Antisémitisme : la définition de l’IHRA, dix ans après
Entre célébration et interrogations
Adoptée en mai 2016 à Bucarest, la définition de travail de l'antisémitisme de l'IHRA s’est imposée comme le cadre de référence le plus influent au monde. À l’occasion de son dixième anniversaire, Reut Yael Paz et Niklas Pretsch en dressent ici un bilan nuancé : son succès institutionnel a rendu plus visible l’antisémitisme contemporain, mais il a aussi déplacé cet outil vers des usages politiques et quasi juridiques qui en révèlent les limites. À partir des cas allemand et français, les auteurs interrogent ce que peut - et ne peut pas - une définition face à un phénomène aussi mobile, conflictuel et chargé d’histoire.
Un cadre commun pour un désaccord persistant
D’une manière quelque peu réductrice, l’ambiguïté d’une situation juridique et politique hautement complexe a pu être levée en déclarant : « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard ». Il a en outre été précisé que « [l]es manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte »1. Il convient de noter qu’elle abordait également certaines formes d’antisémitisme liées à Israël à travers des exemples tels que « affirm[er] que l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste », la condamnation du traitement inégalitaire de l’État d’Israël « à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique », et la dénonciation de « [l’]’idée selon laquelle les Juifs seraient collectivement responsables des actions de l’État d’Israël »2. La définition de l’IHRA a très rapidement connu une adhésion extraordinaire : au 1er janvier 2026, un total de 1 334 entités à travers le monde l’avaient adoptée, dont 47 gouvernements nationaux (tous les États européens à l’exception de l’Irlande et de la Norvège) et des institutions internationales telles que la Commission européenne, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe, l’Organisation des États américains et le Parlement latino-américain3.
Cet engouement constitue en soi une réussite remarquable, à laquelle on ne pouvait guère s’attendre au moment de sa conception. La lacune que la définition de l’IHRA tentait de combler était en soi frappante : malgré la Shoah, des décennies de culture mémorielle d’après-guerre et des dispositifs anti-discrimination étendus, l’antisémitisme est longtemps resté dépourvu d’une définition institutionnelle largement applicable. Dans les années 1990 et au début des années 2000, les institutions européennes ont progressivement éprouvé le besoin de se doter d’un cadre commun pour surveiller, enseigner, commémorer et traiter publiquement l’antisémitisme, dans un contexte marqué par les recompositions de l’après-guerre froide et l’intensification des débats autour d’Israël et du Moyen-Orient4. Ce contexte a introduit une tension durable au sein même de la définition : bien qu’initialement destinée à des fins éducatives et de surveillance relativement limitées, la définition de l’IHRA a progressivement été appelée à remplir des fonctions politiques, institutionnelles et normatives bien plus larges. En conséquence, la définition a vu le jour sans avoir pleinement pris en compte bon nombre des tensions qui allaient plus tard l’entourer – tensions qui auraient pu être abordées différemment si son importance politique et juridique future avait été anticipée5. Par ailleurs, compte tenu des caractéristiques distinctives et en constante évolution de l’antisémitisme, la définition de l’IHRA a sans aucun doute permis un travail conceptuel et politique considérable en tentant de formuler un cadre opérationnel capable de traiter des manifestations très diverses d’hostilité envers les Juifs.
Alors que la définition de l’IHRA s’apprête à fêter sa bar-mitsva, le moment est venu de se demander ce qui fait précisément son succès. Mais selon quels critères mesurer le succès de l’une des définitions contemporaines les plus controversées ? Faut-il l’évaluer à l’aune de ses objectifs institutionnels initiaux – la surveillance de l’antisémitisme, la mémoire de la Shoah et l’orientation pédagogique – ou bien considérer que sa diffusion mondiale a profondément transformé sa fonction, au point qu’elle doive désormais être jugée à partir de ses effets politiques, juridiques et culturels plus larges ?
Bien qu’initialement destinée à des fins éducatives et de surveillance relativement limitées, la définition de l’IHRA a progressivement été appelée à remplir des fonctions politiques, institutionnelles et normatives bien plus larges.
Comme nous le verrons plus en détail ci-dessous, la portée de la définition de l’IHRA s’étend désormais bien au-delà du cadre relativement modeste initialement envisagé par ses rédacteurs. Mais cette expansion soulève un problème plus profond : une définition qui se veut non contraignante peut-elle simultanément faire office de norme quasi juridique ? Dans quelle mesure une définition internationale de l’antisémitisme peut-elle fonctionner efficacement dans des contextes nationaux, constitutionnels et politiques radicalement différents ? Et comment un cadre conceptuel unique peut-il arbitrer la relation historiquement et politiquement chargée entre l’antisémitisme, le sionisme et l’État d’Israël sans confondre ces catégories ?
Ces tensions non résolues aident à expliquer pourquoi, parallèlement à l’adhésion internationale croissante à la définition de l’IHRA, des tentatives parallèles de définition de l’antisémitisme ont rapidement émergé. Parmi les plus notables figurent le Document Nexus de 2020 et la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme de 20216, tous deux élaborés en partie pour répondre aux inquiétudes suscitées par la portée, les implications et les usages possibles de la définition de l’IHRA, notamment en raison de ses effets potentiellement dissuasifs sur les discours critiques à l’égard d’Israël, y compris lorsqu’ils émanent de Juifs7.
Après le 7 octobre, les débats sur la « bonne » définition n’ont fait que s’intensifier, dans un contexte de discours et de comportements prétendument antisémites liés à la riposte d’Israël. De nouvelles pressions sont venues s’ajouter, dans les sphères politique, universitaire, juridique et culturelle, afin d’amener chacun à se situer – et à situer autrui – par rapport à la définition de l’IHRA, dans un processus qui implique presque inévitablement une prise de position vis-à-vis de l’État d’Israël. Juifs et non-Juifs paraissent désormais de plus en plus poussés à un moment de clarification quasi obligatoire : pour Israël ou contre lui. Cette quête de dichotomies nettes, de loyautés sans équivoque et de certitudes immédiates tend à caractériser de plus en plus la culture politique contemporaine dans son ensemble. Dans les débats sur les Juifs, l’antisémitisme et Israël, la place de moins en moins accordée à l’ambivalence, à la contradiction et à la nuance peut se révéler particulièrement explosive. Dans ces conditions, même les personnes agissant avec les meilleures intentions peuvent se surprendre à reproduire des formes de pensée simplistes, exclusives ou antisémites.
Le désir d’une définition claire et applicable de l’antisémitisme est donc compréhensible, voire nécessaire, si l’on veut que ce fléau soit rendu visible, enseigné, combattu et traité sur le plan juridique. Pourtant, peu de formes de haine se sont révélées aussi adaptables au fil de l’histoire et aussi instables sur le plan conceptuel que l’antisémitisme. Souvent qualifié de « haine la plus ancienne », il s’est historiquement adapté à des contextes politiques, religieux, raciaux, nationaux et idéologiques radicalement différents. Le risque de s’appuyer de manière trop rigide sur une définition unique n’est donc pas seulement qu’elle puisse réduire la complexité de l’antisémitisme, mais aussi qu’elle puisse rétrécir la diversité, les contradictions, les histoires et les expériences vécues des Juifs à une figure unique et excessivement cohérente.
Après le 7 octobre, les débats sur la « bonne » définition n’ont fait que s’intensifier, dans un contexte de discours et de comportements prétendument antisémites liés à la riposte d’Israël. De nouvelles pressions sont venues amener chacun à se situer – et à situer autrui – par rapport à la définition de l’IHRA, dans un processus qui implique presque inévitablement une prise de position vis-à-vis de l’État d’Israël.
À la lumière du débat polarisé autour de la définition de l’IHRA – en particulier concernant sa précision, son utilité et ses implications politiques –, il est temps d’examiner son impact au cours de sa première décennie d’existence. Cet essai soutient que le succès de la définition de l’IHRA tient moins au fait d’avoir résolu le problème de la définition de l’antisémitisme qu’à celui d’être devenue le cadre le plus largement accepté dans lequel ce problème est débattu publiquement et, de plus en plus, juridiquement. Sa force – à savoir son utilité institutionnelle – constitue aussi la source de nombre de ses faiblesses : son ambiguïté, son extension excessive et la tendance à lui faire supporter davantage qu’une définition opérationnelle ne peut en réalité supporter. Bien que la portée de l’IHRA soit internationale, une attention particulière est accordée à son importance en Allemagne et en France, où la relation entre l’antisémitisme, la mémoire de la Shoah, Israël et la réglementation juridique est devenue particulièrement évidente. En réexaminant les difficultés plus générales liées à la définition de l’antisémitisme et en retraçant la trajectoire politique et juridique de la définition de l’IHRA, le présent essai examine certaines des tensions qui l’ont accompagnée au cours de sa première décennie.
Définir l’indéfinissable ?
Toute tentative de définition de l’antisémitisme implique également de définir « le Juif » comme la principale victime des actes antisémites. La manière de définir « le Juif » est en soi une question séculaire, non résolue et souvent dangereuse, à laquelle on trouve des réponses contradictoires d’ordre religieux, racial, culturel, national et politique, émanant tant de l’intérieur que de l’extérieur des communautés juives. Tout effort visant à définir l’antisémitisme se heurte à un défi démocratique majeur : comment reconnaître la différence juive sans compromettre la promesse d’une protection égale.
Bien que formellement non contraignantes, les définitions sont souvent censées produire des jugements binaires : antisémite ou non, acceptable ou inacceptable, légal ou illégal – même si l’antisémitisme ne s’inscrit pas toujours clairement dans des catégories figées8. L’antisémitisme partage donc des caractéristiques importantes avec le racisme, le sexisme, la xénophobie et d’autres préjugés conduisant à la discrimination. À l’instar de ces derniers, il construit un « autre » identifiable à travers des récits binaires de différence, de danger et d’indésirabilité pouvant justifier l’exclusion, la marginalisation ou la violence. Ces dichotomies sont en réalité fragiles, dans la mesure où elles s’appuient sur la construction de lignes de partage entre des individus dits « normaux » et d’autres, assignés à la différence.
Parallèlement, l’antisémitisme a historiquement développé des formes conspirationnistes particulièrement tenaces, dépeignant fréquemment les Juifs non seulement comme inférieurs ou exclus, mais aussi comme menaçants, manipulateurs, connectés à l’échelle mondiale ou secrètement puissants. Les imaginaires antisémites ont donc souvent placé les Juifs non seulement en marge de la société, mais aussi, paradoxalement, derrière les structures du pouvoir politique, financier, culturel ou mondial. Aujourd’hui, l’antisémitisme peut également servir de passerelle vers des visions du monde complotistes plus larges, ainsi que de « ciment » idéologique entre des formes d’hostilité par ailleurs disparates9. Cette dimension complotiste adaptative – plutôt que toute prétention à une singularité absolue – a souvent compliqué la comparaison directe avec d’autres formes de discrimination.
Elle aide également à expliquer pourquoi l’antisémitisme tend historiquement vers des fantasmes de totalisation et d’élimination. Si les Juifs sont imaginés non seulement comme inférieurs, mais comme la source cachée du pouvoir et de la corruption elle-même, la logique antisémite peut évoluer vers la conviction que la société ne saurait être rachetée qu’en éliminant complètement l’influence juive. L’antisémitisme dépasse donc les dynamiques ordinaires entre minorités et majorités, car il construit « le Juif » non pas simplement comme une autre minorité vulnérable, mais comme une menace métaphysique, politique et conspirationniste pour l’ordre social lui-même.
Cette structure trouve en partie ses racines les plus profondes dans les relations historiques entre le christianisme et le judaïsme. Le judaïsme devait rester suffisamment visible pour authentifier les origines mêmes du christianisme, tout en étant simultanément supplanté afin que le christianisme puisse s’imposer comme la vérité accomplie et universelle. Les Juifs se sont donc retrouvés dans un rôle paradoxal : fondamentaux, mais obsolètes ; nécessaires, mais menaçants. Ces dynamiques se sont ensuite entremêlées avec le sionisme, la création d’Israël et la centralité géopolitique et religieuse du Moyen-Orient lui-même.
La tentative des Juifs de devenir « une nation parmi les nations », dotée de souveraineté et d’un territoire – en particulier en Terre sainte, si centrale également dans l’imaginaire religieux chrétien et musulman – a souvent été considérée comme particulièrement suspecte. Le Vatican, par exemple, n’a établi de relations diplomatiques pleines et entières avec Israël qu’en 1993 – signe de la difficulté qu’opposait la restauration d’une souveraineté juive à certaines constructions anciennes de la théologie chrétienne, selon lesquelles le judaïsme était appelé à subsister comme précurseur et témoin, mais non comme présence souveraine réinscrite dans l’histoire et l’espace sacrés. De plus, la géopolitique moderne du Moyen-Orient a de plus en plus associé le conflit israélo-arabe à des tensions religieuses, postcoloniales, nationalistes et politiques mondiales plus larges. Dans ce contexte, l’antisémitisme islamiste moderne a intégré des motifs religieux anti-juifs hérités ainsi que des récits antisémites conspirationnistes européens – y compris ceux façonnés par le nazisme – qui se sont répandus à l’échelle mondiale au cours des XIXe et XXe siècles10. Les conséquences du 7 octobre ont en outre révélé à quel point ces récits circulent profondément à travers les espaces politiques, religieux et numériques transnationaux. Dans le discours politique contemporain, Israël peut donc fonctionner comme un substitut symbolique du « Juif » dans des imaginaires et des discours antisémites plus larges.
Bien que formellement non contraignantes, les définitions sont souvent censées produire des jugements binaires : antisémite ou non, acceptable ou inacceptable, légal ou illégal – même si l’antisémitisme ne s’inscrit pas toujours clairement dans des catégories figées.
Cela ne signifie pas que le nationalisme, y compris le nationalisme juif, soit ou doive être à l’abri de toute critique. Pourtant, l’intensité symbolique et l’exceptionnalisme spécifiquement attachés à la souveraineté juive dépassent souvent les schémas habituels à travers lesquels le nationalisme est critiqué et contesté ailleurs. L’antisémitisme ayant émergé dans des contextes historiques, religieux, raciaux, politiques et géopolitiques radicalement différents, il s’est avéré extrêmement difficile d’en élaborer une définition opérationnelle stable. C’est précisément cette complexité qui a renforcé la demande institutionnelle d’un cadre opérationnel viable permettant d’identifier, de surveiller, d’enseigner et d’aborder publiquement l’antisémitisme dans des contextes politiques et juridiques en rapide évolution. Et c’est de ce terrain instable qu’a finalement émergé la définition de travail de l’antisémitisme de l’IHRA. En conséquence, la définition de l’IHRA est apparue moins comme une résolution de ces tensions que comme une tentative d’en organiser la gestion au niveau institutionnel.
Une origine controversée
La définition de l’antisémitisme de l’IHRA a vu le jour à la fin des années 1990 en Suède, un pays souvent décrit comme présentant à la fois des niveaux relativement faibles d’attitudes antisémites traditionnelles et une critique institutionnelle et publique d’Israël exceptionnellement vive. Le Premier ministre suédois de l’époque, Göran Persson, cherchait à combler les lacunes généralisées dans la connaissance de la Shoah, en particulier chez les jeunes générations11. Il convoqua une assemblée hétérogène d’acteurs institutionnels et d’intellectuels, à l’origine de la définition ultérieure de l’IHRA, composée de spécialistes de la Shoah, des organisations communautaires juives, des organismes de surveillance européens, des diplomates, des éducateurs et des experts en antisémitisme, lesquels abordèrent la question sous différents angles12. Les initiatives qui en découlèrent, notamment le Forum international de Stockholm de 2000 et la Déclaration de Stockholm dont ce dernier accoucha, érigèrent la mémoire de la Shoah en obligation civique et pédagogique13.
Cette initiative doit également être replacée dans le contexte européen plus large de l’après-guerre froide, où de nombreux pays d’Europe centrale et orientale entreprenaient – de manière souvent inégale – d’affronter leur propre histoire d’antisémitisme et de compromissions. À ce stade, il s’agissait moins de définir l’antisémitisme ou « le Juif » en tant que tel que de redéfinir l’identité européenne à travers un engagement plus fort en faveur de la conscience historique, de la résilience démocratique et de la vigilance. Il convient donc de noter que la mémoire de l’antisémitisme et de la Shoah fonctionnait moins comme un engagement direct en faveur de la protection des Juifs que comme un récit constitutif à travers lequel l’Europe définissait les limites normatives de sa conception d’elle-même après la guerre : libérale, démocratique, tolérante et ostensiblement émancipée de son passé génocidaire14. La lutte contre l’antisémitisme a donc continué d’être étroitement liée à la construction de la légitimité européenne elle-même. Reste toutefois largement ouverte – et bien moins tranchée – la question de savoir si cet accent institutionnel, juridique et pédagogique a réellement renforcé la sécurité des Juifs.
La mémoire de l’antisémitisme et de la Shoah fonctionnait moins comme un engagement direct en faveur de la protection des Juifs que comme un récit constitutif à travers lequel l’Europe définissait les limites normatives de sa conception d’elle-même après la guerre : libérale, démocratique, tolérante et ostensiblement émancipée de son passé génocidaire.
De nouveaux défis sont rapidement apparus, au premier rang desquels la difficulté de saisir et de traiter des formes d’hostilité de plus en plus véhiculées à travers le discours sur Israël. La question a acquis une dimension internationale après l’adoption de la résolution 3379 de l’Assemblée générale des Nations Unies de 1975, laquelle déclare que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale », une initiative qui a ancré les débats sur le sionisme et l’antisémitisme au cœur du discours politique international. Bien que la résolution ait été abrogée en 1991, des tensions analogues ont refait surface lors de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban en 2001, que de nombreuses organisations et observateurs juifs ont perçue comme un tournant dans la mondialisation du discours antisioniste et antisémite.
Au moment de l’adoption officielle de la définition de l’IHRA en 2016, le paysage politique avait radicalement changé. Les répercussions de la deuxième Intifada, la mondialisation des débats autour d’Israël et du sionisme, la montée du nationalisme populiste dans une grande partie du monde, les flux migratoires massifs en provenance du Moyen-Orient et la polarisation croissante de la politique mondiale ont tous contribué à conférer à cette définition une importance géopolitique bien plus grande que ne l’avaient prévu ses auteurs initiaux. L’antisémitisme, longtemps étroitement associé à la mémoire européenne et à la question de la sécurité des Juifs, s’est désormais trouvé reconfiguré par son articulation à de nouveaux enjeux, tels que les dynamiques migratoires, les politiques identitaires, l’islamisme, les nationalismes contemporains et les conflits liés à Israël et à la Palestine. C’est à l’intersection de ces différents cadres que la définition de l’IHRA a pris forme. À bien des égards, la définition de l’IHRA – qu’on la considère pertinente ou problématique – fonctionne comme un dispositif d’adaptation visant à préserver sa pertinence et, dans une perspective plus large, la viabilité du cadre politique et institutionnel dans lequel elle s’inscrit. Ce qui avait initialement pris la forme d’une initiative centrée sur l’enseignement de la Shoah, la résilience démocratique, la mémoire historique et la vigilance s’est progressivement mué en un cadre politique et quasi juridique d’influence mondiale.
Sa longévité institutionnelle a également son importance. La définition de l’IHRA existait déjà lorsque la demande d’une définition applicable s’est accrue : relativement simple, opérationnelle, officiellement non contraignante sur le plan juridique, et soutenue par les États et les institutions publiques. C’est précisément parce qu’elle apparaissait comme un instrument opératoire plutôt que comme une contrainte qu’elle a pu traverser des bouleversements politiques et géopolitiques successifs, sans pour autant résoudre les difficultés fondamentales inhérentes à la définition de l’antisémitisme. C’est aussi cette instabilité élargie – et les enjeux singuliers qu’elle pose sur le plan du droit – qui doivent être pris en considération.
De la définition de travail à la norme mondiale
Sur le plan politique et institutionnel, la définition de l’IHRA a connu un succès extraordinaire, bénéficiant d’un large soutien de la part de nombre de gouvernements, d’institutions internationales, d’universités et d’ONG du monde entier. Sur le plan politique, la définition a acquis une remarquable visibilité et une légitimité institutionnelle, devenant un point de référence central dans les débats publics sur l’antisémitisme. En Allemagne, elle s’est également manifestée à travers la doctrine politique dite de la Staatsräson – enracinée dans la diplomatie de la guerre froide et élevée au rang de principe symbolique dans le discours prononcé par Angela Merkel à la Knesset en 2008 –, laquelle exprime l’engagement de l’État envers Israël sans pour autant reposer sur un fondement constitutionnel formel15. Le langage de l’IHRA a également fortement influencé la résolution anti-BDS adoptée par le Bundestag en 2019, dans laquelle ce parlement a appelé les institutions publiques à ne pas financer les organisations ou les artistes affiliés au mouvement BDS ou niant le droit d’Israël à l’existence, et à ne pas mettre à leur disposition des espaces publics16. Malgré ce succès en termes de visibilité, l’impact concret de l’adhésion à la définition de l’IHRA reste toutefois relativement limité. Pour nombre de ses partisans, l’adhésion à l’IHRA en est venue à signifier non seulement une opposition à l’antisémitisme, mais aussi un soutien à Israël lui-même. Pour le meilleur ou pour le pire, cette attitude renforce le lien perçu comme indissociable entre l’antisémitisme et la création et la pérennité d’Israël, en tant que réponse au problème historiquement non résolu de l’antisémitisme auquel est confrontée la diaspora.
L’émergence de définitions alternatives telles que la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme (JDA), formulée explicitement en opposition à la définition de l’IHRA sans pour autant lui être nécessairement supérieure sur le plan conceptuel ou méthodologique, a encore compliqué la situation en exacerbant les divergences quant à la manière dont l’antisémitisme doit être défini et compris. Le problème n’est pas que l’IHRA fasse l’objet d’un débat ou qu’il existe d’autres formulations. La préoccupation réside plutôt dans le fait que la JDA ne fournit pas un cadre suffisamment clair ou exploitable pour traiter l’antisémitisme lié à Israël17. L’ampleur de la rivalité entre l’IHRA et la JDA, devenue davantage idéologique qu’académique, a été illustrée par la décision – prise en 2025 par le Parti de gauche allemand – d’adopter la JDA tout en rejetant la définition de l’IHRA. Cette décision est intervenue dans un contexte plus large, caractérisé par des accusations répétées d’antisémitisme au sein du parti et de son organisation de jeunesse, ce qui a alimenté des tensions internes et conduit à la sortie de plusieurs de ses critiques les plus déterminés de l’antisémitisme.
L’une des principales réussites de l’IHRA réside peut-être précisément dans la visibilité qu’elle a conférée à l’antisémitisme et aux préoccupations juives dans le discours public.
Un débat et une critique soutenus de la définition de l’IHRA restent néanmoins essentiels. Ils contribuent à maintenir l’antisémitisme au centre de l’attention publique et académique, tout en obligeant ses partisans à se pencher de manière critique tant sur ses faiblesses potentielles que sur la nécessité de traiter plus adéquatement les manifestations contemporaines de l’antisémitisme. Un tel débat pourrait en fin de compte contribuer à l’élaboration d’un cadre plus cohérent et plus résilient. Dans le même temps, le débat sur la « bonne » définition risque d’alimenter la confusion et l’incertitude, en particulier chez ceux qui ne sont pas familiers du cadre discursif dans lequel elle s’inscrit. Il pourrait même renforcer l’impression que l’antisémitisme est trop complexe pour être enfermé dans une quelconque définition, ce qui nous ramènerait au point de départ même des efforts déployés. Il est toutefois tout aussi problématique que des institutions adoptent la définition de l’IHRA sans réserve, la traitant comme la seule et quasi immuable définition de l’antisémitisme. Un véritable débat critique devient difficile lorsque l’adhésion à l’IHRA par des institutions ou des individus en vient à signifier bien plus que ce que la définition elle-même était initialement censée recouvrir.
Néanmoins, l’une des principales réussites de l’IHRA réside peut-être précisément dans la visibilité qu’elle a conférée à l’antisémitisme et aux préoccupations juives dans le discours public. Aujourd’hui, presque chaque fois qu’il s’agit de déterminer si une déclaration ou une action relève de l’antisémitisme, la définition de l’IHRA est invoquée par au moins l’une des parties au débat. Que cette invocation s’avère réellement convaincante ou opérante constitue toutefois une autre question. Pourtant, l’existence même de cette définition alimente le débat et favorise une prise de conscience, notamment quant aux formes d’antisémitisme en mutation et moins conventionnelles, telles que l’antisionisme et certaines formes d’hostilité envers Israël.
De la reconnaissance politique à l’égalité juridique ?
Le statut de la définition de l’IHRA s’inscrit dans une ambivalence chronique, à la lisière du champ politique et de la sphère juridique : invoquée comme déclaration symbolique de solidarité, utilisée comme cadre pour les politiques publiques, et de plus en plus souvent citée dans le discours juridique et le raisonnement judiciaire.
Ce passage de l’adhésion politique à l’intégration juridique ne s’opère ni de manière linéaire ni sans contestation. Pour ses partisans, la montée en pertinence juridique de la définition de l’IHRA constitue une réponse nécessaire à l’antisémitisme contemporain, notamment dans ses expressions liées à Israël. Ses détracteurs, à l’inverse, mettent en garde contre les risques de tensions avec des droits fondamentaux, au premier rang desquels la liberté d’expression, qu’impliquerait la transposition dans le droit d’une définition issue du champ politique. Plus généralement, qu’attend-on exactement de la définition dans la pratique judiciaire ? À l’aune de quelle norme pourrait-on affirmer qu’elle a réussi d’un point de vue juridique ?
La portée pratique de ces tensions apparaît plus clairement non pas au niveau de l’adhésion internationale, mais dans les cadres juridiques nationaux. Les cas de l’Allemagne et de la France sont particulièrement instructifs à cet égard, non pas parce qu’ils reflètent l’ensemble de la situation en Europe, mais parce qu’ils révèlent deux manières distinctes dont l’autorité politique de la définition de l’IHRA se heurte aux contraintes de la doctrine juridique, des principes constitutionnels et de la législation antidiscriminatoire en vigueur. En Allemagne, le Bundestag a recommandé aux tribunaux et aux pouvoirs publics de prendre en compte la définition de l’IHRA, tandis que plusieurs Länder la considèrent de plus en plus comme une référence faisant autorité en matière de politique publique et de réglementation18. Elle exerce principalement son influence juridique à travers des catégories ouvertes du droit de l’antisémitisme, dont la mise en œuvre repose sur une interprétation au cas par cas des juges. Les tribunaux allemands sont généralement à l’aise lorsqu’il s’agit de traiter l’antisémitisme « classique », tel que la négation de la Shoah ou la propagande nazie19, mais restent plus prudents face à l’antisémitisme lié à Israël, se référant souvent à la définition de l’IHRA sans qualifier explicitement un comportement d’antisémite20.
Cette tension est illustrée par la récente affaire Shapira, concernant l’agression violente et les graves lésions corporelles infligées à un étudiant israélien par un condisciple palestinien à Berlin lors des premières manifestations qui ont suivi le 7 octobre. Alors que le tribunal de première instance a reconnu l’existence d’un motif antisémite, la Cour d’appel a rejeté cette conclusion après avoir longuement débattu de la question. Felix Klein, le commissaire allemand chargé de la lutte contre l’antisémitisme, s’est toutefois félicité de ce jugement, en soulignant que l’antisémitisme avait au moins fait l’objet d’un examen judiciaire. La mère de la victime, quant à elle, a publiquement exprimé son désaccord, insistant sur le fait que cette simple prise en compte était insuffisante en l’absence d’une reconnaissance juridique formelle du motif antisémite. Cette situation met au jour un contraste saisissant : si la réalité de l’antisémitisme fait l’objet d’un consensus dans l’espace public, l’effectivité d’une protection juridique équivalente s’avère, elle, beaucoup plus aléatoire. Les décisions qui évitent de mentionner explicitement l’antisémitisme sont particulièrement frustrantes, car, depuis la réforme de 2021 des dispositions du Code pénal allemand relatives à la détermination de la peine – dont l’exposé des motifs fait explicitement référence à la définition de l’IHRA21 –, l’antisémitisme est expressément reconnu et répertorié comme une circonstance aggravante.
Le droit pénal français, en revanche, reconnaissait déjà expressément les motifs antisémites comme circonstances aggravantes en vertu du Code pénal, avant même l’adhésion politique du Parlement français à la définition de l’IHRA en 2019. Les tribunaux français ont donc pu reconnaître les motifs antisémites sans s’appuyer formellement sur la définition de l’IHRA elle-même.
Dans le jugement de 2021 concernant le meurtre de Mireille Knoll, rescapée de la Shoah, la Cour d’assises de Paris a reconnu le motif antisémite du crime en utilisant les catégories de droit pénal conventionnelles déjà inscrites dans le Code pénal, sans invoquer expressément la définition de l’IHRA.
C’est précisément parce que la législation française dispose déjà de mécanismes bien établis pour traiter les motivations antisémites que les récentes tentatives visant à intégrer plus directement la logique de l’IHRA dans le droit pénal ont mis en évidence les tensions liées à une telle intégration, notamment à travers le projet de loi controversé de 2026 dit « loi Yadan ». Ce projet de loi entendait renforcer le droit pénal face aux « nouvelles formes d’antisémitisme » en intégrant, de manière indirecte, des éléments associés à la définition de l’IHRA – notamment en matière de discours antisionistes et relatifs à Israël –, mais il a finalement été retiré à la suite de critiques soutenues, lesquelles soulignaient le risque de criminaliser l’expression légitime de positions politiques concernant Israël et la Palestine.
La définition de l’IHRA se trouve aujourd’hui prise dans un faisceau d’attentes contradictoires : jugée par certains trop rigide et politiquement contraignante, elle est perçue par d’autres comme juridiquement insuffisante, voire purement symbolique.
Ces exemples montrent que les tensions plus générales entourant la définition de l’IHRA se reflètent également au sein du système judiciaire et démontrent précisément pourquoi une mise en œuvre juridique cohérente, au-delà d’une simple reconnaissance symbolique, revêt une importance capitale. Loin de constituer une solution juridique exhaustive, elle continue de poser des difficultés d’application aux tribunaux face à des formes d’antisémitisme plus récentes et plus complexes. La structure binaire du système juridique – opposant en définitive le licite à l’illicite – peine à rendre compte du fait que l’antisémitisme peut produire des effets discriminatoires et préjudiciables significatifs sans pour autant relever du pénal. De surcroît, la fonction juridique de la définition de l’IHRA est largement rétrospective : elle tend à organiser la qualification et l’imputation de l’antisémitisme a posteriori, une fois les faits survenus, plutôt qu’à orienter les conduites en amont. Les individus s’abstiennent rarement d’adopter un comportement donné en raison de la crainte consciente qu’il puisse ultérieurement être qualifié d’antisémite au regard de cet instrument.
Les expériences de l’Allemagne et de la France illustrent les tensions plus générales inhérentes à la transformation d’une définition politiquement influente et chargée de symbolisme en un instrument juridique applicable. La visibilité, la légitimité et l’autorité symbolique acquises par la définition de l’IHRA sur le plan politique ne se traduisent pas nécessairement par une protection juridique équivalente pour les Juifs. Les tribunaux continuent de se heurter à des difficultés, en particulier face aux formes d’antisémitisme plus récentes liées à Israël. Plutôt qu’un carcan doctrinal figé, la définition de l’IHRA s’impose ainsi comme un point d’ancrage dans la lutte permanente – tant sur le plan politique que juridique – visant à définir, reconnaître et sanctionner l’antisémitisme dans les sociétés démocratiques.
En bref, plutôt que d’appliquer la définition de manière mécanique, les tribunaux devraient rechercher sérieusement et avec soin les éventuels motifs antisémites. Dans ce contexte, la définition de l’IHRA peut servir de point de repère dans le raisonnement juridique sans qu’il soit nécessaire de procéder à des classifications schématiques ou prématurées. Simultanément, il apparaît nécessaire de renforcer la formation et la sensibilisation des juges et des procureurs, notamment en ce qui concerne les formes contemporaines de l’antisémitisme, y compris celles qui sont codées, indirectes ou liées à Israël. Pourtant, c’est précisément du fait de cette évolution que la définition de l’IHRA se trouve aujourd’hui prise dans un faisceau d’attentes contradictoires : jugée par certains trop rigide et politiquement contraignante, elle est perçue par d’autres comme juridiquement insuffisante, voire purement symbolique.
Dix ans plus tard, la définition de l’IHRA a surtout réussi à s’imposer comme un repère politique et institutionnel commun. Sa valeur réside dans le fait qu’elle aide les pouvoirs publics, les tribunaux et les universités à reconnaître des formes d’antisémitisme qui, sans elle, pourraient passer inaperçues. Elle ne constitue toutefois pas une norme juridique d’application automatique et ne saurait être chargée de résoudre des questions qui excèdent sa portée. Utilisée à bon escient, elle éclaire ; utilisée de manière impropre, elle remplace le raisonnement juridique et l’appréciation politique. Conçue au départ comme un outil de dépistage de l’antisémitisme, elle s’est progressivement imposée comme un marqueur politique, symbolique et juridique, renvoyant à des enjeux plus larges relatifs à Israël, à la mémoire de la Shoah et à l’identité démocratique. Dans un contexte où les alignements politiques tendent à se durcir, l’adhésion ou le rejet de la définition de l’IHRA a souvent moins pour fonction d’exprimer un désaccord quant à la méthodologie de cette définition qu’une prise de position politique plus large à l’égard d’Israël lui-même. Et pourtant, parmi toutes les définitions disponibles, celle de l’IHRA reste aujourd’hui le cadre le plus étayé et le plus cohérent pour saisir l’éventail le plus large possible des formes sous lesquelles l’antisémitisme peut se manifester. Il va de soi que l’existence de cette définition ne dispense en rien de l’exigence d’un questionnement constant, d’un suivi analytique et d’un regard critique soutenu. Dans le même temps, il est important de rester conscient des limites inhérentes à cet instrument en tant que cadre non juridiquement contraignant, lesquelles restreignent son applicabilité directe dans des contextes juridiques formels et imposent une interprétation prudente dans la pratique.
- Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), Définition de travail de l’antisémitisme (adoptée le 26 mai 2016), https://holocaustremembrance.com/resources/definition-operationnelle-de-antisemitisme ↩︎
- Ibidem. ↩︎
- Pour des exemples soulignant sa diffusion à grande échelle et sa pertinence politique, voir Porat et al. (2021), qui décrivent la définition de l’IHRA comme le « document principal » utilisé à l’échelle internationale ; Anti-Defamation League (ADL), About the IHRA Working Definition ; et des rapports faisant état de son adoption par plus de 40 États et 1 000 institutions à travers le monde. ↩︎
- Dès le lendemain de la réunification allemande, des chercheurs ont mis en garde contre la résurgence de l’antisémitisme, du nationalisme et de la violence raciale en Europe. Voir Yehuda Bauer et Wolfgang Benz, dir., The Danger of Antisemitism in Central and Eastern Europe in the Wake of 1989–1990 (Jérusalem : Centre international Vidal Sassoon pour l’étude de l’antisémitisme, Université hébraïque de Jérusalem, 1991). Concernant la redécouverte plus générale du nationalisme et des angoisses raciales dans l’Allemagne réunifiée au cours des années 1990, voir également les études rassemblées dans Philipp Ther et John Torpey, dir., Beyond the Nation ? The Relational Basis of a Comparative History of Germany and Europe (New York : Berghahn, 2001). ↩︎
- Voir Rebecca Ruth Gould, “Legal Form and Legal Legitimacy: The IHRA Definition of Antisemitism as a Case Study” in Censored Speech, Law, Culture and the Humanities (2018) ; Kenneth S. Stern, The Conflict over the Conflict (2018) ; et les discussions sur l’adoption par les institutions et ses effets sur les milieux universitaires et culturels dans Commission européenne, Handbook for the Practical Use of the IHRA Working Definition of Antisemitism (2021). ↩︎
- Voir la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme (2021) ; le Document Nexus (2021) ; Brian Klug, “Interrogating ‘New Antisemitism’ “, in Ethnic and Racial Studies (2003) ; Kenneth S. Stern, The Conflict over the Conflict (2018). ↩︎
- Voir Rebecca Ruth Gould, “Legal Form and Legal Legitimacy: The IHRA Definition of Antisemitism as a Case Study in Censored Speech”, in Law, Culture and the Humanities (2018) ; Kenneth S. Stern, The Conflict over the Conflict (2018) ; et les discussions sur l’adoption institutionnelle et ses effets sur les milieux universitaires et culturels dans Commission européenne, Handbook for the Practical Use of the IHRA Working Definition of Antisemitism (2021), op. cit. ↩︎
- Pour en savoir plus, voir Nina Keller-Kemmerer et Christoph Schuch, “Antisemitismus als justizielle Herausforderung”, in Bundeszentrale für politische Bildung, 2 octobre 2024, https://www.bpb.de/themen/antisemitismus/dossier-antisemitismus/552691/antisemitismus-als-justizielle-herausforderung. ↩︎
- Voir Jeffrey Kopstein, Dana Weinberg et Daniel Schugurensky, The Gateway and the Glue: Conspiracy, Antisemitism, and Hate among University Students. ↩︎
- Pour un ouvrage soulignant le rôle de la propagande et de l’idéologie nazies européennes dans la formation de l’antisémitisme islamiste moderne, voir Matthias Küntzel, Nazis, Islamic Antisemitism and the Middle East : The 1948 Arab War against Israel and the Aftershocks of World War II (Londres : Routledge, 2024). ↩︎
- Voir Paul A. Levine, From Indifference to Activism: Swedish Diplomacy and the Holocaust (Uppsala : Uppsala University, 2003), évoquant les préoccupations du gouvernement suédois dans les années 1990 concernant la connaissance limitée de l’Holocauste par le grand public ; voir également l’initiative « Histoire vivante » (Levande historia) lancée en juin 1997 par le même Göran Persson pour combler ces lacunes. ↩︎
- Parmi les personnalités et les institutions les plus étroitement associées à la rédaction initiale et à la diffusion de ce qui allait devenir la définition de travail de l’IHRA figuraient Kenneth S. Stern, de l’American Jewish Committee (AJC), qui coordonna une grande partie du processus de rédaction ; Dina Porat, de l’Institut Stephen Roth de l’Université de Tel-Aviv ; Yehuda Bauer ; Michael Whine, du Community Security Trust (CST) ; Andrew Baker de l’AJC ; Beate Winkler, alors directrice de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) ; et des experts liés aux initiatives de surveillance de l’OSCE/BIDDH. Kenneth S. Stern, The Conflict over the Conflict (Lincoln : University of Nebraska Press, 2020) ; Dina Porat, “The Road to the Working Definition of Antisemitism”, in Antisemitism Before and Since the Holocaust (Boston : Academic Studies Press, 2019) ; Jean-Yves Camus, “The European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia and Antisemitism”, in Les Cahiers de la Shoah 8 (2005). ↩︎
- Forum international de Stockholm sur l’Holocauste, Déclaration de Stockholm (2000) ; voir également l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), documents de référence sur le Forum et l’accent mis sur l’éducation, la mémoire et la responsabilité civique concernant l’Holocauste. ↩︎
- Daniel Levy et Natan Sznaider, The Holocaust and Memory in the Global Age (Philadelphie : Temple University Press, 2006) ; Tony Judt, Postwar: A History of Europe Since 1945 (New York : Penguin, 2005) ; Claus Leggewie, “The Holocaust and the Europeanization of Memory”, in New German Critique 90 (2003), p. 87 à 96. ↩︎
- Angela Merkel, Discours devant la Knesset à Jérusalem (Berlin : Bundespresseamt, 18 mars 2008). ↩︎
- Bundestag allemand, Drucksache 19/10191. ↩︎
- Pour une analyse critique de la JDA, voir Tanja Kinzel et Daniel Poensgen, Zur Jerusalem Declaration on Antisemitism (JDA) : Eine Kritische Analyse. ↩︎
- BT-Drs. 20/14703, p. 5 et 6 ; BT-Drs. 20/13627 p. 3. ↩︎
- Doris Liebscher/Kristin Pietrzyk/Sergey Lagodinsky/Benjamin Steinitz, “Antisemitismus im Spiegel des Rechts“, in NJOZ 2020, p. 897 à 902 ; tribunal régional de Ratisbonne, jugement définitif du 17 juillet 2018 – 62 O 1925/17, paragraphes 52 et suivants. ↩︎
- Par exemple : tribunal administratif supérieur de Munich, décision du 13 février 2026 – 4 CS 26 288 ; paragraphes 29 et suivants. ↩︎
- BT-Drs. 19/16399, p. 11. ↩︎