Skip to content
K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
Lancement de l'offre jeunesse de K. - Soutenez le projet ici

Deux légitimités nationales. Albert Memmi et le conflit israélo-palestinien

Avec 'Albert Memmi. Un Juif intranquille' (Calmann-Lévy), Alexandre Journo signe la première biographie de ce penseur majeur du fait juif, né en Tunisie, et retrace un parcours où la défense du sionisme allait de pair avec l’engagement pour l’indépendance de son pays natal. K. en publie des bonnes feuilles consacrées au sionisme, que Memmi concevait comme un mouvement de libération nationale. Ce dernier en tirait une conviction centrale : restaurer la dignité des Juifs en tant que nation exigeait de reconnaître aux Palestiniens une dignité égale.

ALBERT MEMMI. UN JUIF INTRANQUILLE - Alexandre Journo

Albert Memmi lutta « depuis l’extérieur » pour sa sortie du joug français et sa libération nationale, dans la mesure où la Tunisie, à l’image des autres nations arabes du Maghreb et du Machrek, n’avait su intégrer ses Juifs. Comme l’essentiel des Juifs de Tunisie, Memmi partit au lendemain de l’indépendance de 1956. Comment s’articulent ces faits historiques avec la question nationale du sionisme ? Ce mot, aujourd’hui sulfureux dans le débat public, est en effet désormais étroitement associé au vocable « colonial » et n’est plus compris dans de nombreux milieux. D’autre part, quel changement de nature a-t-on vu s’opérer dans les relations entre Juifs et Arabes après l’indépendance d’Israël ? Memmi lutta très jeune à la fois dans des mouvements sionistes et dans des mouvements indépendantistes. Il n’y avait là ni contradiction ni dissonance cognitive. Le sionisme était bien pour lui une libération nationale, au même titre que la décolonisation.

Sionisme et anticolonialisme constituaient tous les deux la réponse nationale à des oppressions de nature différente : dans un cas, le maintien dans une condition minoritaire humiliante ; dans l’autre, la colonisation. Le fait colonial était, par l’humiliation qu’il produisait, le terreau d’une revendication identitaire d’émancipation, mais il n’était pas le seul. L’antisémitisme et les persécutions en étaient d’autres, qui appelaient une réponse de même nature. Chez Memmi, le sionisme précéda l’anticolonialisme, et il en fut probablement l’une des sources1.

Son sionisme n’était pas « décolonial », puisque le sionisme répond à une oppression qui n’est pas de nature coloniale, mais il s’agissait bien d’un mouvement d’émancipation nationale. Parler ainsi d’émancipation ou de libération nationale n’est pas une technique défensive qui permettrait d’éluder le sort des Palestiniens. Pour Memmi, Israël était l’unique solution à la condition juive, parce qu’elle avait trait à l’identité nationale et « seule la solution territoriale, un peuple libre sur un territoire libre, c’est-à-dire une nation, répond à l’une des carences fondamentales et spécifiques de la condition juive : le Juif était un étranger absolu ».2 […]

Le sionisme, voilà la seule issue acceptable et adéquate. L’autoémancipation était l’issue permettant de maintenir et de transmettre – sans inconfort – les deux « côtés » de la judéité laïque : l’émancipation hors de la religion dans une existence normale, sécularisée comme tout le monde occidental, débarrassée des enkystements dans lesquels s’était trouvée réduite l’existence juive ; la poursuite du nom juif, d’une existence juive particulière et collective, sans qu’elle constitue pour autant une séparation délétère, un nouveau ghetto intérieur. […]

Devenir responsable

Le sionisme de Memmi avait comme motif principal l’autoémancipation : la possibilité de devenir responsable de soi. Cela avait un corollaire essentiel, qu’il esquissait déjà avant 1967 et approfondit ensuite : ce motif valait pour les Israéliens comme pour les Palestiniens, et la grande tâche qui incombait à Israël, écrivait-il, était de résoudre enfin la question palestinienne. Sans cela, le progrès n’est pas « refait » dans la liberté. Cette prise de conscience du conflit israélo-palestinien était clairvoyante. Dans La Libération du Juif, une courte note de bas de page indiquait : « Ce qui fait de la réconciliation judéo-arabe notre tâche prochaine la plus urgente, la plus nécessaire, historiquement et moralement. »3 Cette réconciliation judéo-arabe le préoccupait depuis longtemps. Il proposa à de nombreuses reprises d’en faire le thème du Colloque des intellectuels juifs de langue française dans la décennie 1960, sans succès, et collait dans son journal des coupures de presse sur les initiatives de réconciliation.

Après 1967, Israël changea, devint puissance occupante en Cisjordanie et à Gaza, dans le Golan et le Sinaï, et la question se fit plus prégnante encore. On parlait communément d’« occupation éclairée » et seules quelques voix, dont celles de Yeshayahou Leibowitz (1903-1994) et des futurs militants de La Paix Maintenant, commençaient à parler de l’injustice que constituait l’occupation et de ce qu’elle produisait sur l’occupant – ce que Memmi avait pu décrire dans le Portrait du colonisateur. […]

Memmi adopta alors, dans une série d’articles et de conférences regroupés en 1974 sous le titre Juifs et Arabes, une sorte d’éthique de vérité. Il fonda fin 1968 le Comité de la gauche pour la paix négociée au Moyen-Orient et parlait partout où il était invité de la nécessaire reconnaissance du fait national palestinien. À cette époque, la gauche était plutôt favorable à Israël, tandis qu’une petite frange […] tenait en revanche un discours absolutiste qui voyait dans le sionisme l’unique racine du problème.

[…] Les institutions juives, étant encore à gauche, appuyaient depuis la diaspora tout processus de paix, pour peu qu’il existât. Le combat de Memmi consistait alors à les conduire vers une critique raisonnée d’Israël, ancrée dans le sionisme, pour chercher à provoquer un dialogue israélo-palestinien et être à l’amorce du processus de paix. C’est en ce sens qu’il participa à la fondation du comité cité plus haut et à l’éphémère revue Éléments4, qui défendait le sionisme tout en donnant la parole aux intellectuels arabes et palestiniens.

Le sionisme de Memmi était inébranlable, mais ce n’était pas un soutien inconditionnel à Israël. Ses critiques les plus incisives d’Israël étaient formulées dans des forums juifs, à la tribune du Congrès sioniste mondial. Il assumait aussi franchement son sionisme au-dehors.

Un double discours utile

La critique d’Israël formulée par Memmi obéissait à deux principes clefs. Premièrement, elle était énoncée depuis une perspective franchement sioniste. S’il émettait des « critiques de ce qui existe et devrait fonctionner mieux, [il n’exprimait] jamais une remise en question radicale de cette existence ».5 Il n’exprimait pas non plus de regret qu’Israël eût été fondé, ni ne soutenait qu’un monde où Israël n’existât pas eût résolu bien des dilemmes moraux. Deuxièmement, sa critique d’Israël procédait d’une sorte de double discours qui recherchait non pas un confort maximal, mais une utilité maximale. Memmi ne critiquait pas la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens et des Arabes israéliens par concession à ses lecteurs, humanistes convenables, ou par jeu de nuances comme pour mieux légitimer Israël, mais par conviction sincère, et d’abord par cohérence idéologique.

Son sionisme était inébranlable, mais ce n’était pas un soutien inconditionnel à Israël. Ses critiques les plus incisives d’Israël étaient formulées dans des forums juifs, à la tribune du Congrès sioniste mondial, dans la revue de ce même congrès, Unité et Dispersion, dans La Terre retrouvée, la revue du KKL, dans L’Arche, etc. Memmi assumait aussi franchement son sionisme au-dehors : « C’est rendre un mauvais service aux progressistes du monde entier, Arabes y compris, que de biaiser là-dessus, comme certains de mes camarades politiques qui consentent à ne pas s’appeler sionistes, par tactique, parce que le terme leur semble brûlé. » 6 Non seulement il y avait quelque chose de honteux à garder à part soi son sionisme, par peur d’être associé à un mouvement qui commençait à être réprouvé à gauche, et à se laisser récupérer par les ennemis d’Israël, mais cette attitude était franchement contre-productive : les Arabes vivaient, à la veille de la guerre de Kippour, dans l’illusion du temporaire, comme si la prochaine guerre pouvait défaire les défaites précédentes et revenir à l’état précédent. Ne pas s’affirmer sioniste, c’était encourager cet aveuglement. C’est pour cela qu’il affirmait son sionisme dans la revue Éléments, où écrivaient Jean Cassou et Jean-François Revel, et où étaient interrogés les penseurs de gauche allemands Herbert Marcuse et Günter Grass.

Memmi avait donc un double discours utile. Un double discours inverse aurait consisté à formuler ses critiques d’Israël à la gauche française et à être défensif au sein du monde juif. Ç’aurait été là manquer de courage, faire preuve d’un conformisme moral élastique : chacun aurait entendu ainsi ce qui lui convenait. Memmi prenait le contre-pied total de cette attitude. Le lieu du discours importait autant que le propos : penser le sionisme, c’était le questionner, le questionner dans ses instances dirigeantes, le questionner dans les lieux de débats juifs et israéliens. C’était le premier endroit où il fallait le faire. C’était le premier endroit où l’exigence morale devait résonner : en soi.

Au-dehors, on pouvait et on devait tenir ce même discours, mais on ne pouvait se départir d’une autocensure, par peur des répercussions sur la communauté, c’est-à-dire des manifestations d’antisémitisme. Inversement, ne questionner le sionisme qu’au-dehors, c’était le placer dans un ordre moral extérieur. En ce cas, on devait le faire par seul souci de cohérence intellectuelle. […]

Memmi ne taisait donc pas au-dehors ses critiques : sa défense du sionisme et sa mise au jour des responsabilités israéliennes dans le conflit israélo-arabe furent publiées ensemble chez Gallimard, d’un seul tenant. Ainsi, assumées au-dehors, elles ne pouvaient pas non plus être récupérées, parce qu’elles avaient cette perspective sioniste et qu’elles étaient données à lire avec des textes plus défensifs. Enfin, Memmi formulait tout cela de manière dépassionnée, sans inflation oratoire, sans inconséquence, sans recourir à des termes qui l’auraient rendu inaudible dans le monde juif – que l’on pense au « judéo-nazi » de Yeshayahou Leibowitz ou à la posture de brebis égarée de Rabi.

Albert Memmi
Albert Memmi

Deux légitimités concurrentes

En quoi consistaient ces critiques ? Memmi partait de principes de base. Les problèmes nationaux requièrent des solutions nationales. Les peuples et les appartenances existent, quelles que soient leurs origines. L’identité palestinienne n’y déroge pas, pas plus que la revendication palestinienne à l’autonomie nationale. C’est ce simple principe, c’est cette application conséquente du même diagnostic à tous les groupes nationaux, qu’ils soient colonisés, juifs ou palestiniens, qu’il posait, du Portrait du colonisé à La Libération du Juif.

Dans La Libération du Juif, Memmi parlait du « sentiment au moins partiel, et partiellement légitime, de leur bon droit, leur mémoire humiliée de tant de défaites successives »7, qu’il complétait par la note de bas de page que j’évoque plus haut, sur l’urgence de la réconciliation judéo-arabe. Un peu avant dans le texte, il listait, sans trop s’y appesantir, trois errements de l’État d’Israël : le statut des Arabes locaux, c’est-à-dire à la fois les droits des citoyens arabes d’Israël et le sort des réfugiés de 1948 ; le sort des immigrants juifs nord-africains, du Maroc en particulier, relégués dans les villes de développement et méprisés par le « premier Israël »8 ; enfin, la complaisance de l’État avec le rabbinat. Dans d’autres textes, il évoquait également l’infidélité de l’État d’Israël au socialisme.

J’ai commencé à annoter La Libération du Juif et Juifs et Arabes en 2020. J’écris ce livre deux ans après le 7-Octobre et le début de la guerre à Gaza. Les attaques terroristes qu’a subies Israël, les tirs de roquettes ininterrompus jusqu’au paroxysme du 7-Octobre, ainsi que les procès en légitimité permanents sur les campus européens et américains auraient pu imposer un temps de solidarité et de réserve. Mais je ne peux, avec Albert Memmi, « me priver de discuter » la responsabilité israélienne dans ce conflit, le danger mortel que constitue la colonisation, l’annexion rampante de la Cisjordanie, la « judaïsation » de Jérusalem-Est, la conduite odieuse de la guerre à Gaza et la poursuite sans but légitime du conflit, puisqu’un nettoyage ethnique fut mené à partir de janvier 2024, au moins jusqu’au cessez-le-feu d’octobre 2025. Il faut ajouter que la guerre s’est poursuivie à Gaza en dépit du cessez-le-feu, quoiqu’avec une moindre intensité, et s’est reportée sur d’autres fronts, au Golan, dans le Sud-Liban, en Cisjordanie, où les colons s’adonnent à une violence débridée dans le silence complice de l’armée.

Memmi, comme membre de La Paix Maintenant, ne se contentait pas de déclarations performatives sur la possibilité de critiquer un gouvernement – comme par une concession rhétorique avant d’exprimer un soutien univoque à Israël. Ses critiques avaient un contenu. « La politique d’un gouvernement », selon l’expression consacrée, me semble une formule creuse, qui ne désigne ni politique ni gouvernement. C’est une ambiguïté dont il faut sortir et dans laquelle ne s’est jamais lové Memmi. Memmi ne disait pas critiquer Israël, il critiquait Israël.

« Rappeler que cette population n’a pas toujours été autochtone ne sert pas à grand-chose. Maintenant, ils sont là, leur conscience collective s’est affirmée et ils sont malheureux. Les Palestiniens vivent un drame, voilà ce que les Israéliens doivent admettre et ne jamais oublier. » A. Memmi

L’émancipation par la nation

Memmi reconnaissait deux existences collectives revendiquant la forme nationale, et accordait une légitimité pleine et entière au mouvement national palestinien. La plupart des discours, d’un camp ou de l’autre, refusaient à l’autre camp son existence même, pour mieux refuser sa légitimité. Une grande partie du discours antisioniste juif, à l’exception notable de Daniel Boyarin, consiste à nier le caractère national du fait juif, pour ne pas reconnaître la nécessité du sionisme, parce que ce discours tient pour acquis l’implication qui va du fait national à l’autoémancipation nationale.9

Inversement, de nombreux discours sionistes feignaient d’ignorer l’existence palestinienne. « Il n’y avait pas de “Palestiniens” », disait Golda Meir en 1969. Le discours sioniste de droite consiste aujourd’hui à conjuguer cela au présent. Memmi était bien dans le camp pro-israélien, il était un penseur conséquent du fait national, et il ne cherchait pas à se placer en surplomb quand il mettait sur un pied d’égalité ces deux légitimités, comme pouvait le faire Maxime Rodinson dans Les Temps modernes. Memmi précisait ainsi : « Aspirations arabes, elles-mêmes peu distinctes à l’origine, mais qui se sont progressivement affirmées, ce qui n’en diminue évidemment pas l’actuelle légitimité. »10 Plus loin, il ajoutait : « Rappeler que cette population n’a pas toujours été autochtone ne sert pas à grand-chose. […] Maintenant, ils sont là, leur conscience collective s’est affirmée et ils sont malheureux. Les Palestiniens vivent un drame, voilà ce que les Israéliens doivent admettre et ne jamais oublier. »11 Cela peut sembler évident à nos oreilles, après une soixantaine d’années d’occupation et d’enlisement du conflit israélo-arabe puis israélo-palestinien. En 1967 ou en 1973, quand les guerres opposèrent Israël à l’Égypte, à la Syrie et à la Jordanie, avant la première et la seconde Intifada, c’était quelque chose qui n’avait encore rien d’évident.

Peu importe l’ancienneté de la revendication nationale palestinienne ou les formes de souveraineté qui ont eu cours sur ce territoire jusqu’en 1948 ou jusqu’en 1967 : les Palestiniens se reconnaissent collectivement comme peuple et cela suffit pour justifier une aspiration nationale. Les deux affirmations nationales sont donc concurrentes, légitimement concurrentes, et cela suscite un drame historique pour les deux parties, de l’une par l’autre, de l’autre par l’une.

C’est pour cette raison que Memmi rejetait l’idée de binationalisme. Avant que des décennies de colonisation ne mettent la solution à deux États dans une impasse, celle-ci était le seul devenir désirable. Cette solution le reste aujourd’hui, bien que rendue impraticable par l’étendue de la colonisation et de l’annexion, tandis que l’État unique semble toujours aussi improbable et malvenu.

« La solution, évidente, est double : donner une patrie à la majorité, de telle sorte que la minorité cesse d’être livrée, totalement abandonnée à d’autres peuples. […] N’est-ce pas cela le sionisme ? » 12

Cela vaut aussi pour la Palestine. Chacun des deux États doit être un État national : l’État-nation des Juifs, l’État-nation des Palestiniens. Mais chacun des deux États doit pouvoir accueillir une minorité et lui accorder des droits civiques ; il le faut pour éviter des déplacements forcés de population. C’est bien le cas en Israël, qui compte une importante minorité palestinienne. La Palestine n’a pas eu l’occasion de le démontrer (les enclaves juives en Cisjordanie sont sous autorité israélienne ; jusqu’en 1967, sous autorité jordanienne, la Cisjordanie ne comptait pas de Juifs) mais, dans ses discours13, l’OLP alterne entre considérer toute présence juive sur son sol comme une souillure et faire de nécessité vertu en consentant à accueillir des Juifs dans un État palestinien maximaliste, sur toute la Palestine mandataire, à condition qu’ils soient antisionistes.

Il est frappant de noter, en lisant les théoriciens du sionisme de Theodor Herzl (1860-1904) à Vladimir Jabotinsky (1880-1940), que seuls ceux qui assument lucidement son caractère nationaliste, sans posture morale, reconnaissent en même temps les revendications nationales de la partie adverse. C’est ce que fait Jabotinsky dans La Muraille de fer, et ce qu’échoue à faire Herzl en ne posant le problème arabe qu’en termes économiques. Memmi fut en cela un nationaliste juif et s’en défendait : « Je ne suis pas devenu subitement nationaliste dès qu’il s’est agi de mes intérêts. […] L’histoire m’a convaincu par deux fois au moins que la nation était la seule réponse adéquate au malheur d’un peuple. »14 Sans être nationaliste au sens strict, il était cependant forcé de reconnaître que la forme nationale était la forme la moins imparfaite d’autonomie politique, seule issue cohérente et pérenne à la situation faite aux Juifs. Mais, parce que c’est une forme imparfaite, il faut sans cesse lui demander des comptes. De ce prisme national, Memmi tirait deux conclusions cohérentes. Premièrement, le fait palestinien est un fait national et on ne peut l’esquiver davantage. Deuxièmement, la critique d’Israël comme nationalisme est toujours inique. […]

La reconnaissance de la Palestine et le sionisme

Revenons à la question palestinienne. « Je suis navré d’avoir à répéter de telles banales évidences – il est impossible et dangereux de continuer à ignorer le fait palestinien »15, soutenait Memmi à la tribune du Congrès sioniste à Jérusalem en 1972. Soit on conteste que la question soit d’ordre national, alors il faut en tirer toutes les conséquences et chercher l’intégration civique des Palestiniens des territoires occupés par Israël ; soit elle est bien nationale, alors il faut deux États côte à côte. Cela ne va pas sans difficultés, et au moment où Memmi prononçait ces mots, le camp palestinien ne reconnaissait pas la défaite de 1948 et n’entendait pas céder un pouce d’un territoire dont il avait déjà perdu le contrôle. Cependant, Memmi se préoccupait d’abord de la responsabilité israélienne dans le conflit parce qu’il appartenait à ce camp, et que l’autoréflexion critique était toujours sa boussole.

Or, au début des années 1970, la réponse israélienne était proprement irresponsable. Elle « donn[e] l’impression qu’on ne cherche aucune solution à ce problème [et] est certainement la position la plus désastreuse, tôt ou tard, car elle cultive le désespoir et la haine, d’où il ne sort jamais rien de bon ».16

Memmi était depuis toujours un partisan de la solution à deux États, parce que chacune des deux parties du conflit mérite une patrie. Il ne croyait pas en la possibilité d’un État binational ; c’était à ses yeux une fantaisie niaise et dangereuse à la fois.

[…] Memmi avait conscience de ce que le sionisme faisait aux Palestiniens, ce qu’il avait impliqué de dépossessions, d’exils et de déplacements forcés. « Du côté arabe, vous croyez que c’est une vie pour les Arabes ? C’est une vie d’être constamment sous la menace, d’être constamment transplanté, d’être constamment en mouvement ? », dit-il encore à l’ORTF en 196917pour appeler de ses vœux une solution négociée, un compromis. « On ne résout pas une injustice par une tragédie »18, écrivit-il à de nombreuses reprises. L’État d’Israël répondait et répond à une nécessité historique ; ce que son établissement a impliqué d’injustice ne doit pas conduire à son détricotage. Ces injustices doivent néanmoins être réparées, et l’occupation entamée en 1967 aggrave le problème. Face à l’occupation, Memmi reprit son prisme d’analyse développé dans le Portrait du colonisé. Toujours dans la revue du Congrès sioniste en 1972, il faisait ce constat socio-historique brutal : une conquête se termine ou bien par une extermination ou une expulsion, ou bien par un « parcage », ou bien par l’assimilation (culturelle, religieuse, linguistique) des vaincus. Autrement, elle n’est pas pérenne. Soit Israël rend les territoires conquis, soit il devient un État binational et cesse d’être un État juif, soit il commet une iniquité qui sera sa tache indélébile.

Dès La Libération du Juif, Memmi soutenait que, à l’intérieur de la Ligne verte, Israël devait aller plus loin dans l’intégration des Palestiniens citoyens d’Israël, qui devaient devenir des sujets politiques réellement israéliens. Cela passait nécessairement par une mise au second plan de la religion juive. Avec la conquête de la Cisjordanie, de Gaza et du Golan, le problème devint réellement existentiel. Quand Memmi écrivait ou prononçait ce qui fut rassemblé dans Juifs et Arabes en 1974, les colonies de Cisjordanie n’existaient pas encore, ou très marginalement19.

En 1978, un an après le renversement électoral et le triomphe de la droite en Israël, des centaines d’officiers de réserve de Tsahal fondèrent Shalom Akhshav (La Paix Maintenant) pour appeler à une paix juste et durable fondée sur la solution à deux États et lutter contre l’occupation et la colonisation. En même temps fut fondée à Paris, par des Franco-Israéliens, l’association Les Amis français de Shalom Akhshav, communément appelée La Paix Maintenant. Albert Memmi en fut l’un des parrains, avec Théo Klein, Lucien Lazare et d’autres grandes figures du judaïsme français. Il en fut aussi le compagnon de route, de colloque en colloque, de tribune en tribune.

Memmi était depuis toujours un partisan de la solution à deux États, parce que chacune des deux parties du conflit mérite une patrie. Il ne croyait pas en la possibilité d’un État binational ; c’était à ses yeux une fantaisie niaise et dangereuse à la fois. La solution à deux États, en plus de donner aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza une dignité nationale, bénéficie aussi aux Palestiniens d’Israël ou d’ailleurs au Moyen-Orient, comme le sionisme bénéficie aux judaïcités de diaspora. Memmi se fit donc pro-palestinien par sionisme. […]

Yuli Tamir à droite, Elisabeth Badinter et Josy Eisenberg
Josy Eisenberg, à gauche, Elisabeth Badinter, Albert Memmi et Yuli Tamir (fondatrice de Peace Now en 78, députée travailliste à partir de 2003), le 24 janvier 1980 à la Sorbonne au lancement des Amis français de La Paix Maintenant (Archives La Paix Maintenant).

Un dialogue impossible

Cependant, en dépit de son engagement à La Paix Maintenant, son discours changea subtilement au début des années 1970 et, on le verra, la mémoire de l’exil des Juifs du monde arabe devint chez lui une manière de neutraliser celle de la Nakba. Il le fit parce qu’à cette période, après que le monde arabe eut été vidé de ses Juifs – en Tunisie, 1967 enfonça le dernier clou –, se mit en place un mythe rétrospectif sur la coexistence heureuse entre Juifs et Arabes, partagé de Kadhafi à l’extrême gauche, comme pour disqualifier a posteriori le besoin d’Israël. Ses questions à Kadhafi, aussi légitimes fussent-elles, étaient instrumentales. Il s’agissait de dire à propos de la Nakba : « un partout, balle au centre » – « Nous avons subi cent, mille Deir Yassine ! »20 Il convenait surtout de prétendre, en pure question rhétorique, au retour en pays arabe – ce que très peu de Juifs souhaitaient, puisqu’ils étaient plus heureux en Israël ou en Occident –, pour ensuite y renoncer et du même coup faire s’effondrer le droit au retour palestinien.

Reste malgré cela un vrai courage dans son interpellation, des questions très justes sur l’irrédentisme panarabe, sur l’incapacité du monde arabe à reconnaître sa défaite de 1948, qu’il chercha à rejouer en 1967 et en 1973, et des formules prescientes sur l’antisionisme qui se déploie à des niveaux inédits depuis le 7-Octobre. On a vu fleurir dès le lendemain sur les campus américains et européens le slogan « Go back to Poland ». Memmi comprenait le sens de ce slogan : « Croyez-vous sérieusement que les Juifs d’Allemagne ou de Pologne, du moins les quelques survivants, puissent retourner vivre dans des lieux où leurs parents, femmes, hommes, enfants ont été brûlés dans des fours à gaz ? »21 […]

« Le choc fratricide entre Juifs et Arabes, je le vis comme un accident historique, grave et très malheureux, mais non comme une insurmontable fatalité. » Albert Memmi

Une autre raison de son dépit tenait à sa relation avec les intellectuels du monde arabe. L’établissement d’Israël avait bouleversé, c’est le moins que l’on puisse dire, la nature des relations entre Juifs et Arabes, et Memmi ne se résolvait pas à ce que la relation fût brisée. « Le choc fratricide entre Juifs et Arabes, je le vis comme un accident historique, grave et très malheureux, mais non comme une insurmontable fatalité. »22 Memmi le prouvait en actes : il dirigea en 1965 et en 1969 deux anthologies de la littérature maghrébine ; il maintint de nombreuses relations amicales avec des intellectuels maghrébins, parfois ses anciens collègues à Jeune Afrique, anciennement Afrique Action, notamment son fondateur Béchir Ben Yahmed ; il fit aussi partie du Comité de la gauche pour la paix négociée au Moyen-Orient entre 1968 et 1970.

Plus récemment, il participa à la fondation, au début des années 2000, de l’association Synergie Europe Méditerranée, qui œuvrait au dialogue entre la France et l’Afrique du Nord, entre Israéliens et Palestiniens. L’histoire n’était jamais terminée, elle pouvait toujours être réparée, croyait-il, à condition de reconnaître les griefs formulés par l’autre. Or, déplorait-il, on lui opposait une fin de non-recevoir. Ses amis le décevaient ; ils se refusaient à dire en public et en langue arabe ce qu’ils lui confessaient en privé et en français : leur reconnaissance de l’existence d’Israël, l’inventaire des torts arabes dans l’obstruction à tout règlement du conflit israélo-arabe, l’exil des Juifs. Le problème arabe, en somme, c’était le refus de la défaite, le refus de comprendre qu’Israël existait désormais et ne pouvait être rayé d’un trait de plume.

Ce refus était encouragé par les intellectuels occidentaux « qui poussent les Arabes à des conduites apocalyptiques »23 et reconduit par les intellectuels arabes qui n’osaient s’opposer à leurs dirigeants. Symptôme de cette obstruction, Juifs et Arabes n’a pas encore été réédité en poche,24 contrairement au reste de l’œuvre de Memmi chez Gallimard. La cause palestinienne est un puissant anesthésiant chez les dirigeants arabes, qui suspendent la possibilité de leur communion panarabe à « l’épine israélienne ». 25 […]

« J’espère que vous avez deviné que les proclamations de mon gouvernement ne sont pas sérieuses »26, lui confiait benoîtement un intellectuel arabe qu’il ne nomma pas dans La Terre intérieure. Aucun ou presque ne brisa ce consensus irrédentiste, cette lutte métaphysique contre Israël dans laquelle les Palestiniens étaient des martyrs malgré eux. Son ami Béchir Ben Yahmed fut ainsi invité à dialoguer avec lui au Congrès juif mondial de 197127, à Bruxelles, précisément pour ouvrir le débat judéo-arabe, mais se décommanda à la dernière minute. Le dialogue était miné. « Un journaliste libanais a tenu des propos en faveur de la réconciliation judéo-arabe, il a purement et simplement été assassiné »28, lui rapporta alors, pour expliquer la conduite de Ben Yahmed, Mohamed Masmoudi, ex-camarade de lutte de Memmi au Néo-Destour et, à la fin des années 1960, ambassadeur de Tunisie à Paris.

Memmi était peut-être trop sévère avec Ben Yahmed quand il évoquait, avec des années de recul, ce souvenir. En janvier 1965, il félicita Ben Yahmed pour son article dans Jeune Afrique sur les relations judéo-arabes, au prisme du conflit israélo-arabe. Il salua son courage, sa lucidité et son désir sincère de réconciliation. Ben Yahmed y faisait le constat que « l’État d’Israël, pour néfaste qu’ait été sa création, est une réalité qu’on ne peut effacer que par une guerre qui n’a de certain que les souffrances et les destructions qu’elle provoquerait »29, et proposait, pour résoudre ce conflit, une fédération binationale. Pour bien comprendre la position de Ben Yahmed et ce qu’elle avait d’inédit dans le monde arabe, il faut revenir à la réception de la position similaire de Bourguiba : le président tunisien combattait toujours le sionisme mais reconnaissait qu’Israël existait désormais et que le bellicisme de Nasser était à cet égard « stérile ».30 Dès le début des années 1960, il affirmait donc qu’il fallait négocier avec Israël pour résoudre le conflit. Cela lui valut des condamnations sans appel de la presse égyptienne, et des manifestations violentes en 1965 devant les ambassades de Tunisie au Caire, à Damas, à Beyrouth, ainsi qu’à Jérusalem-Est, à l’instigation d’Ahmed Choukairy, le premier dirigeant de l’OLP. Ben Yahmed, comme Bourguiba, brisait donc bien une omerta. […] Il faut cependant préciser que Ben Yahmed l’avait déjà déçu par le passé, quand il regrettait, au moment de l’indépendance de la Tunisie, que les Juifs aient « le cœur ailleurs »31, comme pour justifier leur mise à l’écart de la vie publique tunisienne. […]

« En stigmatisant [l’État d’Israël] comme un fait colonial, ou impérialiste, on le désigne au blâme et à la vindicte universels ; on prépare le monde à la juste sanction qu’il mérite : en le dénaturant, en le détruisant symboliquement, on prépare sa destruction réelle » A. Memmi.

Et puis Memmi ne constatait ni pragmatisme chez les Palestiniens, ni prise de distance chez les intellectuels arabes d’avec la grande cause palestinienne, à laquelle on passait toujours tout. « On ne peut vivre éternellement de ressentiment »32, leur reprochait-il. Memmi peinait à comprendre que la pareille ne lui soit pas rendue, que son sionisme ne soit pas compris, alors qu’il reconnaissait, lui, deux légitimités nationales et qu’il avait aussi soutenu la lutte pour les libérations nationales arabes et y avait participé.

La racine de ce dialogue impossible était plus profonde et tenait au grand bouleversement du fait juif après 1948, que le monde arabe ne voulait pas reconnaître. « Faut-il préférer la sympathie accordée aux victimes ou l’irritation suscitée par les vainqueurs ? » Les Juifs ont, en adhérant au sionisme pour l’essentiel d’entre eux, choisi la seconde voie. Israël sortit les Juifs, et plus encore les Juifs du monde arabe, d’une relation déséquilibrée avec les nations environnantes. Il ne s’agissait ni du tableau tout noir de l’unique dhimma, ni du tableau tout blanc de la convivencia, mais des deux à la fois. Aussi partielle que fût la sujétion des Juifs dans le monde arabe, ce monde ne digérait pas la sortie de cette sujétion. D’ailleurs, Memmi faisait mine de se demander : l’humiliation subie par les Juifs dans le monde arabe « ne suffirait-[elle] pas à expliquer, du côté juif, qu’ils seraient prêts à la guerre pour ne pas retourner à un tel état [de sujétion] ? » 33

Le seul nationalisme illégitime

Quand Memmi écrivait sur le conflit, Israël n’était pas reconnu par le monde arabe. L’Égypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban, l’Irak, le Maroc, l’Algérie, le Koweït et le Soudan signèrent quelques mois après la guerre des Six-Jours la résolution de Khartoum, qui actait leur refus de reconnaître Israël. Les accords de paix avec l’Égypte et la Jordanie, les accords d’Abraham et l’initiative franco-saoudienne de reconnaissance de la Palestine en septembre 2025, assortie d’une reconnaissance mutuelle, du bout des lèvres, de l’État d’Israël, de la part de nombreux pays arabes, ont changé la donne. Reste que l’État d’Israël continue d’être déréalisé et délégitimé.

« En le stigmatisant au contraire comme un fait colonial, ou impérialiste, on le désigne au blâme et à la vindicte universels ; on prépare le monde à la juste sanction qu’il mérite : en le dénaturant, en le détruisant symboliquement, on prépare sa destruction réelle ».34

La critique d’Israël comme nationalisme est toujours inique quand elle est extérieure à Israël et dirigée exclusivement contre Israël. Elle refuse aux Juifs le droit de choisir la forme nationale, elle fait du sionisme le seul nationalisme jugé illégitime – et soutient aujourd’hui et rétrospectivement qu’Israël n’aurait pas dû exister. Israël est ainsi passé au gril de la critique du nationalisme et, à ce gril, aucune nation ne peut plaider sa cause. Il n’y a pas de droit à exister. Les nations existent, point.

« Je suis désolé d’avoir à constater une fois de plus le manque d’imagination de nos sociologues, qui les conduit d’ailleurs à une erreur systématique dans l’évaluation du réel. Ils ne conçoivent les peuples et les nations qu’en partant de modèles achevés qu’ils ont sous les yeux : les grandes nations européennes. Le résultat est que personne n’y a plus droit, ni dans le présent, ni dans l’avenir ».35

Les diagnostics de Memmi sont-ils obsolètes ? Il était confiant dans le caractère marginal des irrédentistes juifs – ils ont triomphé depuis –, dans la puissance de la gauche – déconfite – et dans la vitalité de la critique interne en Israël, qu’il déplorait ne pas trouver dans le monde arabe. 

Or seule la nation israélienne subit cette déconstruction : puisque toute nation est fondée sur des mythes, alors aucune nation n’existe, et en particulier Israël. Cela permet de rejeter à peu de frais la libération nationale juive.

En 1974, dans le Bulletin de l’amitié judéo-arabe, Memmi fit paraître une courte tribune, « Assez de sang pour rien », qui sonnait déjà comme un manifeste de La Paix Maintenant, fondée quatre ans plus tard.

« On ne se débarrassera pas non plus de ce problème si l’on ne cherche pas sincèrement une solution qui tienne compte de deux aspirations nationales également légitimes. À partir d’ici je ne céderai pas à la complaisante facilité d’une balance égale entre les deux partenaires ; pour ceci : si les Arabes ne risquent pas, même pas les Palestiniens, de disparaître, Israël, oui. On l’a encore vu dernièrement ».36

L’asymétrie n’est peut-être plus la même aujourd’hui, mais la contestation d’Israël et le retour permanent aux origines ne permettent pas d’affirmer qu’Israël ne risque existentiellement rien.

Les diagnostics de Memmi sont-ils obsolètes ? Il était confiant dans le caractère marginal des irrédentistes juifs – ils ont triomphé depuis –, dans la puissance de la gauche – déconfite – et dans la vitalité de la critique interne en Israël, qu’il déplorait ne pas trouver dans le monde arabe, tenu par une « fausse unanimité fondée sur une solidarité sentimentale ou terrorisée ».37Ce dernier constat reste sans doute vrai : les voix critiques de l’irrédentisme palestinien peinent toujours à se faire entendre. Le slogan « from the River to the Sea, Palestine will be free »

(« libre » en français comme en anglais, « arabe » en arabe) reste le slogan central de la cause palestinienne. On parle en arabe de Palestine occupée pour désigner la Cisjordanie et de Palestine usurpée pour désigner Israël.

Le 7-Octobre a mis des mois, peut-être un an, à être condamné par le Fatah. Mais la vitalité démocratique de la société israélienne, passablement empêchée par la dérive illibérale, ne suffit plus à maintenir le tableau dressé par Memmi : l’irrédentisme triomphe ; la Cisjordanie est annexée ; les voix critiques faiblissent et n’y peuvent de toutes les façons rien. La Palestine est cette fois une épine dans le pied de la droite maximaliste, qui ne sait comment l’annexer sans assumer l’apartheid ni expulser les Palestiniens. La Palestine est effacée. En 1969, Memmi écrivait : « L’effacement d’Israël de la carte du Moyen-Orient, car c’est de cela qu’il s’agit fondamentalement, fait ainsi partie intégrante de l’un des mythes des Arabes modernes. » 38 Aujourd’hui, on peut dire cela des deux camps.

Ce texte est extrait du chapitre VII de l’ouvrage d’Alexandre Journo, Albert Memmi. Un Juif intranquille, qui paraît le 14 octobre 2026 aux éditions Calmann-Lévy(288 pages, 20,90 €).

 Une rencontre autour du livre aura lieu au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (mahJ) le jeudi 15 octobre 2026 à 19 h.

  1. Jonathan Judaken, « Regards croisés sur Albert Memmi », séminaire « Histoire et sociologie des judaïsmes contemporains » du GSRL, 15 mai 2025. Jonathan Judaken est l’auteur, avec Michael Lejman, de The Albert Memmi Reader (Lincoln, University of Nebraska Press, 2021), une anthologie critique de textes de Memmi. ↩︎
  2.  Albert Memmi, La Libération du Juif, op. cit., p. 327. ↩︎
  3.  Albert Memmi, La Libération du Juif, op. cit., p. 323. ↩︎
  4.  Revue parue de décembre 1968 à 1971, à ne pas confondre avec la revue homonyme d’Alain de Benoist, philosophe d’extrême droite et principal représentant de la « Nouvelle Droite ». ↩︎
  5.  Albert Memmi, La Libération du Juif, op. cit., p. 319. ↩︎
  6.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1974, p. 163. ↩︎
  7.  Albert Memmi, La Libération du Juif, op. cit., p. 323. ↩︎
  8.  Notion popularisée par le politiste Avishaï Ben Haïm, qui véhicule à peu près l’idée de France d’en haut et de France d’en bas. ↩︎
  9.  Alexandre Journo, « Traversées antisionistes », Conditions, mai 2024. ↩︎
  10.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 159. ↩︎
  11.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 165. ↩︎
  12.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 166. ↩︎
  13.  Voir à ce sujet Le Fatah, La Révolution palestinienne et les Juifs, Montreuil, Libertalia, 2021. Texte initialement publié en arabe en 1970. ↩︎
  14.  Albert Memmi, La Libération du Juif, op. cit., p. 319. ↩︎
  15.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 138. ↩︎
  16.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 140. ↩︎
  17.  « Albert Memmi à propos du conflit israélo-palestinien », Lire et comprendre, ORTF, 13 février 1969, INA. ↩︎
  18.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 196. ↩︎
  19.  À cette date, elles ne sont établies que dans le Gush Etzion, l’une des seules régions du Yishouv perdues par Israël lors de la guerre d’indépendance. ↩︎
  20.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 62. ↩︎
  21.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 61. ↩︎
  22.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 145. ↩︎
  23.  Albert Memmi, La Terre intérieure, op. cit., p. 229. ↩︎
  24.  Une nouvelle édition « Folio » est en cours de préparation pour 2027. ↩︎
  25.  Titre d’une chronique de Memmi dans Le Figaro littéraire de septembre 1969 reproduite dans Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 101-112. ↩︎
  26.  Albert Memmi, La Terre intérieure, op. cit., p. 229. ↩︎
  27.  Ou peut-être est-ce 1966. Ce souvenir, évoqué de façon imprécise par Memmi dans La Terre intérieure, n’est pas reporté dans son carnet, ni en 1966 ni en 1971, dont l’édition dirigée par Guy Dugas est en cours de préparation. ↩︎
  28.  Albert Memmi, La Terre intérieure, op. cit., p. 231. Il s’agit probablement de Kamel Mroue, fondateur d’Al-Hayat et assassiné en 1966 pour ses positions critiques de Nasser. ↩︎
  29.  Béchir Ben Yahmed, « Les Arabes et les Juifs », Jeune Afrique, no 212, 27 décembre 1964, et Albert Memmi, « Votre texte : un événement », Jeune Afrique, no 216, 24 janvier 1965. ↩︎
  30.  Bruno Étienne et Noureddine Sraïeb, « Bourguiba et Israël », Annuaire de l’Afrique du Nord, IV, 1965, p. 151-162, Paris, 1966. ↩︎
  31.  Propos retranscrits par Albert Memmi dans son journal en avril 1956, dans Albert Memmi, Les Hypothèses infinies, op. cit., p. 1065. ↩︎
  32.  Albert Memmi, Le Nomade immobile, op. cit., p. 163. ↩︎
  33.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 158. ↩︎
  34.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 161. ↩︎
  35.  Albert Memmi, La Libération du Juif, op. cit., p. 320. ↩︎
  36.  Albert Memmi, Penser à vif, op. cit., p. 60. ↩︎
  37.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 105. ↩︎
  38.  Albert Memmi, Juifs et Arabes, op. cit., p. 105. ↩︎

Photo de Alexandre Journo

Alexandre Journo

Alexandre Journo est journaliste et chercheur indépendant. Il écrit sur l’histoire des idées qui ont animé le monde juif, pour diverses revues, pour la revue Daï, dont il est l'un des animateurs, et sur son blog (https://alexandrejourno.substack.com/). Ses recherches portent sur la littérature juive, le franco-judaïsme, le problème de l’assimilation, du sionisme et de l’antisionisme. Il est par ailleurs membre du bureau de 'La Paix Maintenant'.