Distribution Committee), et Taly Mair, directrice de l’ECJC. L’occasion de leur demander leur analyse de la situation des communautés juives à travers l’Europe aujourd’hui.
À l’occasion du 8 mai dernier, notre rédacteur en chef Stéphane Bou rappelait la manière dont la victoire des puissances alliées sur l’Allemagne nazie avait pu être vécue par les juifs survivants de la Shoah. À partir des souvenirs du dramaturge juif polonais Ionas Turkov sur sa propre expérience du 8 mai 1945, il interrogeait ce point d’articulation particulièrement aigu entre destin juif et destin de l’humanité. Tandis que les foules exultaient, les juifs étaient en deuil. Tandis que l’humanité s’effrayait des soixante millions de morts de la guerre, les juifs faisaient face à l’anéantissement presque total de leur peuple en Europe. Comment faire entendre cette souffrance particulière au milieu de l’hécatombe universelle ? Par quelle parole était-il possible d’éviter que l’humanité, à la fois en deuil et en liesse, n’oublie ?