La « question juive » de l’Espagne
Les positions anti-israéliennes de Sánchez s’inscrivent dans la longue histoire espagnole
Depuis le 7 octobre, Pedro Sánchez a fait de l’affrontement avec Israël l’un des marqueurs de sa politique étrangère. Mais, selon Alan Grabinsky, cette posture ne s’explique pas seulement par l’opportunisme électoral ni par les réflexes habituels d'une certaine gauche européenne. Elle plonge dans une histoire espagnole plus profonde : l’expulsion des Juifs, l’Inquisition, le franquisme, l’anti-américanisme, la mémoire coloniale et les mythes persistants autour du pouvoir juif. L’Espagne, suggère-t-il, continue de projeter sur Israël une part non résolue de sa propre histoire.
Un calcul électoraliste
Le 10 mars 2026, le Conseil des ministres espagnol a officiellement mis fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël, Ana María Salomón Pérez, entérinant une rupture diplomatique qui couvait depuis des mois. Pérez avait d’abord été rappelée le 9 septembre 2025, quelques heures après que le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar eut accusé le gouvernement Sánchez d’antisémitisme; elle n’a finalement jamais regagné son poste. Ce rappel définitif constitue l’aboutissement d’une dégradation progressive depuis le 7 octobre 2023, au cours de laquelle Sánchez a reconnu l’État palestinien, imposé un embargo militaire et interdit aux navires transportant des armes à destination d’Israël d’accoster dans les ports espagnols. L’élément déclencheur le plus récent fut l’opposition véhémente de l’Espagne aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, qui a conduit Israël à exclure l’Espagne du Centre de coordination civilo-militaire de Kiryat Gat, chargé de superviser le cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Sánchez, lui, a encore durci le ton. Lors d’un récent rassemblement en Andalousie – région où son parti est en difficulté -, il a déclaré qu’il pousserait l’Union européenne à rompre ses liens commerciaux avec Israël : « Un gouvernement qui viole le droit international ou les principes de l’UE ne peut en être le partenaire ».
La posture anti-israélienne de Sánchez ne relève pas seulement de la politique étrangère. Son ressort est avant tout intérieur. Alors que des scandales de corruption engloutissent son parti, sa cote de popularité s’est effondrée à 25,7 %, avec 69,6 % de désapprobation. Ce durcissement anti-israélien semble politiquement payant, au-delà des clivages partisans : depuis novembre 2023, la sympathie des Espagnols envers les Palestiniens a progressé de 16,5 points ;près de 57 % des Espagnols considèrent que la guerre menée à Gaza constitue un génocide ; et un sondage Pew révèle que 75 % d’entre eux ont une image défavorable d’Israël.
Depuis le 7 octobre 2023, Sánchez a reconnu l’État palestinien, imposé un embargo militaire et interdit aux navires transportant des armes à destination d’Israël d’accoster dans les ports espagnols.
On pourrait lire la posture anti-israélienne de Sánchez comme s’inscrivant dans un virage plus large de la gauche européenne, cherchant à séduire l’électorat musulman – une tendance que l’on retrouve dans des partis comme La France insoumise et ses équivalents belges et britanniques. Cette explication me paraît réductrice. Elle ne s’applique pas totalement à l’Espagne. Contrairement à la France et au Royaume-Uni, où les électeurs musulmans se comptent en millions, seuls quelque 800 000 musulmans disposent du droit de vote en Espagne, soit environ 2 % du corps électoral. L’immigration musulmane en Espagne est un phénomène relativement récent, qui s’est accéléré à la fin des années 1990 et au début des années 2000, bien après les programmes de travailleurs immigrés d’après-guerre en France et au Royaume-Uni un demi-siècle plus tôt. L’Espagne elle-même a été un pays d’émigration pendant la majeure partie de la seconde moitié du XXᵉ siècle. En conséquence, plus de la moitié des musulmans d’Espagne n’ont pas encore la nationalité espagnole. Sánchez a certes récemment régularisé un demi-million d’immigrés – mais ils ne peuvent pas encore voter, et la plupart viennent d’Amérique latine, non de pays à majorité musulmane.

Nul besoin d’invoquer une pression électorale musulmane pour expliquer l’hostilité à Israël en Espagne : la ligne de Sánchez s’inscrit dans une histoire plus ancienne, proprement espagnole, où se mêlent antisémitisme, antiaméricanisme et hostilité à Israël.
Le legs de Franco
Après la guerre civile et tout au long des quarante années de dictature franquiste, l’histoire de l’Espagne a évolué à l’écart du reste de l’Europe. Bien que Franco ait été proche de l’Allemagne nazie, l’Espagne n’a ni connu la guerre sur son sol ni pris directement part à la Seconde Guerre mondiale. Paradoxalement, le pays a servi de voie de passage aussi bien pour des Juifs fuyant le nazisme que pour des nazis fuyant les poursuites judiciaires après la guerre. C’est aussi pour cette raison que l’Espagne, à la différence de l’Autriche ou de l’Allemagne, n’a jamais eu à régler ses comptes, ni publiquement ni institutionnellement, avec son antisémitisme structurel.
L’Espagne a été le dernier pays d’Europe occidentale (avec le Vatican) à reconnaître formellement Israël, en 1986 seulement, afin de pouvoir adhérer à la Communauté économique européenne — après des décennies pendant lesquelles Franco avait promu le mythe d’un complot judéo-maçonnique comme menace existentielle pesant sur l’Espagne. Comme pour bien d’autres héritages du franquisme, le pays a vite tourné la page ; il n’y a jamais eu de mise en cause historique des quatre décennies d’instrumentalisation institutionnalisée de l’antisémitisme. Ces attitudes non examinées se sont révélées tenaces : l’enquête Global 100 de l’ADL1 place l’Espagne comme le pays d’Europe occidentale affichant le plus haut niveau d’attitudes antisémites, à 26 % — devant la Belgique (24 %), la France (17 %), l’Allemagne (12 %) et le Royaume-Uni (10 %).
Un antisémitisme fantasmatique
Les personnes à qui j’ai parlé ici décrivent l’antisémitisme espagnol comme « fantasmatique ». La raison n’est pas difficile à trouver : comparée au reste de l’Europe, l’Espagne a été, de fait, Judenfrei – vidée de ses Juifs – pendant cinq cents ans. Après les conversions forcées et l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, puis sous les trois siècles de règne inquisitorial, l’obsession du « judaïsant » a persisté, comme le documente David Nirenberg dans son livre Anti-Judaism2, y compris à une époque où il ne restait pratiquement plus aucun Juif dans la péninsule ibérique. L’identité espagnole s’est en grande partie construite pendant cette période comme une négation active du passé musulman et juif du pays — une obsession qui a pris la forme particulière de la limpieza de sangre, la pureté du sang3. La dictature catholique de Franco s’est appuyée sur cette tradition, en présentant littéralement son régime comme une croisade contre les valeurs décadentes de l’Occident. Même si le régime avait assoupli sa position à la fin du franquisme, les quelques Juifs séfarades qui avaient fui le Maroc pour l’Espagne lors de la guerre des Six Jours se gardaient pour la plupart d’attirer l’attention.

Les cicatrices du régime franquiste ne se sont jamais refermées, et il n’y a jamais eu de règlement de comptes public, y compris concernant l’influence de ce régime dans le récit d’une Espagne comme bastion catholique contre les influences musulmane et juive. L’ignorance très répandue de l’Espagnol moyen concernant l’histoire hispano-juive a fini par prendre un caractère presque institutionnel. Même des penseurs juifs importants comme Maïmonide, né à Cordoue, ne sont pas considérés comme des penseurs espagnols – alors que Sénèque, né lui aussi à Cordoue, mais qui était romain, l’est. De nombreuses personnes à qui j’ai parlé ne savent même pas que des judeías – des quartiers juifs médiévaux – existent dans leur propre ville. Cela a des conséquences très concrètes : quand je dis aux Espagnols que je suis juif, j’ai le sentiment d’entrer dans un angle mort.
L’Espagne, à la différence de l’Autriche ou de l’Allemagne, n’a jamais eu à régler ses comptes, ni publiquement ni institutionnellement, avec son antisémitisme structurel.
Certes, on observe une vague très récente d’immigration juive vers l’Espagne, notamment depuis que le gouvernement du Partido Popular (PP, centre droit) a adopté en juin 2015 une loi accordant aux descendants de Juifs séfarades le droit à la nationalité espagnole – un geste présenté comme réparateur, dans un contexte où s’accentuait la pression pour affronter l’héritage de l’expulsion de 1492. Si la loi a reçu l’approbation unanime du Parlement, certains y ont vu moins un véritable geste symbolique qu’une réinterprétation nostalgique du passé espagnol. Par ailleurs, comme l’Espagne traversait alors une période de récession, l’initiative a été perçue comme une tentative d’attirer des investissements. En 2019, seul un petit nombre des 132 000 Juifs ayant déposé une demande avaient obtenu un passeport espagnol.
Contrairement à l’Autriche, à la France ou à l’Allemagne, il n’existe en Espagne aucune tradition vivante de personnalités publiques ou d’écrivains capables de témoigner de l’expérience juive de l’intérieur – et donc, personne pour tirer la sonnette d’alarme quand les vieilles attitudes refont surface. Je me suis installé ici il y a deux ans et j’ai été stupéfait d’entendre des propos conspirationnistes sur les Juifs exprimés publiquement, sans susciter la moindre protestation, et apparemment sans que personne ne semble comprendre qu’un propos problématique venait d’être tenu. Les stéréotypes sur les Juifs et le pouvoir sont monnaie courante : le plus récent exemple en date fut une conversation, entendue par hasard dans les vestiaires de ma piscine, sur les crimes d’Epstein et l’influence supposée du Mossad à Washington. Pendant la Semaine sainte, les habitants de León boivent du jus de citron mélangé à du vin, dans une tradition qui s’appelle encore matar judíos – « tuer des Juifs ». Deux amis à moi originaires de là-bas ont été consternés en réalisant ce que signifiaient ces mots. Certaines traditions religieuses médiévales ont été réinvesties dans une hostilité visant Israël, à l’image de l’autodafé récent d’un mannequin représentant le mal – en l’occurrence le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou – pendant la Semaine sainte à Málaga, ou encore une effigie portant le drapeau israélien a été pendue lors d’un festival annuel dans l’Andorre voisine, en février.
Contrairement à l’Autriche, à la France ou à l’Allemagne, il n’existe en Espagne aucune tradition vivante de personnalités publiques ou d’écrivains capables de témoigner de l’expérience juive de l’intérieur — et donc, personne pour tirer la sonnette d’alarme quand les vieilles attitudes refont surface.
Parce que le mythe du pouvoir conspirationniste juif est si profondément ancré dans la société, les accusations d’antisémitisme sont souvent perçues comme une attitude victimaire. Le refus d’agir sérieusement face à certaines calomnies se manifeste dans la controverse autour de l’une des définitions du mot judío dans le dictionnaire de la Real Academia Española (RAE)4, autorité officielle de la langue espagnole. Une lutte acharnée a été menée par les Juifs des pays hispanophones pour que la RAE supprime la cinquième définition de judío – « usurier, menteur » – que l’institution avait longtemps défendue comme reflétant l’usage courant. Depuis lors, une note signalant le caractère offensant et discriminatoire du terme a été ajoutée, mais seulement après une pression soutenue des communautés juives de l’ensemble du monde hispanophone.
Anti-américanisme et mémoire coloniale
L’hostilité de l’Espagne envers Israël ne se résume cependant pas à ses attitudes historiques envers les Juifs. Elle plonge aussi dans un antiaméricanisme ancien, particulièrement marqué à gauche. La dernière grande guerre internationale de l’Espagne, au cours de laquelle elle a perdu ses dernières colonies dans l’hémisphère occidental, a été menée contre les États-Unis. Ce fut une source profonde de honte nationale, qui marqua la fin de la puissance historique de l’Espagne. Il subsiste un malaise résiduel face aux liens étroits que Franco a cultivés avec Washington, qui voyait souvent en lui un atout utile, ce qui lui a permis d’ouvrir l’économie espagnole aux entreprises américaines.
Ce malaise s’est prolongé pendant la guerre froide : l’Espagne s’est officiellement proclamée non alignée, tout en hébergeant des bases américaines sur son territoire. Depuis lors, les Espagnols se sont montrés réticents à s’engager dans des guerres perçues comme relevant des intérêts américains — ce qui explique le référendum de 1986 sur le maintien de l’adhésion à l’OTAN, où le « Oui » l’emporta de justesse face à une forte opposition. Ce n’est que sous le gouvernement conservateur du Partido Popular de José María Aznar, en 1999, que l’Espagne a finalement rejoint la structure militaire intégrée de l’OTAN. La décision d’Aznar, en 2003, de soutenir la guerre américaine en Irak s’est heurtée à un rejet massif de l’opinion publique5.
S’y ajoute la culpabilité laissée par le retrait espagnol du Sahara occidental, qui est devenue le prisme à travers lequel la gauche espagnole appréhende la cause palestinienne. En novembre 1975, alors que Franco agonisait, l’Espagne signait les Accords de Madrid, abandonnant sa colonie du Sahara occidental et en transférant provisoirement l’administration au Maroc et à la Mauritanie6. Le 26 février 1976, elle avait achevé son retrait, abandonnant le peuple sahraoui — une population aux liens culturels profonds avec l’Espagne, aspirant à l’autodétermination — à un sort incertain dans un territoire contesté. La première administration Trump a finalement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en décembre 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham. La cause sahraouie est devenue un marqueur de la gauche espagnole, fournissant un modèle moral à travers lequel beaucoup d’Espagnols comprennent la condition palestinienne : selon leur récit, il s’agit de deux peuples abandonnés à l’occupation, à l’égard desquels l’Espagne porterait, dans les deux cas, une part de responsabilité.
Catalogne : la solidarité palestinienne comme marqueur identitaire
L’attitude de la gauche espagnole envers les Sahraouis contraste avec une autre cause d’autodétermination, bien plus proche, en Catalogne. Là, le schéma se renverse, puisque la gauche catalane se présente elle-même comme une nation sans État luttant contre un État plus puissant qui lui refuse l’indépendance : l’Espagne. Les partis indépendantistes de gauche en Catalogne, comme l’Esquerra Republicana de Catalunya et la Candidatura d’Unitat Popular, ont fait de la solidarité palestinienne un pilier de leur politique. Il est courant de voir des drapeaux catalans aux côtés de drapeaux palestiniens sur les balcons de Barcelone. Plus préoccupant, la Catalogne a été le théâtre de nombreux incidents antisémites.
Début janvier 2026, après l’indignation publique et la mobilisation de la communauté juive, une carte participative baptisée « Barcelonaz » – recensant l’emplacement de plus de 150 institutions et commerces juifs, et les exposant au harcèlement, voire à des violences – a été retirée de la plateforme GoGoCart. Le 24 janvier, les institutions juives et les synagogues ont suspendu leurs activités après que le cimetière historique des Corts ait été vandalisé. Le 29 janvier, lors d’un grand concert pro-palestinien au légendaire Palau Sant Jordi de Barcelone – qui a réuni 12 000 personnes avec la participation surprise de la star catalane Rosalía -, des milliers de spectateurs ont scandé : « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre », selon le quotidien catalan La Vanguardia.

Toutefois, le mouvement indépendantiste catalan n’est pas monolithique. Le parti de centre droit Junts per Catalunya, par exemple, s’est montré pro-israélien. Plutôt que de se tourner vers les Palestiniens, il s’est identifié au sionisme comme modèle de lutte nationale. Pourtant, le 7 octobre 2025, ses membres ont voté en faveur de l’embargo contre Israël. Peut-être Junts a-t-il soutenu Sánchez dans l’espoir que celui-ci tiendrait les promesses faites en 2023 lors de la formation du gouvernement – même si, vingt jours plus tard, Junts retirera ce soutien, invoquant le manquement de Sánchez à ses engagements. Ou peut-être cela traduit-il simplement la profondeur du sentiment anti-israélien en Espagne, Catalogne comprise. Prenons l’exemple d’Ada Colau7, l’ancienne maire de gauche de Barcelone, qui a fait son retour politique en montant à bord de la Flottille de la Liberté au départ du port de Barcelone – un acte largement médiatisé dans toute l’Espagne. Quelques jours avant le vote sur l’embargo, Sánchez avait annoncé qu’il enverrait un navire de guerre espagnol pour escorter la flottille.
La droite, Israël et les postures identitaires
Tandis que la gauche espagnole a présenté ce coup de théâtre comme une lutte héroïque pour briser le blocus israélien sur Gaza, une partie de la droite l’a interprété comme une mise en scène destinée à faire diversion face aux scandales de corruption, et comme le signe d’une alliance avec des régimes despotiques tels que le Venezuela, l’Iran, la Russie ou la Chine. La voix politique la plus constante dans la critique de Sánchez est celle d’Isabel Díaz Ayuso, la charismatique présidente de la Communauté de Madrid et membre du Partido Popular, largement perçue comme une future dirigeante potentielle de son parti et, à terme, du pays. Elle s’est également exprimée avec force en faveur d’Israël.
À l’image d’une partie de la droite européenne, Ayuso présente son soutien à Israël comme un combat civilisationnel pour l’âme de l’Occident. Israël est l’un des marqueurs — avec son anti-féminisme, son hostilité au nationalisme catalan et son américanophilie — qu’elle utilise pour se démarquer de la direction nationale plus prudente du PP sous Alberto Núñez Feijóo. Cela lui confère une image de porte-parole idéologiquement cohérente de la droite espagnole. Mais sa force électorale tient d’abord au dynamisme économique de Madrid, à sa politique de faible fiscalité et au rejet de Sánchez, plus qu’à ses positions de politique étrangère.
À l’image d’une partie de la droite européenne, Ayuso présente son soutien à Israël comme un combat civilisationnel pour l’âme de l’Occident.
De son côté, l’opposition de Sánchez à la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran lui permet aussi de se positionner face à Ayuso et aux autres adversaires de droite. Dans sa déclaration contre la guerre avec l’Iran, Sánchez a explicitement évoqué le soutien d’Aznar à la guerre en Irak, notant comment « il y a vingt-trois ans, une autre administration américaine nous a entraînés dans une guerre au Moyen-Orient […] et a déclenché la plus grande vague d’insécurité qu’ait connue notre continent depuis la chute du mur de Berlin ».
Ce que tout cela signifie concrètement, c’est quetout ce qui touche à Israël, aux Juifs et au Moyen-Orient est filtré par un prisme résolument espagnol. En définitive, les prises de position internationales de Sánchez, si elles sont une source de fierté pour les progressistes à travers le monde, n’ont dans la pratique que peu de poids stratégique – comme il l’a lui-même reconnu en annonçant sa série de sanctions contre Israël.
Les Espagnols n’en ont pas moins applaudi ces démonstrations de vertu.
Le titre original de ce texte, paru dans Tablet, « Spain’s Jewish Question », fait délibérément écho à une formulation chargée d’histoire : celle que Marx, puis Sartre, ont utilisée. Ce choix est assumé par l’auteur.
- ADL (Anti-Defamation League) : Organisation américaine fondée en 1913, dont la mission est de combattre l’antisémitisme et les autres formes de haine. Son enquête Global 100 est l’une des rares études systématiques et comparatives des attitudes antisémites dans le monde. ↩︎
- David Nirenberg, Anti-Judaism : The Western Tradition (W. W. Norton, 2013, trad. fr. : L’Antijudaïsme : L’héritage occidental, Alma, 2015) : L’historien américain y trace l’histoire longue de la pensée antijuive dans la culture occidentale, au-delà du seul antisémitisme racial moderne, en s’intéressant notamment aux sociétés ibériques médiévales. Voir ses interventions dans K. ↩︎
- Limpieza de sangre : Littéralement « pureté du sang ». Concept juridico-social apparu dans l’Espagne du XVᵉ siècle pour désigner l’absence d’ascendance juive ou musulmane, condition d’accès à de nombreuses fonctions publiques et religieuses. ↩︎
- Institution fondée en 1713, chargée de veiller à l’usage de la langue espagnole et d’en publier le dictionnaire de référence (Diccionario de la lengua española). Son équivalent français est l’Académie française. ↩︎
- José María Aznar fut le président du gouvernement espagnol de 1996 à 2004, chef du Partido Popular. Son soutien à l’invasion de l’Irak en 2003, aux côtés de George W. Bush et Tony Blair, a suscité une opposition populaire massive en Espagne et est considéré comme l’une des causes de la défaite électorale du PP en mars 2004, quelques jours après les attentats du 11 mars à Madrid. ↩︎
- Accords de Madrid (1975) et question sahraouie : Signés le 14 novembre 1975, ces accords tripartites ont entériné le retrait espagnol du Sahara occidental et sa partition entre le Maroc et la Mauritanie, sans consultation du peuple sahraoui. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le conflit demeure officiellement non résolu. ↩︎
- Militante et femme politique espagnole, fondatrice de la plateforme anti-expulsions PAH (Plataforma de Afectados por la Hipoteca), ancienne maire de Barcelone (2015–2023) sous l’étiquette de Barcelona en Comú, mouvement de gauche radicale. ↩︎