Ce que la troisième génération peut écrire
Podcast : Entretien avec Benjamin Fogel
Avec 'Les Évadés du convoi 53', Benjamin Fogel revient sur l’histoire de son grand-père et de son grand-oncle, déportés en 1943 vers Sobibor et qui parvinrent, avec onze autres hommes, à s’évader du train qui les y conduisait. Au micro de Ruth Zylberman, il évoque cette histoire longtemps tenue à distance, les choix d’écriture qu’elle impose et la manière dont la troisième génération peut aujourd’hui faire œuvre de littérature à partir de la Shoah.
Les Évadés du convoi 53, paru aux Éditions Gallimard,n’est pas la première oeuvre littéraire de Benjamin Fogel qui s’est fait connaître comme l’auteur d’une passionnante trilogie d’anticipation, La transparence selon Irina, Le silence selon Manon, L’Absence selon Camille (publiée aux Éditions Rivages).
À rebours de tant d’entreprises de récits familiaux de déportation, plus opportunistes ou littérairement peu convaincantes, Benjamin Fogel s’était fait la promesse de ne pas raconter le destin de son grand-père. Une promesse finalement trahie par fidélité et qui nous vaut cet excellent roman, tranchant par sa force, sa droiture exempte de tout pathos, sa sécheresse lucide mêlée à une intime compréhension des personnages qu’il décrit. Autant de qualités qui ont peut-être précisément à voir avec la réticence initiale de Benjamin Fogel à écrire l’histoire de Paul et Robert Fogel, le grand-père et le grand-oncle de l’auteur, jeunes juifs parisiens arrêtés avec leur famille en 1943 et déportés par le convoi 53 pour Sobibor. Paul, Robert et onze autres hommes s’échappèrent de ce convoi en sciant le plancher d’un wagon. Tous furent finalement repris après une errance quasi irréelle en Allemagne. Trois d’entre eux survécurent à la guerre, parmi lesquels Paul Fogel.
Avec une grande dextérité narrative, Benjamin Fogel parvient à dresser le portrait collectif de ces hommes et à retrouver dans cette unique et exceptionnelle évasion, la matière plus quotidienne de vies ordinaires plongées dans la radicalité de la violence et des choix, des instincts mis en œuvre pour tenter d’y survivre.
Dans ce podcast, il revient avec Ruth Zylberman sur ce roman qui interroge aussi naturellement les possibles littéraires d’une représentation de la Shoah par la « troisième génération » des descendants, et qui scrute les possibles d’une écriture à la fois scrupuleuse et romanesque dans un monde où les témoins directs ont désormais presque tous disparu.