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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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# 276 / Edito : numéro spécial Marc Bloch

Le 23 juin prochain, dans deux jours, Marc Bloch entrera au Panthéon. L’hommage national paraît évident : l’historien des Annales, le combattant de 14-18 et de 1939-1940, le résistant assassiné par les nazis, le patriote républicain. Mais cette évidence mérite d’être interrogée. Quel Bloch la République s’apprête-t-elle à honorer ? Un héros consensuel, réduit à quelques formules disponibles pour tous les usages ? Ou un savant qui n’a cessé de combattre les faux-semblants, les paresses intellectuelles, les mythologies nationales et les effondrements moraux de son temps ? Tout au long de ce mois de juin, K. a publié des textes qui ont éclairé la question.

Pour clore ce dossier, nous publions aujourd’hui un essai inédit d’Annette Becker. L’historienne déploie une ample enquête sur la trajectoire de Bloch, depuis l’Alsace familiale, l’Affaire Dreyfus et la Grande Guerre jusqu’à Vichy, la spoliation et la Résistance. Elle y restitue la complexité d’un homme qui se voulut pleinement français, sans jamais effacer ce que sa naissance juive signifiait, surtout lorsque l’antisémitisme d’État vint le retrancher de la nation.

Dans « Marc Bloch, contre les faux-semblants », Jean-Frédéric Schaub relisait L’Étrange Défaite non seulement comme le témoignage d’un vaincu de 1940, mais comme une méthode critique toujours disponible : une ressource pour comprendre les mécanismes par lesquels une société, ses élites, son armée, son administration et ses catégories de pensée peuvent organiser leur propre aveuglement jusqu’à la catastrophe. Dans « Le ‘je suis juif’ de Marc Bloch », Judith Lyon-Caen replaçait la célèbre affirmation dans la violence précise de l’été 1940, au moment où l’égalité républicaine se défait sous l’assignation antisémite.

Ces trois textes réunis par K. refusent l’embaumement commémoratif. Une même conviction les traverse : honorer Marc Bloch ne consiste pas à laisser le Panthéon neutraliser ce qu’il a encore à nous dire, mais à le lire comme une œuvre vive, une pensée en acte encore capable d’armer notre regard contre les lâchetés collectives, les dérives et les crimes que les sociétés peuvent couver.