K.Jeunesse : L’antisémitisme « à cause d’Auschwitz »
L’antisémitisme « à cause d’Auschwitz »
Une haine paradoxale: certains en veulent aux Juifs non pas malgré la Shoah, mais à cause d’elle.
« Les Allemands ne pardonneront jamais aux Juifs Auschwitz. » Cette phrase paradoxale nomme une haine bien réelle.
On imagine souvent que la mémoire de la Shoah protège les Juifs. Parfois, c’est l’inverse. Il existe une hostilité qui naît non pas malgré le génocide, mais à cause de lui: l’existence des Juifs rappelle à certains les crimes commis en leur nom, et ce rappel se transforme en ressentiment. On l’appelle l’antisémitisme « secondaire ».
D’où vient l’idée
Le concept est forgé dans l’Allemagne de l’après-guerre. Dès 1961, le sociologue Peter Schönbach observe chez de jeunes Allemands un antisémitisme « de seconde main », hérité du père, dont on veut garder une image « pure ». À la même époque, le philosophe Theodor Adorno décrit un « rejet de la culpabilité »: si l’on refuse d’être coupable, alors l’occupation, les réparations, la dénazification deviennent des « attaques » injustes contre le peuple allemand, et les Juifs, qui « rappellent » le crime, en deviennent la cible.
Ce répertoire circule aujourd’hui bien au-delà de l’Allemagne, à droite comme à gauche, souvent contre « l’Occident ». Mais attention à une nuance essentielle: toute critique de la place des mémoires n’est pas antisémite, et tout antisémitisme « mémoriel » n’est pas « secondaire ». Pour qu’il le soit vraiment, il faut que celui qui parle s’identifie, d’une manière ou d’une autre, au groupe qui a commis le crime. Dire « la mémoire de la Shoah prend trop de place » peut être maladroit, injuste, ou parfois antisémite, mais ce n’est pas automatiquement le même phénomène. Savoir faire cette distinction, c’est déjà penser correctement.
Cette fiche s’inspire d’un article de Bruno Quélennec paru dans la Revue K. Nous en avons tiré l’essentiel, ajouté les repères nécessaires et reformulé pour le lycée. Le texte d’origine est plus riche, plus nuancé et plus exigeant. Lire l’article de Bruno Quélennec sur K. →