# 267 / Edito
Défendre Israël depuis une position résolument sioniste, c’est aujourd’hui se trouver pris dans un étau suffocant. À gauche, un antisionisme qui s’oppose à ce qu’il refuse par principe de comprendre, puisqu’il ramène l’essence d’Israël à un principe générique, colonial : celui de l’Occident dominateur. À droite, une bruyante défense d’Israël devenue dominante, mais n’ayant que faire de la spécificité de cet État, puisqu’elle ne le défend qu’en tant qu’il serait un « État comme tous les autres », ce qui la conduit à soutenir la politique du gouvernement Netanyahu au moment où ce dernier trahit le plus ouvertement le sens du sionisme. Dans cette situation saturée, le texte « Raison d’État » du philosophe allemand Christoph Menke propose un déplacement salutaire des lignes de clivage, qui nous aide à penser ce que pourrait être une autre défense, et une autre critique, d’Israël. Ce qu’il pointe, à partir de son analyse du caractère antijuif de la « défense de droite » d’Israël, c’est que cette dernière partage avec l’antisionisme une certaine idée de l’État, pour eux indépassable, sur laquelle ils ne se distinguent que par la nature du jugement porté sur lui. Autrement dit, ils sont unis dans une profonde méconnaissance de la différence juive, en tant qu’elle s’est incarnée dans la forme politique de l’Exode et est venue subvertir les catégories de la domination étatique. Ce qui se trouve alors dénié, de part et d’autre, c’est la possibilité que l’État juif ne soit justement pas un État comme tous les autres. Menke, alors, nous permet de rouvrir un dossier cher à K., celui du sens du sionisme en tant qu’il est la continuation de la politique exilique juive, et non son terme.
Assumer une position sioniste ainsi comprise doit nous conduire à émettre une critique sans indulgence d’Israël lorsqu’il s’éloigne de son idéal, et bascule dans la domination étatique la plus brute. Aujourd’hui, l’extension de la colonisation en Cisjordanie doit être l’objet de notre rejet le plus vif, car elle représente justement le point où la déviation est la plus radicale. Nous publions cette semaine un entretien avec Dvir Warshavski, militant religieux de la gauche israélienne et cofondateur de l’association Bnei Avraham qui accompagne les agriculteurs palestiniens sur leurs terres et les défend contre les agressions des colons. Il nous décrit la dégradation de la situation des Palestiniens de Cisjordanie, la porosité croissante entre colons et soldats, et l’effacement progressif des garde-fous institutionnels. Mais il témoigne aussi de la manière dont, sur le terrain, des acteurs politiques mobilisent leur compréhension de ce qu’est le sens authentique du sionisme dans son caractère juif et leur lutte pour la coexistence avec le peuple palestinien.
Du 16 avril au 30 août, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme consacre, pour la première fois en France, une exposition à l’artiste transdisciplinaire Noa Eshkol. À cette occasion, nous publions les bonnes feuilles du catalogue, qui reviennent sur l’œuvre de cette créatrice à la fois danseuse, théoricienne du mouvement et plasticienne, et sur son histoire entrelacée avec celle d’Israël, du kibboutz Degania Bet aux lendemains de la guerre de Kippour.