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K. Les Juifs, l’Europe, le XXIe siècle
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K.Jeunesse : Reste-t-il des Juifs en Algérie ?

Mémoire

Reste-t-il des Juifs en Algérie ?

Avant 1962, ils étaient 150 000. Aujourd’hui, presque aucun. Pourtant, en Algérie, la rumeur de leur présence cachée ne meurt pas.

Lycée (15-18 ans) / Mémoire et diaspora / Lecture: 6 min
En Algérie, les Juifs sont partout dans les esprits, et presque introuvables dans la réalité.

Une scène qui se répète: on annonce à un interlocuteur algérien que l’on est juif, et la réponse tombe, sûre d’elle: « des Juifs, en Algérie ? Il y en a encore, beaucoup, cachés, un peu partout ». La réalité est tout autre. La communauté juive d’Algérie, plusieurs fois millénaire, a presque entièrement disparu. Mais son fantôme, lui, continue de hanter les conversations.

Les chiffres qui racontent l’histoire
Une disparition en une génération
150 000
Juifs en Algérie avant l’indépendance de 1962
~50
Juifs restants dans les années 1990, surtout des personnes âgées
0
communauté structurée aujourd’hui, seulement quelques individus
Le dernier rabbin d’Alger est parti en 1979; la dernière synagogue de la ville a cessé de fonctionner en 1988.

Le mythe des Juifs cachés

Malgré ces faits, la croyance persiste dans la société algérienne, jusque dans les médias et parfois au gouvernement. En 2014, l’annonce d’une possible réouverture de synagogues provoque aussitôt une manifestation de salafistes contre une « judaïsation » du pays. Des reportages et des articles mettent en scène de prétendus Juifs cachés, sans nom ni visage. Le sujet reste tabou: ceux qui restent préfèrent le silence, dans un pays longtemps mobilisé pour la cause palestinienne et où ont circulé, dans la presse, des extraits des faux « Protocoles des Sages de Sion ».

Voilà le paradoxe: les Juifs font partie intégrante de l’histoire de l’Algérie, communauté ancienne et bien réelle, mais le pays n’en a guère conservé la trace, et les a parfois effacées. D’où cette étrange situation: si nombreux dans les esprits, si difficiles à trouver dans la réalité. À la question du titre, il n’existe pas de réponse simple, et c’est peut-être cela qu’il faut apprendre à accepter.

Décret Crémieux (1870)
Loi qui donne la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, mais pas aux musulmans. Une différence de statut lourde de conséquences.
Pieds-Noirs
Nom donné aux Français d’Algérie (dont les Juifs) qui quittent le pays au moment de l’indépendance, en 1962, surtout vers la France.
Diaspora
Dispersion d’un peuple hors de sa terre d’origine. Les Juifs d’Algérie appartiennent à la diaspora juive du Maghreb.
Consistoire
Institution qui organise la vie religieuse juive d’un pays ou d’une région. Celui d’Algérie a fermé en 2010.
1
Pourquoi une société peut-elle continuer à « voir » des Juifs partout alors qu’ils ont presque tous disparu ? Que dit ce fantasme de ceux qui le portent ?
2
L’Algérie a effacé une partie des traces juives de son passé (synagogues, noms de rues, cimetières). Peut-on vraiment comprendre un pays qui oublie une part de son histoire ?
3
Le décret Crémieux a fait des Juifs d’Algérie des citoyens français, pas les musulmans. En quoi cette inégalité de traitement a-t-elle pu peser sur la suite de l’histoire ?
Le point de départ

Cette fiche s’inspire d’un article de Joseph Benamour paru dans la Revue K. Nous en avons tiré l’essentiel, ajouté les repères nécessaires et reformulé pour le lycée. Le texte d’origine est plus riche, plus nuancé et plus exigeant. Lire l’article de Joseph Benamour sur K. →