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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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# 268 / Edito

Suite au vote à la Knesset de la proposition de loi sur la peine de mort, il nous a semblé qu’il serait utile de donner à lire en dehors d’Israël ce que les acteurs juridiques les plus engagés dans la construction et la défense de l’État de droit israélien avaient à dire sur cette loi, et sur les évolutions politiques ayant rendue possible son adoption. Nous avons donc consulté Mordechai Kremnitzer, l’un des principaux architectes du Code pénal général israélien, ancien juge militaire, aujourd’hui Professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem et chercheur associé senior à l’Institut pour la démocratie en Israël, qui avait publié avec plusieurs collègues, en février 2023, une condamnation ferme de la première version de ce projet de loi. Dans l’entretien qu’il a accordé à Julia Christ, il revient sur les raisons de cette opposition à une loi qualifiée de « souillure dans les annales législatives d’Israël » et explique pourquoi les amendements de la loi existante – car la peine de mort n’a jamais été formellement abolie en Israël pour certains crimes –  l’ont transformée en loi discriminatrice et atteignent aux normes juridiques de l’État de droit. Mais c’est aussi l’occasion pour lui de décrire les petits pas qui ont conduit à cette situation où il ne s’agit plus seulement de s’inquiéter de la mauvaise pente prise par l’État juif, mais de se demander à quel degré il est effectivement devenu autre chose qu’une démocratie libérale. Kremnitzer rappelle ainsi la somme des lois ayant, depuis 15 ans, profondément altéré l’État de droit, la persécution des Palestiniens en Cisjordanie, ainsi que la réduction de la conception de la démocratie, dans le débat public, à une affaire de domination de la majorité. Pour celui qui sait, de par son expérience historique, ce que le sionisme signifie en termes de protection des minorités, il ne s’agit pas seulement d’une déception, mais d’une situation véritablement tragique. Car le fait qu’Israël affirme désormais son caractère majoritairement juif contre ses minorités, et renie donc son ADN, n’abolit pas cette expérience. Cela n’annule pas le savoir qu’aucune démocratie libérale ne peut garantir un abri aux juifs… à l’exception d’un Israël que Kremnitzer voit chaque jour s’éloigner davantage.  

Pour le 90e anniversaire de la naissance de Georges Perec, les Archives de Paris consacrent à l’écrivain une exposition qui met en regard son œuvre et les traces de son enfance disparue. À cette occasion, la documentariste Ruth Zylberman initie une série d’entretiens que K. publiera sous forme de podcasts. Pour ce premier épisode, elle donne la parole à l’historienne Claire Zalc, co-commissaire de « Georges Perec, archives d’une enfance », qui raconte l’enquête au long cours qui sous-tend ce travail. Un podcast sur la rencontre entre la littérature et l’histoire, et sur ce que les documents permettent encore d’approcher d’une enfance ravagée.

Lors de la soirée « K. sur scène » du 5 février dernier, l’éditrice de la version italienne de K., Ada Treves nous a dressé l’autoportrait du judaïsme italien dans ce qu’il a de plus « noble », et de moins ostentatoire. À rebours des récits plus connus du monde juif européen, il s’agit d’une présence ancienne, discrète, stratifiée, minoritaire jusque dans la minorité. Un monde peu visible, sans folklore, où l’effacement apparent n’empêche ni la continuité ni la force d’existence.